Est-ce que Google vend nos données privées à la Chine?

Par John Mac Ghlionn
11 juin 2022 17:16 Mis à jour: 12 juin 2022 14:08

Selon une citation de Paulo Coelho : « Tout dans la vie a son prix. » Oui, tout, y compris nos données privées. En cas de doute, il est utile de regarder l’orientation de Google, qui ne manque pas d’être problématique.

Un nouveau rapport publié par l’Irish Council for Civil Liberties (ICCL) démontre les dangers que représente Google. Plus précisément, le rapport expose comment Google manie le Real Time Biding (RTB) en dévastant tout sur son passage.

Tout d’abord, qu’est‑ce que le Real Time Biding ? [Traduit en français : « enchère en temps réel », ndlr]

Selon le site Web de Google, il s’agit de l’achat et de la vente d’un « inventaire publicitaire numérique ».

Que signifie le terme « inventaire » ? Une liste exhaustive. Pour être clair, cette liste, comme l’indique le rapport de l’ICCL, décrit de manière très détaillée les traces laissées par nos empreintes numériques.

Ce « groupe de plus de 117 milliards de dollars », nous rappellent les auteurs, « opère dans les coulisses des sites Web et des applications ». Il suit tout (absolument tout) y compris ce que vous regardons, « peu importe que ce soit privé ou sensible ».

En bref, ce grand registre numérique consigne où nous allons et quand nous y allons. Si on se dit que ce n’est pas bon… Eh bien, en effet, ce n’est vraiment pas bon ! Et les choses ne vont qu’en s’empirant. Chaque jour, 365 jours par an, Google partage toutes ces données avec près de 5000 entreprises de par le monde, grâce à quoi ces 5000 entreprises ont les moyens de nous connaître mieux que nous‑mêmes.

Et c’est ainsi que nous sommes ciblés par des annonces ultra‑spécifiques, ultra‑personnelles.

Selon les chercheurs de l’ICCL, « le RTB est la plus grande violation de données de tous les temps ». En plus de suivre et de partager ce que nous regardons en ligne, le RTB de Google partage nos déplacements plusieurs fois par jour. Combien de fois ? « 178 billions de fois [10 puissance 12]  par an aux États‑Unis et en Europe. »

Si vous utilisez Google quotidiennement en Europe, vous pouvez vous attendre à ce que votre activité en ligne soit révélée « 376 fois en 24 heures ». Le comportement et la localisation en ligne sont suivis 71 billions de fois par an.

La situation est encore plus terrible aux États‑Unis. Un Américain utilisant Google tous les jours verra son activité « exposée 747 fois par jour ». L’Ohio (pourquoi l’Ohio, on ne sait pas trop) bat tous les records, avec un chiffre qui monte jusqu’à 812.

Visiteurs du stand Google à la Foire du livre de Francfort, en Allemagne, le 8 octobre 2006.(Torsten Silz/AFP/Getty Images)

Aux États‑Unis, le comportement en ligne et la localisation des internautes sont suivis, catalogués et partagés plus de 100 billions de fois par an.

Pour une raison quelconque, Google s’intéresse particulièrement aux Allemands. Selon le rapport, « Google émet des informations sur le comportement en ligne des Allemands 19,6 millions de fois par minute ».

Que l’on vive à Berlin, Boston, Munich ou Miami, le point suivant doit nous alerter : « Les données privées sont envoyées à des entreprises du monde entier, y compris en Russie et en Chine, sans aucun moyen de contrôler ce qu’elles deviennent. »

Pour bien comprendre en quoi le RTB représente le mal absolu, les chercheurs d’European Digital Rights (EDRi), un groupe de défense international basé à Bruxelles, nous demandent d’ « imaginer des enchères, une bourse, des traders, de grands écrans, du bruit, des graphiques, des pourcentages ». Imaginons maintenant que tout cela aille à l’annonceur le plus offrant. Or, explique le rapport, il est arrivé une fois que l’un de ces acquéreurs s’est avéré être ni plus ni moins que le département américain de la Sécurité intérieure (DHS). Donc les données acquises ont été utilisées pour espionner les téléphones de millions d’Américains. Cela a été fait sans mandat. En d’autres termes, le DHS s’est comporté de manière illégale car le RTB le lui permettait.

Résoudre cet énorme problème

Google est‑il mauvais ? Étant donné que l’entreprise a transformé son slogan « Don’t be evil » par « Do the right thing » dans son code de bonne conduite en 2018, on est en droit de se poser la question.

Manifestation contre le projet « Dragonfly » devant les bureaux de Google à Londres, le 18 janvier 2019. Une coalition mondiale de 60 groupes de défense des droits de l’homme et de médias s’est mobilisé pour écrire au directeur général de Google, Sundar Pichai, afin qu’il abandonne le projet « Dragonfly », un moteur de recherche censuré pour la Chine, qui a suscité l’opposition du personnel de Google lui-même. Finalement, le projet a été abandonné. (BEN STANSALL/AFP via Getty Images)

Si ce point reste néanmoins sujet à débat, il y a une réalité qui ne fait aucun doute : Google est beaucoup trop puissant et c’est ce qui l’autorise à agir en toute impunité en vendant nos données à des milliers de soumissionnaires extrêmement riches.

Alors que faire ?

Le 19 mai, un groupe bipartisan de sénateurs américains a présenté un projet de loi visant à démanteler l’industrie de la publicité numérique de Google. Comme l’a noté Chris Mills Rodrigo de The Hill, si la pression collective des sénateurs réussit, Google n’aura que des options désavantageuses : il « devra soit changer son système d’annonces ou sa façon de les distribuer, soit créer une nouvelle plateforme correspondant aux nouvelles exigences ».

Selon le Wall Street Journal, la mesure viserait spécifiquement les entreprises qui réalisent chaque année plus de 20 milliards de dollars de transactions liées à la publicité. Cela inclut des entreprises comme Facebook, Microsoft et, bien sûr, Google. Alphabet, la société mère de Google, génère 54 milliards de dollars de revenus par trimestre rien qu’avec les publicités.

Il ne fait aucun doute que Google se battra avec acharnement pour maintenir son flux de revenus RTB. Espérons néanmoins, pour notre bien à tous, que la tentative des sénateurs de mettre Google au pas connaîtra le succès. La géolocalisation et le partage de données non désirés doivent cesser, et ce, dès maintenant.

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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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