Joe Biden ne doit pas croire la Chine au sujet de la Russie

La Chine et la Russie sont des alliés de facto
Par Anders Corr
28 février 2022 18:05 Mis à jour: 28 février 2022 20:36

Lorsque Joe Biden, lors de son sommet virtuel avec Xi Jinping en novembre 2021, a partagé avec ce dernier les informations des services du renseignement américains sur l’invasion planifiée par la Russie en Ukraine, en suppliant Xi de faire quelque chose, le dirigeant chinois a dû penser que Biden était plutôt naïf.

Tout d’abord, il est presque certain que Xi Jinping connaissait et approuvait à l’avance le terrible plan de Vladimir Poutine. Poutine avait besoin d’un « acheteur en dernier ressort » pour contrecarrer les sanctions qu’il savait imminentes, et il devait obtenir des garanties de Xi en premier lieu.

Deuxièmement, même si Xi n’était pas au courant de ses plans, il les aurait approuvés. L’invasion russe, y compris les crimes de guerre – tels que le bombardement des appartements et des centrales électriques à Kiev – détourne l’attention des violations des droits de l’homme et des démarches agressives liées aux revendications territoriales de Pékin.

Troisièmement, l’invasion russe fait de la Russie un État paria. Les sanctions qui en découlent la poussent dans les bras de la Chine, tout comme les coups d’État ont poussé la Birmanie (Myanmar) en 2021 ou la Thaïlande en 2014. La Chine profite de toute faiblesse des pays démocratiques et tire avantage des sanctions qu’ils imposent.

Xi a dû bien rire après son entretien virtuel avec Biden. (S’il rit effectivement – ce qui n’est pas évident – peut-être qu’il a simplement souri.)

Ce sommet virtuel s’est passé juste avant que Xi n’appelle son bon ami Poutine pour lui parler des informations disponibles au renseignement américain dont Biden venait de partager. C’est le même genre de double jeu qui renforce la confiance entre les voleurs et qui dure à peu près le temps nécessaire pour que l’un d’eux mette la main sur le butin.

Le 25 février, le New York Times a rapporté des partages par l’administration Biden de renseignements américains avec les représentants de l’État-parti chinois. Ces partages se sont poursuivis pendant trois mois et une demi-douzaine de leurs rencontres avec l’ambassadeur de Chine, le ministre des Affaires étrangères et enfin Xi Jinping lui-même.

L’idée de partager ces renseignements avec Pékin a dû venir aux membres de l’administration Biden lorsqu’ils ont pensé : « Oh ! Ce sera vraiment la question sur laquelle nous pourrions enfin coopérer avec le Parti communiste chinois ! Le PCC ne coopère pas sur le climat, le commerce, les droits de l’homme, la démocratie, la santé, la non-prolifération des armes nucléaires ou le terrorisme. Mais, peut-être, l’invasion future russe est une occasion en or ! »

Au lieu de cela, l’administration Biden a été poignardée dans le dos.

Les responsables chinois ont d’abord affirmé aux Américains qu’ils ne pensaient pas qu’une invasion allait réellement se produire.

Cela s’est avéré être un mensonge lorsque les Américains ont obtenu des renseignements indiquant que non seulement les Chinois étaient au courant des plans du Kremlin, mais qu’ils avaient informé les Russes qu’ils ne s’y opposeraient pas.

Selon New York Times, « Après un échange diplomatique en décembre, les responsables américains ont obtenu des renseignements montrant que Pékin avait partagé ces informations avec Moscou, indiquant aux Russes que les États-Unis essayaient de semer la discorde – et que la Chine n’essaierait pas d’entraver les plans et les actions russes. »

Cela a dû faire très mal. Biden faisait confiance à Xi pour qu’il fasse ce qu’il pensait que Xi devait faire, mais ce dernier a fait juste le contraire. Les responsables de l’administration Biden ont dû se sentir comme des idiots.

Ils le sont en fait, car Xi et Poutine sont clairement du même côté sur la question de l’Ukraine. Le 4 février, les deux hommes ont signé une déclaration stratégique faisant référence à un partenariat entre leurs pays qui n’a « aucune limite » ni aucun domaine de coopération « interdit ». Dans ce document, les deux pays ont pris position contre l’expansion de l’OTAN et ont souligné le soutien « à leurs intérêts fondamentaux, à la souveraineté des États et à l’intégrité territoriale ». Il s’agit d’une confirmation, sans le dire explicitement, de la revendication de la Russie sur l’Ukraine.

La rencontre entre Vladimir Poutine et Xi Jinping à Pékin, le 4 février 2022 (Alexei Druzhinin/Sputnik/AFP via Getty Images)

À son tour, la partie russe a explicitement soutenu le principe « d’une seule Chine » et a déclaré « que Taïwan est une partie inaliénable de la Chine et [qu’elle] s’oppose à toute forme d’indépendance de Taïwan ».

