Serge Bousquet-Cassagne : « Tamponner les forces de l’ordre, ce n’est pas dans notre ADN : nous ne sommes pas des pseudo écologistes »

Par Etienne Fauchaire
2 février 2024 10:43 Mis à jour: 2 février 2024 21:23

ENTRETIEN – Mercredi 31 janvier, 91 personnes ont été interpellées après être entrées dans le marché d’intérêt national (MIN) de Rungis, le ventre de Paris, situé à 17 kilomètres au sud de la capitale. Placés en garde à vue, les agriculteurs ont été relâchés ce jeudi matin. Epoch Times est allé à leur rencontre. Serge Bousquet-Cassagne, président du syndicat agricole Coordination rurale 47 et agriculteur dans le Lot-et-Garonne, nous raconte le contexte dans lequel s’est déroulé cette action policière et nous livre ses intentions pour la suite du mouvement.

Epoch Times : Pouvez-vous nous donner les raisons qui ont incité les forces de l’ordre à vous placer en garde à vue ?

Serge Bousquet-Cassagne : Nous ne savons pas pourquoi, puisqu’on est intervenu sur le marché de Rungis de façon complètement pacifique. Nous n’avons rien cassé. À la fin de l’intervention, les gendarmes nous ont encerclés en nous disant que ça allait bien se passer. Puis ils nous ont finalement interpellés, avant de nous placer en garde à vue dans des prisons immondes. Je n’en veux absolument pas aux forces de l’ordre qui ont été super sympas avec nous. Mais nous avons été mis en prison.

Karine Duc, une de nos coprésidentes, a même été menottée. C’est un vrai scandale. Comme nous n’avions rien fait de mal, ils nous ont relâchés ce jeudi matin sans nous avoir interrogés, ou bien après avoir interrogé seulement quelques-uns d’entre nous. Ils avaient trouvé un faux prétexte : on aurait cassé une porte ou un panneau. Ça ne tenait pas, donc le juge a décidé de nous relâcher.

Voyez-vous derrière ce placement en garde à vue un moyen d’envoyer un message symbolique aux agriculteurs qui manifestent ?

Bien sûr. Ils étaient vexés comme des poux après s’être fait avoir. Nous avions laissé les tracteurs en guise de leurre, avant de venir en voiture individuelle ici.

Pouvez-vous nous rappeler vos revendications ?

Le message que nous voulons faire passer, notre seule revendication : notre revenu va s’améliorer à une condition, c’est qu’on nous laisse la paix et qu’on nous laisse travailler. Nous ne sommes plus capables de savoir à quelle heure il faut semer nos récoltes, à quelle heure il faut les moissonner, à quelle heure il faut labourer, où il faut mettre la coupe d’irrigation…

Comprenez bien que toutes les normes européennes et franco-françaises qui nous tombent sur le coin de la figure entament notre revenu. Si on nous fiche la paix, on sait travailler et vendre nos produits. Nous sommes les meilleurs paysans du monde, notamment dans le Lot-et-Garonne, et nous avons les meilleures terres du monde. Mais si cela continue, nous allons les transformer en jachères, en friche, en réserve d’Indiens.

Allez-vous continuer vos actions de blocage jusqu’à ce que vous vous fassiez entendre ?

Quand il fait beau, les paysans sont dans les champs : nous n’avons pas vocation à faire le tour de France. Nous allons redescendre et mesurer notre popularité auprès des habitants de ce beau pays qu’est la France. Déjà en montant à Paris, des milliers de Français nous saluaient, nous applaudissaient, nous encourageaient. En redescendant, je pense que ce seront des centaines de milliers de personnes qui vont nous encourager. Nous allons redescendre, faire nos travaux dans les champs, et s’il faut repartir, on repartira.

Jugez-vous utile que les agriculteurs français et européens se rendent à Bruxelles pour se faire entendre ?

Bien sûr. Partout où les paysans manifestent, quelle que soit leur tendance syndicale, c’est positif. Il faut que le gouvernement, qui a fait des annonces supplémentaires tout à l’heure, comprenne. Gabriel Attal, on l’a rencontré hier. Le paradoxe : à midi, nous étions avec le Premier ministre. Le soir, nous étions en prison.

Néanmoins, je crois qu’on l’a ébranlé en lui parlant de la vie, la vraie. Nous n’avons pas « cogéré », comme le fait la FNSEA.

Vous avez donc eu le sentiment d’être entendu par Gabriel Attal ?

Il nous a entendus. Nous a-t-il compris ? Je ne sais pas. Il y a entendre et comprendre. Gabriel Attal est très mal entouré. Il a des conseillers perchés à 30 mètres de haut dans les nuages, qui ne comprennent rien.

Êtes-vous satisfaits du soutien que vous manifestent les Français ?

L’enthousiasme est là. On est compris. Ils savent que notre combat est juste. Nous sommes donc bien sûr satisfaits et on les remercie, comme on remercie la police.

Si le gouvernement n’accède pas à vos demandes, craignez-vous des affrontements entre la police et les agriculteurs ? Assistons-nous plutôt à un début plutôt qu’à une fin de mouvement ?

Le ras-le-bol est là. Les normes sur-entassées ont fait que le mouvement a été lancé par les Allemands et les Hollandais. On est venu s’y ajouter avec les Italiens, les Espagnols, les Belges. Aller tamponner les forces de l’ordre, ce n’est pas dans notre ADN. Nous, on n’est pas à Sainte-Soline. Nous ne sommes pas des pseudo-écologistes ou des fraudes de gauche qui ont fait brûler les voitures des forces de l’ordre. Nous, les policiers, on leur donne du pâté et non pas la pâtée.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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