YouTube se lance dans le journalisme

En tant que plate-forme, Youtube a joué le rôle de carrefour pour vidéos, qu’elles soient amateur, professionnelle, promotionnelle ou expérimentales. Tout ce qui est susceptible de présenter le moindre intérêt pour l’internaute s’y trouve, du film amateur du printemps arabe aux prises de vue haute définition capturées par les derniers drones. Mais personne n’a pour l’instant pris le temps d’organiser ces contenus en ressources pour site d’actualité.

Un premier pas vient d’être franchi dans cette direction. Jeudi, Youtube a lancé Youtube Newswire, une page simple d’usage répertoriant les nouvelles les plus importantes du jour.

Le site, crée en partenariat de l’agence de social news Storyful, ne se résume pas à une liste de vidéos, mais est un concept à part entière, et possède sa propre page twitter et sa newsletter.

YouTube est ce qui se rapproche le plus d’un nouveau genre de journalisme « actif ». La plate-forme entend créer une marque qui lui est propre, plutôt que de simplement servir d’intermédiaire passif mettant en relation consommateurs et producteurs de vidéos. Il y a quelques semaines, Snapchat lançait Discover, entité dans laquelle une sélection d’organisations médiatiques produisent des vidéos d’actualité à destination des applications « sociales » populaires. Dans la lignée, Facebook conclut un arrangement avec une poignée d’ éditeurs pour héberger des articles en provenance de réseaux sociaux.

Mais contrairement à Facebook ou à Snapchat, Youtube est moins un gardien du trafic web qu’une mine de contenu pour les sites de presse; les vidéos YouTube sont souvent intégrées ou copiées/collées à travers un lien de partage dans les articles. Si Youtube est en mesure de conditionner son contenu avec succès, il pourrait en extraire la matière pour alimenter un site à part entière. C’est précisément l’objectif de la firme.

Lancé avec Newswire et le First Draft Coalition, il devrait permettre aux reporters en herbe de s’entraîner à recueillir des informations et à vérifier les informations d’actualité. Pour le moment, le projet comprend une série d’articles sur Medium; la plupart d’entre eux expliquent comment discerner les vraies vidéos des pâles imitations. Un site distinct devrait être lancé au cours de l’automne prochain.

Contenu généré par les utilisateurs

Un des plus grands avantages que présentent les sites de nouvelles en ligne par rapport aux médias de presse écrite, c’est la capacité d’externaliser la production de l’information. Les journalistes web sont souvent peu payés, voir dans certains cas pas payés du tout, et génèrent pourtant beaucoup d’argent. C’est le modèle économique du Huffington Post, qui repose sur une armée de blogueurs non rémunérés pour remplir une grande partie de l’espace de son site Internet.

Plus il y aura de ces nouveaux médias basés sur du contenu provenant d’amateurs non payés, plus il deviendra difficile de tracer une ligne entre « journaliste » et « commentateur ». Et plus la pression économique pesant sur les médias traditionnels sera forte; leur nombre diminue de jour en jour. La fin logique de ce développement serait la disparition pure et simple de cette ligne distinctive. Tout le monde deviendrait un « citoyen-journaliste », et personne ne serait payé.

Nick Denton, fondateur de Gawker Media, a déjà commencé à travailler sur la disparition de cette distinction: Kinja, la plate-forme qu’il a créé, permet aux membres de la section des commentaires de sourcer, proposer et rapporter des histoires; et pour finir, complètement remplacer les journalistes.

« Les publications devraient être une histoire de collaboration entre les auteurs et leurs lecteurs les mieux informés », a déclaré Denton Niemanlab en 2013. « Jusqu’à ce qu’arrive un certain moment où la distinction ne devrait plus être. »

Les choses n’ont pas si bien marché pour Kinja. En septembre, Denton rapporta que toute l’entreprise avait été pensée de façon « prématurée ».  La structure des équipes à Gawker avait évolué dans la direction opposée, depuis le mois d’avril, les journalistes ont décidé de se syndiquer.

Cependant, Denton ne pense pas que les fondamentaux du journalisme citoyen était un mauvais pari; simplement, le logiciel Kinja était encore nécessaire pour surmonter certains obstacles. Il n’y aura vraisemblablement jamais de pénurie de commentateurs en ligne qui ont quelque chose à dire.

En effet, ces deux dernières années, un grand nombre de site et de médias ont décidé de fermer les commentaires en ligne. Il a été prouvé que la tenue de commentaires en ligne, en plus de requérir l’intervention d’un médiateur, ne renforce ni la crédibilité ni la lisibilité d’un site d’information.

Comme les outils traditionnels du journalisme – vidéo, enregistrement, extraits de texte, et plate forme permettant d »éditer le contenu- se diffusent sans cesse à tous les niveaux de la société, il ne serait pas surprenant que les éditeurs essayent de puiser dans le journalisme citoyen comme une source de contenu gratuit. Et si YouTube réussit, d’autres sont sûr de suivre.

Source : YouTube Is Going Into the News Business

 
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