Sandra Ifrah : « Je regrette qu’il n’y ait pas eu d’hommage pour les victimes françaises des attaques du 7 octobre »

Par Julian Herrero
6 décembre 2023 14:33 Mis à jour: 6 décembre 2023 14:33

ENTRETIEN – Sandra Ifrah est porte-parole du collectif « Women United for Peace ». Pour Epoch Times, elle revient sur les récentes libérations des otages franco-israéliens et le rôle que compte jouer son collectif pour accompagner psychologiquement les familles des otages, des personnes décédées ou des disparus.

Epoch Times : Madame Ifrah, vous êtes porte-parole du collectif « Women United for Peace », créé à la suite des attaques du 7 octobre pour « sensibiliser les populations sur les conséquences des conflits afin d’encourager la médiation plutôt que la violence ». Votre collectif est présent dans différents pays. Au Royaume-Uni, en Allemagne, aux États-Unis, aux Émirats arabes unis et en France. Comment s’est-il concrètement formé ? Y a-t-il une personne, une femme à l’origine de cette association ? Comment l’avez-vous intégrée ? Êtes-vous la représentante française du collectif ? Quelles sont ses principales missions ?

Sandra Ifrah : Tout a démarré au Royaume-Uni, à Londres après les attaques du 7 octobre. Cela a tellement bien fonctionné que tout a pris beaucoup d’ampleur. Nous n’avions pas imaginé que cela irait aussi loin. Et maintenant, nous avons des relais dans différents pays. Nous nous développons à une vitesse éclair. Je suis la porte-parole de ce collectif, qui va d’ailleurs bientôt devenir une association en France, et qui est animée par trois autres femmes : Alexandra Fitoussi, Jessica Trink Ohayon et Joy Jaoui. Nous venons de déposer le nom et le logo. Pour le moment, nous sommes assez focalisées sur ce qu’il se passe actuellement à Gaza. Nous avons fait de nombreuses actions à Paris et essayons d’en faire en régions.

Notre objectif est d’expliquer au grand public la situation avec pédagogie via la parole féminine. C’est l’essence même de notre collectif. Les femmes portent effectivement une parole différente de celle des hommes. On remarque également que dans différents collectifs en France, il y a de plus en plus de femmes qui s’impliquent et s’engagent dans des causes. Ce que nous faisons en ce moment, c’est parler et soutenir les familles des otages, mais aussi ce que j’appelle les disparus. Vous savez, parmi les 136 personnes toujours détenues par le Hamas, on ne sait pas réellement s’ils sont otages, disparus ou s’ils sont morts.

J’insiste sur le fait qu’à travers ce collectif, nous avons vraiment voulu donner la parole aux familles d’otages, notamment en France. Au tout début, ils étaient peu entendus. Dans un deuxième temps, nous aimerions nous élargir et faire différents événements, différentes actions avec des femmes, que ce soit pour l’Ukraine, pour l’Iran ou ailleurs. Comprenez bien que nous aurions défendu et soutenu exactement de la même manière des otages s’ils étaient musulmans, chrétiens ou de n’importe quelle origine.

Women United for Peace est très engagée dans des actions de sensibilisation vis-à-vis des personnes prises en otage par le Hamas le 7 octobre. Vous entretenez également des liens avec certaines familles d’otages. On sait que pendant la trêve entre Israël et le Hamas, 110 des 240 otages ont été libérés. Parmi eux, on compte quatre otages franco-israéliens libérés : Erez et Sahar Kalderon, Eiton Yahalomi et Mia Schem. Avez-vous pu vous entretenir avec des familles d’otages libérés ? Le président Macron et les autres dirigeants occidentaux ont-ils été à la hauteur de l’enjeu ?

Je me suis surtout entretenue avec la famille de Mia Schem. Comme vous le savez, sa mère n’a pas arrêté de faire des allers-retours entre Paris et Tel-Aviv. C’est une femme exceptionnelle. Elle a vraiment réagi comme une lionne. J’ai beaucoup d’admiration pour sa force. Il y avait aussi son fils qui l’accompagnait à chaque fois. Ils n’ont rien lâché. Ils ont été reçus par les pouvoirs publics, par Emmanuel Macron et la Première dame Brigitte Macron. Pour ce qui est de la libération des otages, le président Macron a été à la hauteur, mais il est dommage qu’il n’y ait pas eu de cellule de crise pour les familles françaises.

