Chine et Russie : le pire moment de l’histoire est pour bientôt

Par Gordon G. Chang
14 mai 2022 14:08 Mis à jour: 15 mai 2022 06:37

Le 1er mai, un présentateur de télévision russe, considéré généralement comme « la voix de Poutine » a exhorté le président à lancer le drone sous‑marin Poseidon doté (selon lui) d’une « ogive pouvant atteindre 100 mégatonnes ».

La détonation, selon Dmitry Kiselyov, créerait un raz‑de‑marée de 500 mètres qui « plongerait la Grande‑Bretagne dans les profondeurs de l’océan ». La vague atteindrait la moitié du plus haut sommet d’Angleterre, le Scafell Pike.

« Ce raz‑de‑marée serait également porteur de doses extrêmement élevées de radiations », a souligné M. Kiselyov. « En déferlant sur la Grande‑Bretagne, il transformerait le peu qui resterait en un désert radioactif, impraticable pour quoi que ce soit. Que pensez‑vous de cette perspective ? »

« Un seul lancement, Boris, et il n’y a plus d’Angleterre », a‑t‑il ajouté, s’adressant au premier ministre britannique Boris Johnson.

Cette menace fait suite à celle proférée le 28 avril par Aleksey Zhuravlyov, président du parti Rodina, parti pro‑Kremlin de Russie. Lors de l’émission 60 minutes diffusée sur la chaîne de télévision russe Channel One, il avait exhorté Poutine à bombarder la Grande‑Bretagne avec son missile Sarmat, le missile le plus grand et le plus lourd du monde.

Il informait également, pendant l’émission, qu’un missile lancé depuis l’enclave russe de Kaliningrad mettrait 106 secondes pour atteindre Berlin, 200 secondes pour atteindre Paris et 202 secondes pour anéantir Londres.

L’OTAN a surnommé le Sarmat « Satan 2 ».

Poutine lui‑même s’est mis de la partie. Juste avant d’envoyer ses forces à la frontière ukrainienne, il a mis en garde contre « des conséquences que vous n’avez jamais rencontrées dans votre histoire ». Le 27 février, il a mis ses forces nucléaires en état d’alerte. Le 1er mars, le dirigeant russe a sorti ses sous‑marins lanceurs de missiles balistiques et ses lanceurs de missiles mobiles terrestres dans le cadre d’un « exercice ». Le 4 mai, le ministère russe de la Défense a annoncé les lancements électroniques à Kaliningrad de systèmes de missiles balistiques mobiles Iskander à capacité nucléaire.

La Russie a une doctrine relative au nucléaire dite d’« escalade pour désescalader » ou, plus précisément, d’« escalade pour gagner ». Celle‑ci consiste à menacer ou à utiliser des armes nucléaires dès le début d’un conflit conventionnel.

Le 4 février, la Chine a publié une déclaration commune avec la Russie de partenariat « sans limites ». Au cours du siècle dernier, la Chine s’est illustrée en menaçant régulièrement, sans qu’on ait vraiment cherché à la provoquer, de détruire les villes des États qui l’avaient offensé d’une manière ou d’une autre. En juillet de l’année dernière, par exemple, le régime chinois a menacé de mettre en pièces le Japon en raison de son soutien à Taïwan. En septembre, la Chine a proféré une menace similaire à l’encontre de l’Australie parce qu’elle s’était jointe aux États‑Unis et au Royaume‑Uni dans le cadre du pacte AUKUS, un accord visant à maintenir la stabilité dans la région. En mars dernier, le ministère chinois de la Défense a promis que les pays aidant Taiwan à se défendre auraient à faire face aux « pires conséquences ». La menace semblait particulièrement dirigée contre l’Australie.

En cas de provocation, la Corée du Nord a annoncé ce mois‑ci, vouloir non seulement utiliser des armes nucléaires pour riposter, mais pour attaquer d’autres pays.

