Hong Kong : un troisième média indépendant ferme ses portes sous la pression des autorités

Par Dorothy Li
8 janvier 2022 15:17 Mis à jour: 8 janvier 2022 15:17

Suite à la fermeture récente de Stand News, une autre publication indépendante de Hong Kong a annoncé sa fermeture au 3 janvier. Les journalistes ne se sentent plus en sécurité face à l’application arbitraire de la loi par les autorités.

Citizen News, un journal en ligne fondé en 2017 par un groupe de journalistes chevronnés, s’est résigné à annoncer sa fermeture soudaine dimanche dernier, indiquant que le 4 janvier serait son dernier jour de publications. Le site s’est ensuite totalement éteint passé minuit.

La plateforme constituait l’ultime tribune pour les journalistes prodémocratiques de l’Apple Daily, le grand journal d’opposition fermé de force cet été. Dans un communiqué Citizen News a déclaré ne plus pouvoir fonctionner dans un contexte de « changements drastiques dans la société et une aggravation de l’environnement médiatique ».

La fermeture de Citizen News fait suite à celle d’un autre site qui était des plus populaires dans l’ancienne colonie britannique, Stand News, qui a annoncé devoir fermer pour « assurer la sécurité de son personnel ».

Chris Yeung, le rédacteur en chef de Citizen News, a expliqué aux journalistes lundi que tout avait commencé avec les manœuvres récentes initiées contre Stand News.

Le 29 décembre, plus de 200 policiers du département de sécurité nationale (nouvellement crée) ont fait une descente dans les bureaux de Stand News, ont gelé ses actifs et ont arrêté sept cadres actuels et anciens, accusés (en vertu d’une loi datant de l’époque coloniale) d’avoir participé à une « conspiration en vue de réaliser des publications séditieuses ». Quelques heures plus tard, le média en ligne indépendant annonçait la fin de ses activités et licenciait tous les membres du personnel.

Deux des personnes arrêtées se sont vu refuser la liberté sous caution après avoir été formellement accusées de sédition le 30 décembre, selon les médias locaux il s’agirait du rédacteur en chef Patrick Lam et de son prédécesseur Chung Pui-kuen.

Patrick Lam, rédacteur en chef de Stand News, est emmené menotté dans les bureaux du média après que la police a été déployée pour fouiller les locaux dans le district de Kwun Tong à Hong Kong, le 29 décembre 2021. (Daniel Suen/AFP via Getty Images)

« Nous avons fait de notre mieux pour ne pas enfreindre la loi, mais nous ne pouvons plus saisir clairement les lignes de l’application de la loi », a déclaré M. Yeung, qui est également un ancien président de l’Association des journalistes de Hong Kong (HKJA).

« Les journalistes sont aussi des êtres humains et ont des familles et des amis », a-t-il ajouté. « Dans un environnement où nous ne pouvons pas travailler en toute sécurité, il est temps d’examiner sérieusement cette question. Les journalistes ne veulent pas se retrouver dans ce dilemme à cause de leur travail. »

Il a déclaré que le média n’a pas été contacté jusqu’à présent par les forces de l’ordre, mais certains commentaires écrits par des personnes familières avec ces questions ont indiqué que les médias en ligne seraient la prochaine cible.

« Ce qui a changé, ce n’est pas nous, mais c’est l’exterieur, l’environnement neutre », a déclaré Daisy Li, rédactrice en chef de Citizen News.

« Pouvons-nous travailler sur des ‘informations non risquées’? » a déclaré Mme Li aux journalistes. « Je ne sais même pas ce que sont des ‘informations non risquées’. »

« Nous aimons tous cet endroit, profondément », a déclaré Citizen News dans un communiqué dimanche, à l’annonce de sa fermeture. « Malheureusement, ce qui nous attendait ce n’était pas seulement des pluies diluviennes ou des vents soufflants, mais des ouragans et des tsunamis. »

L’ancienne colonie britannique (rendue à Pékin en 1997) était autrefois connue comme un havre pour la dissidence, la liberté de la presse et l’expression d’opinions qui n’atteignaient pas le continent. Mais depuis deux ans le régime communiste de Pékin a pris des mesures sévères qui ont entrainé la fermeture de médias indépendants, des monuments déboulonnés ou des élections de responsables politiques pro-Pékin largement boycottées.

Dans une déclaration faite lundi, la HKJA s’est dite « profondément attristée et regrettée » par la disparition de Citizen News.

Les deux publications en ligne les plus importantes n’ont pas pu résister à la pression. Ronson Chan, l’actuel président de la HKJA, craint que la fin de Citizen News et Stand News ne déclenche des fermetures en chaîne.

« Nous pourrions être confrontés à un désastre en matière de liberté de la presse », a déclaré M. Chan à l’édition de Hong Kong d’Epoch Times.

Ancien rédacteur en chef adjoint de Stand News, aujourd’hui fermé, M. Chan a lui-même été arrêté le 29 décembre. Il a été libéré quelques heures plus tard.

Un homme achète plusieurs exemplaires du dernier journal Apple Daily à Hong Kong, le 18 juin 2021. (Anthony Kwan/Getty Images)

Le départ de Citizen News marque la troisième fermeture d’un organe de presse au cours des six derniers mois. L’été dernier, l’Apple Daily, qui critiquait fréquemment le gouvernement de la ville et le régime communiste de Pékin, a imprimé sa dernière édition après que 500 policiers ont fait une descente dans sa salle de rédaction, arrêté cinq cadres et gelé ses principaux actifs. Les autorités affirment que des dizaines d’articles du journal pourraient avoir violé une loi sur la sécurité nationale.

Le fondateur d’Apple Daily, Jimmy Lai, purge actuellement une peine de 20 mois de prison pour avoir participé à des manifestations prodémocratie en 2019. Au total, sept procédures sont en cours actuellement contre lui, dont trois concernant des crimes de sécurité nationale (qui impliquent la perpétuité). C’est au 28 décembre que les charges les plus récentes ont été retenues contre lui, il est désormais accusé de « publications séditieuses ».

La vaste loi sur la sécurité nationale, imposée à Hong Kong par le Parti communiste chinois (PCC), rend les reportages indépendants de plus en plus dangereux. En vertu de cette loi les journalistes et les militants sont arrêtés, les groupes de défense des droits civils et des syndicats se disloquent. Bien des militants doivent s’enfuir.

Le démocrate hongkongais Nathan Law a appelé sur Twitter à soutenir la liberté de la presse dans la ville.

« Les organes de presse indépendants de Hong Kong ferment les uns après les autres », a-t-il écrit dimanche. « Le gouvernement abuse d’une loi coloniale draconienne qui n’a pas été utilisée depuis plus de CINQ décennies pour poursuivre les journalistes. S’il vous plaît, soutenez la liberté de la presse à Hong Kong. »

L’équipe d’Epoch Times Hong Kong et The Associated Press ont contribué à cet article.


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