Un célèbre chef cuisinier forcé d’abandonner ses restaurants à cause de la guerre

« À cette époque, j'avais honte, parce que je ne suis pas le genre à faire quelque chose de dangereux et d'illégal. Mais j'étais assez désespéré »

Des millions de personnes ont dû quitter leur foyer et leur entreprise à la suite de la guerre civile en Syrie. Imad Alarnab était un célèbre chef cuisinier et restaurateur à Damas, jusqu’à ce qu’il soit contraint de fuir.

Capture d’écran

Deux de ses restaurants ont été détruits pendant la guerre. Mais là où il cuisine maintenant, il est une inspiration et donne en retour à ceux qui n’ont pas pu s’échapper.

M. Alarnab possédait trois restaurants à Damas, en Syrie. Sa mère a commencé à lui apprendre à cuisiner quand il avait 9 ans.

Il a appris à gérer un restaurant auprès de son partenaire d’affaires et a pris la cuisine en charge au Restaurant Castello en 2003. Il a ouvert Alhateem, un deuxième restaurant en 2006, et Panneno, un troisième restaurant en 2009. Il possédait aussi des bars à jus et des cafés.

« Entre 2000 et 2009, c’était vraiment incroyable », a confié M. Alarnab à Humanity.

Il était prospère, mais à mesure que les combats s’intensifiaient, il a été forcé de quitter Damas.

Deux de ses trois restaurants ont été complètement détruits pendant la guerre.

Il a tenu bon pendant cinq ans, mais la guerre continuait. Ce n’était pas une décision facile pour M. Alarnab, mais il s’est senti obligé de quitter Damas.

Avant que M. Alarnab ne fuie la Syrie, il n’a pas envoyé ses trois filles à l’école pendant un an parce que c’était trop dangereux.

« Je ne pouvais plus le supporter et je ne voyais pas d’avenir », explique M. Alarnab.

Un de ses restaurants a été détruit en six jours seulement. Cependant, il sait que d’autres ont connu bien pire.

« Dans mon entourage, j’étais l’un des voisins les plus chanceux parce que ma famille était en sécurité », explique M. Alarnab, âgé de 41 ans.

À l’époque, il voulait trouver un endroit sûr pour que sa famille puisse se réinstaller, mais le voyage était trop dangereux pour que sa famille l’accompagne. Il est parti seul le 27 juillet 2015.

La jungle de Calais, janvier 2016 (Flickr/malachybrowne/CC BY 2.0)

Ce serait un long voyage. Son premier arrêt a été au Liban. Ensuite, il s’est rendu en Turquie, en Grèce, en Macédoine, en Serbie, en Hongrie, en Autriche, en Allemagne et en France jusqu’à sa destination finale : le Royaume-Uni.

Il a attendu à Calais pendant 64 jours, dormant sur les marches d’une église et cuisinant pour d’autres réfugiés avant de pouvoir se faufiler dans un camion à destination du Royaume-Uni.

« À cette époque, j’avais honte, parce que je ne suis pas du genre à faire quelque chose de dangereux et d’illégal. Mais j’étais assez désespéré », explique Alarnab.

Il est arrivé au Royaume-Uni le 5 octobre 2015

« Quand le chauffeur s’est arrêté, je ne savais pas si nous étions au Royaume-Uni », se souvient M. Alarnab.

Un an plus tard, ses filles et son épouse ont pu quitter la Syrie. La famille a été réunie le 26 juillet 2016.

M. Alarnab a commencé à travailler comme vendeur de voitures, mais il est revenu à la cuisine dès qu’il en a eu l’occasion.

L’année dernière, avec un autre réfugié qu’il avait rencontré à Calais, et avec l’aide de diverses organisations, il a organisé une série de restaurants pop-up à Londres servant de la cuisine syrienne.

Le premier pop-up a été lancé le 9 mars 2017. La nourriture est servie comme dans une maison familiale, avec une sélection de plats que les convives peuvent partager. Des recettes que sa cousine plus âgée et sa mère cuisinaient sont à la base de tous les plats.

Depuis, M.  Alarnab a été en mesure de démarrer sa propre entreprise de restauration appelée Imad’s Syrian Kitchen. Cette année, il s’est associé à l’organisme à but non lucratif Help Refugees pour accueillir un restaurant pop-up afin de recueillir des fonds pour l’hôpital Hope à Alep, en Syrie.

(Courtesy of Imad Alarnab)

L’Hôpital Hope est à court de matériel et se trouve dans l’une des villes les plus dangereuses de Syrie. Quand M. Alarnab a appris qu’ils étaient sur le point de fermer, il savait qu’il devait faire quelque chose pour les aider.

Il se rend compte à quel point il a eu de la chance de pouvoir sortir de Syrie avec toute sa famille. Il sait que beaucoup d’autres familles n’ont pas autant de chance.

Help Refugees vend des billets pour assister Choose Love Syrian Kitchen d’Imad dont 15 £ (16 euros) de chaque billet vendu sont versées à Hope Hospital. En raison de sa popularité, il a prolongé cette aide jusqu’à la fin du mois de juin.

Gérer à nouveau un restaurant, même modeste, a redonné à M. Alarnab sa dignité – et c’est un moyen tangible pour lui et ses clients londoniens d’aider les Syriens à endurer la guerre dans leur pays d’origine.

« Ce n’est pas seulement quelque chose dont je suis fier, mais c’est mon devoir. Ce n’est pas une option », a-t-il dit.

Son rêve est d’avoir à nouveau un restaurant permanent. Avec sa détermination et son cœur généreux, c’est sûr qu’il le réalisera bientôt.

Voir la vidéo ci-dessous pour en savoir plus sur le premier restaurant pop-up d’Imad :

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