La reconnaissance mutuelle par les deux dictateurs de leurs revendications territoriales sur leurs « régions adjacentes » a permis à Poutine de conclure avec Xi une alliance de facto, assurant ainsi le soutien de son invasion de l’Ukraine.

Selon Poutine et Xi, l’Ukraine et Taïwan sont des territoires qui ont appartenu à l’époque à leurs pays respectifs. Ces deux territoires souhaiteraient rejoindre les alliances occidentales. Tous deux pourraient recourir au nucléaire pour se défendre.

Alors que Xi a beaucoup parlé de l’invasion de Taïwan, Poutine essayait de préserver l’élément de surprise. Cela a bien marché pour Poutine lors de l’invasion de la Crimée et du Donbass en 2014. Cela n’a pas si bien marché plus récemment.

Xi Jinping a néanmoins continué à encourager la Russie. Après l’invasion, Pékin a explicitement soutenu les « préoccupations légitimes de la Russie en matière de sécurité » et la « souveraineté et l’intégrité territoriale » de tous les pays.

Dans le contexte de l’invasion de l’Ukraine, la plupart des Occidentaux pourraient interpréter ce dernier point comme un soutien à l’Ukraine. Mais Poutine affirme que l’Ukraine fait partie de la Russie. Il peut donc interpréter les propos sournois de Xi comme un soutien total à l’intégrité territoriale de la Russie – et ce, incluant toute « l’Ukraine ».

Xi le sait, et pour souligner son soutien à la guerre de la Russie, le ministère chinois des Affaires étrangères en rejette régulièrement la faute sur les États-Unis, sur l’aide apportée à la défense de l’Ukraine, sur « l’exagération de la possibilité d’une guerre » et sur l’expansion de l’OTAN. Poutine n’en est pas responsable, selon le PCC qui, en même temps, ne souhaite pas apparaître comme soutenant l’invasion de l’Ukraine. Le 25 février, Xi Jinping s’est entretenu par téléphone avec Poutine, se disant favorable à une résolution du conflit par la voie diplomatique. Le compte rendu de cet échange rapporté par la chaîne officielle de Pékin CCTV ne mentionne cependant pas d’appel à l’arrêt des combats par la Russie.

Xi fait croire à Poutine – isolé de la réalité par les béni-oui-oui de ses « experts » et de son entourage de Kremlin – qu’il sera victorieux non seulement en Ukraine, mais aussi en maintenant des pays comme la Suède et la Finlande hors de l’OTAN. En effet, le 25 février, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a menacé ces pays de rester en dehors de cette alliance.

Poutine est manifestement en train de viser une partie de l’Europe plus grande qu’il ne peut avaler. La Russie n’est plus la puissante Union soviétique sur le plan économique. Son économie ne représente actuellement qu’environ un dixième de celle de la Chine ou de l’Europe. Personne ne respecte la Côte d’Ivoire munie d’armes nucléaires – c’est ainsi que l’on décrit maintenant la Russie.

Le point de vue de Poutine est partagé par Xi Jinping qui croit également que sa forme autoritaire de gouvernement est supérieure au chaos désordonné de la démocratie. Il prend pour exemple sa stratégie envers la pandémie du Covid qui consiste à confiner l’ensemble de son pays de 1,4 milliard d’habitants pour obtenir un faible taux de mortalité. Cependant, son économie de quasi-commandement étouffe l’innovation, et les vaccins chinois ne fonctionnent donc pas bien. Le pays est toujours confiné, tandis que l’Occident retrouve enfin des libertés humaines normales.

Poutine et Xi se disent que les dictatures sont plus efficaces et qu’ils peuvent donc facilement prendre des territoires à des pays démocratiques comme l’Ukraine ou Taïwan qui ne sont pas membres de fortes alliances. L’Ukraine est, espérons-le, en train de les détromper de cette illusion autoritaire. L’avenir nous le dira.

Toutefois, ce qui devrait être très clair, c’est le fait que les pays démocratiques ne peuvent pas faire confiance à la Russie ni à la Chine qui se considèrent comme des régimes supérieurs.

En même temps, il y en a aussi un point positif. Poutine et Xi ne peuvent pas non plus se faire confiance. La Chine arrachera la souveraineté de la Russie à la première occasion possible. Et vice versa. Cela fait de ces régimes des alliées pas trop fiables.

Dr Anders Corr est directeur de Corr Analytics Inc., éditeur du Journal of Political Risk. Il a effectué des recherches approfondies en Amérique du Nord, en Europe et en Asie et il est l’auteur de The Concentration of Power (2021), de No Trespassing et a édité Great Powers, Grand Strategies.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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