Afghanistan: les talibans aux portes de Kaboul, les Américains s’apprêtent à évacuer

Par Epoch Times avec AFP
14 août 2021 12:15 Mis à jour: 14 août 2021 12:46

Les talibans resserraient samedi leur emprise autour de Kaboul, où l’humeur des habitants et des personnes ayant fui l’avancée des insurgés était sombre, alors que les États-Unis et d’autres pays occidentaux se préparaient à évacuer leurs diplomates et ressortissants.

En à peine plus d’une semaine, les talibans ont pris le contrôle de presque tout le nord, l’ouest et le sud de l’Afghanistan, et sont arrivés aux portes de Kaboul. Ils ne sont plus qu’à 50 km de la capitale et ne montrent aucun signe de vouloir ralentir leur marche.

De violents combats avaient aussi lieu samedi autour de Mazar-i-Sharif, capitale de la province de Balkh, où l’armée afghane a mené de nouvelles frappes aériennes. Ce carrefour commercial est la seule grande ville du nord du pays dont les talibans n’aient pas encore pris le contrôle.

Outre Kaboul et Mazar-i-Sharif, Jalalabad (est), Gardez et Khost (sud-est) sont les seules autres grandes villes encore contrôlées par le gouvernement. Mais étant situées sur des terres dominées par l’ethnie pachtoune, dont sont issus les talibans, elles ne devraient pas résister longtemps.

Une famille afghane déplacée à l’intérieur du pays, qui a fui la province de Takhar en raison des combats entre les talibans et les forces de sécurité afghanes, est assise dans sa tente temporaire  à Kaboul le 11 août 2021. Photo de Wakil KOHSAR / AFP via Getty Images.

Pour les habitants de Kaboul et les dizaines de milliers de personnes qui ont fui leur foyer ces dernières semaines pour se réfugier dans la capitale, la peur prédomine.

« Inquiet pour l’avenir » de ses jeunes sœurs

« Je pleure jour et nuit quand je vois que les talibans forcent des jeunes filles à épouser leurs combattants », a confié à l’AFP Muzhda, 35 ans, une femme célibataire arrivée dans la capitale avec ses deux sœurs, après avoir quitté la province de Parwan, un peu plus au nord.

« J’ai refusé des propositions de mariage par le passé (…) Si les talibans viennent et me forcent à les épouser, je me suiciderai », prévient-elle.

Des combattants talibans sont photographiés dans un véhicule de la Direction nationale de la sécurité afghane le 13 août 2021. Photo de -/AFP via Getty Images.

Dawood Hotak, 28 ans, un commerçant de Kaboul, est aussi « inquiet pour l’avenir » de ses jeunes sœurs et ne sait pas « ce qui va leur arriver ». « Si la situation devient vraiment mauvaise, alors nous quitterons l’Afghanistan une nouvelle fois, comme nous l’avons fait au début des années 1990 », assure-t-il.

Beaucoup d’Afghans – les femmes en particulier -, habitués à la liberté qu’ils ont connue ces 20 dernières années, craignent un retour au pouvoir des talibans.

Lorsqu’ils dirigeaient le pays, entre 1996 et 2001, avant d’être chassés du pouvoir par une coalition internationale dirigée par les États-Unis, les talibans avaient imposé leur version ultra-rigoriste de la loi islamique.

Les femmes avaient interdiction de sortir sans un chaperon masculin et de travailler, et les filles d’aller à l’école. Les femmes accusées de crimes comme l’adultère étaient fouettées et lapidées.

Zoohra, 60 ans, tient la photo de sa fille qui, selon elle, a été tuée par les talibans il y a un mois dans un camp de fortune de personnes déplacées  le 12 août 2021 à Kaboul, en Afghanistan. Photo de Paula Bronstein/Getty Images.

« Il est particulièrement horrifiant et déchirant de voir que les droits durement acquis par les filles et les femmes afghanes sont en train de leur être enlevés », a déclaré vendredi le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.

Un ballet d’hélicoptères dans le ciel de Kaboul

Un ballet d’hélicoptères zébrait samedi le ciel de Kaboul, entre l’aéroport et le l’ambassade américaine, un gigantesque complexe situé dans la « zone verte » ultra-fortifiée, au centre de la capitale.

Un premier contingent de US Marines est arrivé dans la capitale où il aura pour rôle de sécuriser les évacuations du personnel diplomatique, ainsi que d’Afghans ayant travaillé pour les États-Unis et craignant des représailles des talibans.

Un hélicoptère de l’armée de l’air afghane passe près du Parlement afghan à Kaboul, août 2021. Photo de WAKIL KOHSAR / AFP via Getty Images.

Les États-Unis entendent évacuer des « milliers de personnes par jour » et pour cela le Pentagone va déployer avant la fin du week-end 3.000 soldats à l’aéroport de la capitale, a précisé vendredi son porte-parole, John Kirby.

L’ambassade des États-Unis à Kaboul a ordonné à son personnel de détruire les documents sensibles et symboles américains qui pourraient être utilisés par les talibans « à des fins de propagande ».

Londres a parallèlement annoncé le redéploiement de 600 militaires pour aider les ressortissants britanniques à partir.

Plusieurs pays – Pays-Bas, Finlande, Suède, Italie et Espagne – ont également annoncé vendredi la réduction au strict minimum de leur présence dans le pays, ainsi que des programmes de rapatriement de leurs employés afghans. L’Allemagne va aussi réduire son personnel diplomatique « au minimum absolu ».

La prise du pouvoir par les talibans, n’est pas l’issue inéluctable

D’autres, dont la Norvège et le Danemark, ont préféré fermer provisoirement leurs ambassades. La Suisse, qui n’y dispose pas d’ambassade, a annoncé le rapatriement de quelques collaborateurs helvétiques et d’une quarantaine d’employés locaux.

Les talibans ont lancé leur offensive en mai, quand le président américain Joe Biden a confirmé le départ des dernières troupes étrangères du pays, 20 ans après leur intervention pour en chasser les talibans du pouvoir.

-Des Afghans déplacés, se rassemblent pour recevoir de la nourriture gratuite distribuée par des hommes chiites à Kaboul le 13 août 2021. Photo de WAKIL KOHSAR / AFP via Getty Images.

Ce retrait doit être achevé d’ici le 31 août. Joe Biden a depuis affirmé ne pas regretter sa décision, même si la rapidité avec laquelle l’armée afghane s’est désintégrée a surpris et déçu les Américains, qui ont dépensé plus de 1.000 milliards de dollars pour la former et l’équiper.

Malgré tout, les États-Unis ont continué à affirmer vendredi que Kaboul ne faisait pas face à une « menace imminente » et que la prise du pouvoir par les talibans n’était pas à leurs yeux une issue inéluctable.

 

Soutenez Epoch Times à partir de 1€

Comment pouvez-vous nous aider à vous tenir informés ?

Epoch Times est un média libre et indépendant, ne recevant aucune aide publique et n’appartenant à aucun parti politique ou groupe financier. Depuis notre création, nous faisons face à des attaques déloyales pour faire taire nos informations portant notamment sur les questions de droits de l'homme en Chine. C'est pourquoi, nous comptons sur votre soutien pour défendre notre journalisme indépendant et pour continuer, grâce à vous, à faire connaître la vérité.