Le fait que la Russie, la Chine et la Corée du Nord menacent en même temps de lancer les armes les plus destructrices du monde est de mauvais augure.

Pourquoi les régimes les plus dangereux de la planète profèrent‑ils tous de telles menaces ?

Tout d’abord, Poutine a prouvé au monde que ces avertissements ont vraiment un effet d’intimidation. Selon les confessions de Peter Huessy, chercheur principal de l’Hudson Institute, en mars, l’escalade pour gagner suppose des menaces nucléaires qui « contraindront un ennemi à se retirer et à ne pas se battre ». Force est de constater que les démocraties occidentales sont restées de côté, ont évité de s’engager dans la bataille en Ukraine. Pékin et Pyongyang espèrent des succès similaires.

Deuxièmement, Poutine et le dirigeant chinois Xi Jinping profèrent probablement de telles menaces car ils ont perdu tout respect pour leurs rivaux.

« Le retrait bâclé de l’Afghanistan et le manque de volonté de soutenir efficacement l’Ukraine depuis notre accord de 1994, et surtout au cours de l’année écoulée, ont conduit les ennemis dotés de l’arme nucléaire à intensifier les menaces à l’encontre des États‑Unis et de leurs alliés », a déclaré au début du mois M. Huessy, qui est également le président de GeoStrategic Analysis à l’Institut Gatestone. « Ils sentent une faiblesse américaine croissante. »

« Comme Vladimir Poutine, le Parti communiste chinois ne craint plus autant la puissance américaine », avouait Richard Fisher, de l’International Assessment and Strategy Center (Centre international d’évaluation et de stratégie), basé en Virginie, peu après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. « Les menaces nucléaires de la Chine mettent en lumière l’arrogance du Parti face à la faiblesse qu’il perçoit chez les Américains, les risques que représente l’absence de dissuasion nucléaire régionale américaine et les failles de la suprématie américaine. »

Troisièmement, des considérations internes peuvent rendre de telles menaces faciles à proférer. Pour beaucoup, le moment le plus dangereux depuis la Seconde Guerre mondiale a été la crise des missiles de Cuba en octobre 1962. L’impasse du Checkpoint Charlie à Berlin en octobre 1961 était peut‑être encore plus périlleuse. Pourtant, Kennedy et Khrouchtchev avaient tous deux conscience qu’il ne devait en aucun cas y avoir d’échange nucléaire. La question aujourd’hui est de savoir si Poutine et Xi en sont conscient également. Ce n’est peut‑être pas le cas.

Les dirigeants de ces régimes partagent peut‑être une mentalité « de derniers jours dans le bunker ». La Russie et la Chine, bien que de manière différente, sont toutes deux dirigées par des gouvernements en détresse. Cela signifie que leurs dirigeants n’ont pas grand‑chose à perdre.

Quelle que soit la raison de ces menaces, Poutine et Xi les ont proclamées haut et fort. Il est regrettable de constater que les dirigeants occidentaux sont déterminés à ne pas les croire.

En réponse aux menaces russes, le président Joe Biden a déclaré le 28 février que le peuple américain ne devait pas s’inquiéter d’une guerre nucléaire. Au contraire, il y a toutes les raisons de s’inquiéter.

De manière typiquement occidentale, les présidents et premiers ministres ont presque toujours ignoré les menaces nucléaires et évité de leur donner trop d’importance. Malheureusement, cette attitude n’a fait qu’encourager les auteurs des menaces à en faire davantage. Plus la communauté internationale tarde à affronter les Russes, les Chinois et les Nord‑coréens belliqueux, plus les confrontations seront dangereuses.

Le monde semble donc s’approcher rapidement du pire moment de l’histoire.

« Une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée », a déclaré Biden en juin de l’année dernière. Peut‑être. Cependant, Poutine, qui se joignait au président américain lors de cette déclaration, pense à priori pouvoir en mener une et gagner.

Publié à l’origine par le Gatestone Institute.

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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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