Le nouveau gouvernement dévoile l’ennemi numéro 1 d’Emmanuel Macron

Par La Rédaction
22 mai 2022 17:04 Mis à jour: 30 mai 2022 06:51

La majorité devait se féliciter, l’opposition jouer l’indignation. Tout s’est passé comme prévu : la nouvelle Premier ministre Elisabeth Borne parle d’ « un gouvernement paritaire et équilibré entre ceux qui étaient déjà ministres et de nouvelles figures qui sont compétentes et engagées. »  Toutes « partagent la volonté de mettre en œuvre le programme pour lequel Emmanuel Macron a été réélu. »

À l’extrême-gauche, Jean-Luc Mélenchon réplique par un crochet :  » Ce sera donc le pire, c’est-à-dire la continuité « , puisqu’on retrouve  » les principales figures de la maltraitance sociale et de l’irresponsabilité écologique du précédent gouvernement. »

Pour Marine Le Pen,  » tous ceux qui ont lourdement échoué sont reconduits. Ce remaniement symbolise l’incompétence et l’arrogance d’Emmanuel Macron. « 

Voici pour les réactions générales. Plus spécifiquement ensuite, les survivants issus des décombres des Républicains digèrent mal la défection de Damien Abad, leur chef de groupe devenu ministre de l’Autonomie et de la Solidarité. « J’espère que Damien Abad a honte », s’étrangle Aurélien Pradié. « Pour être respecté, il faut être respectable. Pour respecter la politique, il faut qu’elle soit respectable. Où est l’honneur quand on trompe et trahit la confiance de tous, pour une gamelle? » Les Républicains diffusent sur les réseaux sociaux une récente intervention de leur ancien leader parlementaire qui disait, au sujet du départ d’Éric Woerth, regretter « qu’à l’infidélité de ce départ s’ajoute l’inélégance. »

Parmi les autres changements significatifs, l’arrogant Monsieur Véran (c’est l’image qu’il aura laissée aux parlementaires) emporte avec lui le souvenir du Covid-19, des vaccins obligatoires, du pass sanitaire et de McKinsey. Le neurologue est relégué et remplacé par une ancienne travailleuse sociale, Brigitte Bourguignon. Un point pour le social.

Mais c’est surtout avec la nomination à l’Éducation Nationale de l’universitaire Pap N’Diaye que le Président se moque de faire hurler la droite :  « Emmanuel Macron avait affirmé qu’il fallait déconstruire l’Histoire de France. Il passe aux travaux pratiques avec monsieur Pap Ndiaye » s’insurge Éric Zemmour sur BFM. Le nouveau ministre est d’après lui « indigéniste, wokiste et obsédé par la race. » « Il va défendre ses convictions au détriment de nos enfants » ;  l’homme de la droite identitaire voit avec lui « la déconstruction en marche. » Même son de cloche du côté de Marine Le Pen : « Ce choix de mettre un homme qui défend l’indigénisme, le racialisme et le wokisme à la tête de l’éducation nationale, c’est un choix terrifiant pour les parents et grands-parents que nous sommes. »

Sur France Info, Didier Georges, secrétaire national du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale salue par contre cette nomination. Il estime que Pap Ndiaye « a fait preuve souvent d’empathie et de compréhension à l’endroit des personnels ». Jean-Luc Mélenchon salue lui aussi « une audace, la nomination d’un grand intellectuel, Monsieur Pap Ndiaye. »

Emmanuel Macron fait à peu près comme, avant lui, le général de Gaulle lorsqu’il avait dû composer avec la grande vague communiste d’après-guerre : il garde à sa main les postes les plus stratégiques que sont l’économie, l’intérieur, les affaires étrangères et laisse à la gauche l’éducation, la culture, la santé, matières considérées comme sacrifiables. C’est pourtant cette approche de court-terme qui a permis à la pensée communiste et à tous ses dérivés culturels de s’insinuer en France, transformant l’éducation et ses méthodes, faisant du pays un élève médiocre du classement international PISA lorsqu’on rapporte sa performance aux plus de 120 milliards d’euros de fonds publics qui lui sont dédiés chaque année. Pap N’Diaye saura-t-il améliorer cette situation ? Son profil laisse espérer une capacité à imaginer des outils de réduction des inégalités dans l’accès aux savoirs – un des points les plus faibles de l’éducation nationale française. Il risque malheureusement aussi de favoriser une vague victimaire « woke » qui, si elle est intellectuelle et mesurée dans son discours, ne manquera pas d’être amplifiée et radicalisée par des extrémistes en recherche d’une nouvelle lutte des classes.

Avec cette nomination, probablement la plus significative dans le nouveau gouvernement, Emmanuel Macron donne à tous les personnels publics – de l’éducation nationale en particulier, et à tous les électeurs de gauche une raison de moins de se ruer dans les isoloirs au mois de juin, une raison de moins de tenter d’offrir une majorité à l’extrême-gauche. Ce que tente la recomposition gouvernementale, en pariant sur un seul symbole et un seul nom, est de casser la dynamique de la NUPES (nouvelle union populaire et sociale). Elle désigne ainsi comme premier adversaire au Président, non pas Marine le Pen, moins encore Eric Zemmour, mais bien le seul Jean-Luc Mélenchon.

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