Je regrette également qu’il n’y ait pas eu d’hommage pour les 40 victimes françaises des attaques du 7 octobre. On n’arrête pas de nous dire que c’est prévu, mais ça fait plus de 50 jours. C’est long pour des gens qui ont perdu leurs proches. Leur argument est de dire qu’il y a peut-être d’autres victimes actuellement non identifiées. Mais c’est comme au Bataclan, certains ont malheureusement succombé après à leurs blessures. Ils sont morts après l’hommage, mais il y en a quand même eu un rapidement. Nous ne comprenons pas. La seule chose que je puisse dire, c’est que pour les otages français, je sais que certains députés et le Gouvernement font de leur mieux pour essayer de les récupérer.

Les otages ont vécu l’horreur pendant presque deux mois : zéro perspective de libération, la faim et la torture psychologique. Une torture psychologique impactant également les familles qui ont été plongées pendant plus de 50 jours dans une attente insoutenable. Women United for Peace compte-t-elle jouer un rôle dans l’accompagnement psychologique des familles d’otages libérés ?

Il y a deux sujets dans votre question. D’abord, via notre collectif. Nos actions font vraiment du bien aux familles des victimes ou des otages. Je reçois plein de messages de familles. Elles sont très émues. Toute la communauté juive est unie, que ce soit en Israël où comme vous le savez il y avait des désaccords au niveau politique, mais aussi en France. L’aspect psychologique est bien mieux pris en compte en Israël, car malheureusement, ils connaissent les guerres, les drames, les attentats. En Israël, il y a des cellules absolument fantastiques, spécialisées tant pour les enfants, que les adolescents ou bien les personnes plus âgées. Donc ils n’ont pas besoin de nous. Ils sont bien mieux équipés.

La trêve humanitaire entre Israël et le Hamas s’est terminée vendredi dernier. Il y a toujours à l’heure actuelle, 136 personnes détenues par les terroristes du Hamas dont quatre français binationaux. Un stress immense se poursuit pour de nombreuses familles. Il faudra engager d’autres négociations difficiles avec l’organisation terroriste, donc avec des individus très peu fiables. Quelles actions entend mener votre collectif pour aider à la libération de nouveaux otages ? Comment travaillez-vous avec les familles d’otages non libérés ?  

Nous faisons pression. Et c’est notamment grâce à vous les médias que nous pouvons faire pression. Et c’est pour cela que je remercie à chaque fois les médias. Parce que vous avez un rôle, une responsabilité, comme nous les collectifs citoyens, extrêmement important. Il faut faire pression sur les pouvoirs publics, en particulier les mairies. Lors de mes nombreux passages à la télévision et sur les radios, j’ai à chaque fois demandé à la mairie de Paris pourquoi les photos des précédents otages français, comme par exemple Ingrid Bettencourt et les journalistes, ont été affichées sur les façades de la mairie, mais aucun de nos otages depuis le 7 octobre. Pour l’instant, je n’ai aucune réponse. La vie de ces otages est-elle moins importante que d’autres ?

Nous continuons évidemment à soutenir les familles d’otages, des victimes ou des disparus. Nous formons une famille. Nous sommes tous unis, aussi bien en Israël que dans la diaspora. Là, je vous parle de la France parce que c’est mon collectif. Mais c’est exactement la même chose dans toutes les grandes villes du monde et en particulier en Europe et aux États-Unis.

Avec la reprise des combats entre Tsahal et le Hamas, ne craignez-vous pas que les terroristes refusent avant longtemps de libérer les otages restants ?

Il s’agit d’un choix des responsables israéliens, que je n’ai pas à commenter ou à juger. Ils considèrent que le Hamas a rompu la trêve. D’ailleurs une trêve humanitaire est aussi nécessaire pour le peuple palestinien. Il ne faut pas confondre le peuple palestinien, les civils palestiniens et les terroristes du Hamas. C’est d’ailleurs les civils qui souffrent le plus et qui sont probablement pris eux aussi en otage. Et vous savez, personne ne souhaite la guerre. Évidemment, tout le monde souhaite la paix et notre but est la libération des otages. L’action au niveau mondial en est l’un des moyens.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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