Enlever ses chaussures à l’intérieur: une coutume universelle ou un bon réflexe pour la santé?

Par Lily Kelly
4 août 2022 21:15 Mis à jour: 4 août 2022 21:40

La pratique consistant à enlever ses chaussures devant la porte est souvent considérée comme un choix culturel plutôt qu’un choix hygiénique. Cependant, une étude menée par des chimistes australiens spécialistes de l’environnement domestique suggère que cela ne devrait pas être le cas.

Des scientifiques de l’université australienne Macquarie étudient l’environnement domestique et les contaminants qui y sont présents. Selon eux, lorsque les chaussures ne sont pas retirées devant la porte, un certain nombre de contaminants dangereux peuvent pénétrer dans la maison.

Le professeur Mark Taylor de l’université Macquarie a cosigné un article sur le sujet dans The Conversation avec le professeur Gabriel Filippelli de l’université de l’Indiana. Selon eux, un tiers des matières qui s’accumulent à l’intérieur de la maison viennent soit par la voie des airs, soit elles s’introduisent sur la semelle de nos chaussures.

Le Pr Taylor dirige l’étude Macquarie en cours sur les contaminants domestiques.

Les recherches révèlent qu’une partie de la matière entrant dans les maisons est constituée d’agents pathogènes résistants aux médicaments, connus sous le nom de « super bactéries ». Les super bactéries sont des organismes résistant aux antibiotiques, très difficiles à traiter, et elles représentent une menace pour l’organisme. Elles sont reconnues par l’Organisation mondiale de la santé comme une des dix principales menaces pour la santé publique mondiale.

Par ailleurs, les travaux mettent à jour des niveaux importants d’agents cancérigènes tels que les résidus d’asphalte ainsi que des produits chimiques utilisés pour traiter les pelouses qui perturbent le système endocrinien, lequel régule les processus biologiques du corps.

« Il serait très difficile de démontrer que les cancers sont liés à une exposition unique spécifique, mais nous préconisons une approche de précaution pour minimiser les expositions », explique le Pr Taylor dans un courriel adressé à Epoch Times.

Des chaussures bien ajustées peuvent vous aider à vous sentir plus heureux et plus confiant. (Syda Productions/Shutterstock)

Un des principaux objectifs de l’étude est de mesurer les niveaux de métaux toxiques tels que le plomb, l’arsenic et le cadmium dans les habitations de 35 pays. Le plomb, l’arsenic et le cadmium sont incolores et inodores, il est donc difficile de déterminer la source de ces métaux s’ils sont détectés. Il n’est pas non plus facile de dire si les métaux toxiques se trouvent dans les canalisations ou sur le sol de la maison.

Toutefois, les travaux ont révélé qu’il existe un lien étroit entre le plomb présent dans le sol de l’arrière-cour et celui présent à la maison. Le métal toxique vient donc soit par la voie des airs, soit il est introduit dans la maison via nos semelles.

Les chaussures peuvent introduire un autre polluant important : l’E. Coli. C’est une bactérie dangereuse présente dans les excréments des animaux.

L’E. Coli se répand partout (on en trouve sur 96% des chaussures, par exemple). Comme on en trouve systématiquement partout, certains considèrent qu’enlever ses chaussures dans la maison pour s’en préserver n’a pas un grand impact. Les Prs Taylor et Filippelli affirment que si la bactérie est largement répandue, éliminer un moyen d’augmenter sa présence n’est pas une mauvaise idée. En effet, des niveaux élevés d’E. Coli peuvent rendre très malade.

Les éléments radioactifs : voilà un autre polluant trouvé en intérieur durant les recherches. Ils sont présents dans les engrais et le verre, les produits chimiques perfluorés, qui peuvent réduire la fonction immunitaire et perturber le système endocrinien, et les microplastiques.

Les microplastiques sont de très petites particules, mesurant entre quelques centaines de nanomètres à 5 millimètres. Elles sont composées de mélanges de polymères et d’additifs fonctionnels. Ces particules sont dangereuses pour l’homme, car elles peuvent endommager les cellules et provoquer des réactions allergiques.

Cette abondance de polluants dangereux envahissant nos maisons via les semelles a conduit les chercheurs à conclure que le fait de porter ses chaussures en intérieur est plus dangereux que de ne pas en porter. Bien qu’il y est aussi des risques associés au fait de marcher sans chaussures : on peut se couper l’orteil, cela peut engendrer le syndrome de la maison stérile, etc.

Le syndrome de la maison stérile fait référence à la théorie selon laquelle le taux d’allergie chez les enfants serait lié à des foyers trop stériles. Cependant, les Prs Taylor et Filippelli estiment que ces risques potentiels peuvent être facilement résolus en portant une paire de chaussures d’intérieur ou en emmenant les enfants se promener dans la nature plutôt que de marcher dans la maison avec des substances significativement dangereuses.

(Illustration – Shutterstock)

La science n’est pas la seule à promouvoir le fait qu’il faut arrêter d’associer cette pratique à une simple coutume et qu’il est bon de l’adopter pour à des fins hygiéniques. Le raisonnement général qui sous-tend la coutume repose également sur des avantages hygiéniques.

Eve Chen, spécialiste de la culture chinoise et maître de conférences à l’Australian National University, (université nationale australienne), a déclaré dans un courriel adressé à Epoch Times que, selon elle, la principale raison pour laquelle les ménages cantonais se déchaussent, du moins à l’époque moderne, est l’hygiène.

« C’est une croyance conventionnelle que l’environnement extérieur n’est pas propre, et qu’il est plein de saleté, de poussière et de bactéries pouvant engendrer des maladies ou des malaises. »

« Garder une maison propre et éloignée de la source de contamination est ce qui motive principalement la pratique consistant à enlever ses chaussures avant d’entrer dans l’espace domestique. »

Le Pr Chen précise que se déchausser à l’intérieur de la maison n’est pas la seule règle dans la tradition cantonaise.

« Elle s’accompagne d’autres règles domestiques chinoises/cantonaises courantes, comme changer les vêtements ‘extérieurs’ dès que l’on arrive à la maison, éviter de s’asseoir sur le lit si l’on porte des vêtements ‘extérieurs’, et prendre une douche avant d’aller se coucher. »

« La mentalité fondamentale de ces ‘règles’ est que ‘nous devons éviter d’introduire dans notre maison tout ce qui est ‘impur’ de l’extérieur’. »

Si l’hygiène est sans aucun doute à l’origine de la coutume, le Pr Chen estime que c’est aussi une question de mœurs. Il existe une compréhension traditionnelle selon laquelle une maison est un lieu privé pour la famille, excluant les étrangers.

Traditionnellement, les Cantonais n’organisent pas d’activités sociales chez eux, mais davantage dans des lieux publics.

« Pour certains, inviter des gens chez eux est extrêmement rare et si cela arrive, cela signifie qu’on montre le plus grand respect aux invités, cela implique que ces invités sont tellement appréciés et respectés qu’ils sont traités comme la famille. »

« En soi, les ‘chaussures’, objet utilisé à l’extérieur de la maison à des fins sociales/pratiques et pouvant transporter des substances de l’extérieur, doivent être enlevées. »

L’invité, explique Mme Chen, propose de retirer ses chaussures ou les retire sans demander à l’entrée d’une maison chinoise/cantonaise. C’est un geste de politesse et un signe de respect.

Par là, l’invité fait comprendre : « J’estime et respecte votre maison et votre intimité, donc je ne les contaminerai pas avec quoi que ce soit d’impur venant de l’extérieur. »

« Je ne suis pas certaine d’où cela remonte historiquement, mais cela a probablement aussi à voir avec le respect et l’honneur et le fait de faire preuve de modestie, tout comme lorsqu’on enlève son chapeau lors d’occasions solennelles. »

(Illustration – Shutterstock)

La doyenne du programme Research Engagement, Impact and Innovation au College of Arts and Social Science de l’université nationale australienne, le professeur Simone Dennis, déclare à Epoch Times qu’on retire ces chaussures dans différentes cultures depuis la nuit des temps.

« Il est intéressant de noter que c’est une coutume qui se manifeste presque universellement, avec des degrés d’importance variables », explique le Pr Dennis. « Cela signifie probablement qu’elle a une portée intuitive pour les populations. »

Le Pr Dennis pense que l’universalité de cette pratique est due à la façon dont les humains ont tendance à créer des catégories. Certains aspects, comme les chaussures, sont traités de la même façon dans diverses cultures.

« Mary Douglas a décrit ce phénomène en 1966 dans son livre Purity and Danger qui, en s’appuyant sur des idées antérieures de Levi Strauss, décrit comment les gens cherchent à organiser et à schématiser le monde selon certains fondamentaux. »

« Les binômes sont les suivants : jour/nuit, soi/autre, vie/mort, etc. La propreté et la saleté sont des notions importantes. »

Mme Douglas ajoute que la saleté ne porte jamais sur un « objet spécifique ». Rien n’entre vraiment dans la classification de la saleté, sa taxinomie.

« Par exemple, la terre est célébrée comme un milieu riche et fertile pour la croissance des choses, mais traquée en intérieur, c’est de la saleté. Les cheveux sont magnifiques et brillants sur la tête – absolument dégoûtants sur le gâteau qu’on vous sert avec un café. »

« Quand elles sortent de la place que nous leur avons attribuée, les choses deviennent sales – elles ont franchi une limite. »

Selon le Pr Dennis, les chaussures sont considérées comme une menace pour la propreté et l’intégrité du foyer, car elles sont le principal véhicule qui franchit la frontière, séparant l’extérieur et tous ses polluants de l’intérieur.

Elle ajoute que cette frontière a pris plus d’ampleur pendant la pandémie, car l’épidémie a renforcé l’importance du seuil de la maison.

Pour le Pr Dennis, cependant, la coutume d’enlever ses chaussures vise davantage à les « classer » qu’à garder la maison impeccable, car les polluants extérieurs pénètrent dans la maison par d’autres moyens en permanence.

« C’est un peu comme la règle des cinq secondes : laisser tomber de la nourriture par terre et la ramasser au bout de cinq secondes ne rend pas la maison propre, mais c’est un petit travail rituel qui nous fait nous sentir mieux et remet les choses en ordre. »

« Enlever ses chaussures, c’est pareil, et cela supprime également une bonne partie de la matière extérieure qui tend à envahir l’intérieur. »

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