Les raisons de la romance d’Emmanuel Macron au Brésil

Par Germain de Lupiac
29 mars 2024 08:44 Mis à jour: 30 mars 2024 21:43

Un album de mariage ? Les internautes brésiliens se sont donnés à cœur joie de la complicité affichée entre Emmanuel Macron et le président Lula. En visite officielle de trois jours au Brésil, le président français a retrouvé Lula en pleine forêt amazonienne, où les deux hommes ont mis en scène leur proximité à grand renfort de sourires et de gestes chaleureux.

Celui qui accusait Israël de génocide suite aux attaques du 7 octobre est devenu cette semaine le meilleur ami du chef d’État français, dont le ministère des Affaires étrangères déclarait en début d’année qu’ « accuser l’État juif de génocide, c’est franchir un seuil moral ».

Derrière les témoignages poussés d’affection, la rencontre était en réalité très politique, avec le soutien du Brésil à l’Europe sur l’Ukraine, le Mercosur et le renforcement de la coopération bilatérale. En retour, un sous-marin à propulsion nucléaire et un plan d’aide commun à l’Amazonie d’un milliard d’euros.

Le président brésilien Luiz Inacio Lula Da Silva et le président Emmanuel Macron à leur arrivée sur l’île de Combu, devant Belém, dans l’État du Para, au Brésil, le 26 mars 2024. Les deux présidents ont lancé un programme visant à lever jusqu’à un milliard d’euros d’investissements verts en Amazonie brésilienne et guyanaise. (LUDOVIC MARIN/AFP via Getty Images)

Un milliard d’euros pour la protection de l’Amazonie

Venu du département français de Guyane, M. Macron a été accueilli par Lula à Belém, ville du nord du Brésil qui accueillera en 2025 la COP30.

Emmanuel Macron et Lula ont mis en avant le partenariat entre les deux pays et leur propre complicité en lançant, au fond de la forêt tropicale, un programme d’investissements verts visant à lever « un milliard d’euros d’investissements publics et privés sur les quatre prochaines années » dans l’Amazonie brésilienne et guyanaise.

Cette annonce, qui cible des projets de « bio-économie » alliant développement économique et protection de l’environnement, s’inscrit dans une feuille de route internationale que les deux chefs d’État entendent promouvoir dans la perspective de la COP30. Il s’agit de placer les « peuples autochtones et les communautés locales au cœur des prises de décision », selon la feuille de route publiée par la présidence française.

La plus grande forêt tropicale du monde joue en effet un rôle vital contre le réchauffement climatique, via l’absorption des émissions de carbone et Lula a promis de stopper d’ici 2030 sa déforestation.

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et le président français Emmanuel Macron posent pour une photo lors d’une cérémonie de signature d’un accord bilatéral au palais du Planalto à Brasilia, le 28 mars 2024. (LUDOVIC MARIN/POOL/AFP via Getty Images)

Renégocier le Mercosur

Emmanuel Macron a déclaré devant des entrepreneurs brésiliens à Sao Paulo, la capitale économique du pays, que l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Bolivie) devait être enterré. L’accord UE-Mercosur « tel qu’il est aujourd’hui négocié est un très mauvais accord, pour vous et pour nous », a affirmé Macron.

« Bâtissons un nouvel accord (…) qui soit responsable d’un point de vue de développement, de climat et de biodiversité », a-t-il défendu alors que le Brésil, poids lourd du Mercosur, souhaite la conclusion de ce traité, tout comme certains partenaires européens clés comme l’Allemagne et l’Espagne.

Après un accord politique en 2019, plusieurs pays dont la France ont bloqué son adoption, une opposition qui s’est renforcée avec la crise agricole en Europe.

« Nous devrions exploiter au maximum les opportunités en vue d’échanges plus importants entre l’Union européenne et le Mercosur. Nous avons encore du temps », a répondu le ministre brésilien de l’Économie Fernando Haddad.

Le président français Emmanuel Macron et son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva saluent les gens après une réunion bilatérale au palais du Planalto à Brasilia, le 28 mars 2024. (JACQUES WITT/POOL/AFP via Getty Images)

La question de l’Ukraine et d’Israël

Pour la France, le Brésil, qui prend cette année la présidence du G20, doit accorder une place importante à la guerre en Ukraine. Mais sur le sujet, les positions du Brésil divergent de celles de l’UE, Lula martelant que les responsabilités sont partagées en Ukraine et refusant de prendre parti contre la Russie.

Il faut « savoir défendre avec crédibilité l’ordre international auquel nous croyons », a jugé le président français, sans toutefois citer l’Ukraine. Le président brésilien persiste quant à lui à accuser Israël de « génocide » envers les Palestiniens à Gaza, pourtant une ligne rouge pour le gouvernement français.

Depuis le début de la guerre en Ukraine il y a deux ans et les attaques contre Israël, le G20 se déchire entre d’un côté les pays occidentaux alliés de Kiev et d’Israël et de l’autre la Russie qui soigne ses relations avec d’autres membres importants comme le Brésil et la Chine.

Depuis le début de l’offensive russe en Ukraine en février 2022, la question de la présence de Vladimir Poutine se pose à chaque sommet du G20, le président russe étant visé par un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) qui l’accuse de crimes de guerre pour la déportation d’enfants ukrainiens.

Lula a assuré que Poutine recevra une invitation à se rendre au G20 de Rio et qu’il n’y aura pas « de raison qu’il soit arrêté », ce qui reste encore à confirmer.

Le président du Brésil Luiz Inácio Lula da Silva et son homologue français Emmanuel Macron après la signature conjointe d’accords entre les pays lors d’une visite officielle au Brésil au palais du gouvernement Planalto le 28 mars 2024 à Brasilia, au Brésil. (Claudio Reis/Getty Images)

Un sous-marin nucléaire et peut-être des Rafale

Pendant ce voyage de trois jours, Emmanuel Macron a voulu mettre en avant la « force » du partenariat bilatéral avec le Brésil en assistant au baptême du troisième sous-marin brésilien de conception française sur le chantier naval d’Itaguai, près de Rio. Cela « va permettre que deux pays importants, chacun dans un continent, se préparent pour que l’on puisse faire face à l’adversité », a lancé Lula sans plus de précision.

Le président Macron a souligné que la France continuerait à être « aux côtés » du Brésil alors que la France va construire le premier sous-marin brésilien d’attaque à propulsion nucléaire. Les deux pays travaillent aussi ensemble sur la construction d’hélicoptères.

Le chef de l’État espère aussi « relancer la discussion sur les Rafale ». La France a longtemps cherché à vendre des Rafale au Brésil avant de finalement trouver ses premiers clients à l’export en Égypte, au Qatar et en Inde.

La mise en scène entre Emmanuel Macron et Lula

On ne peut pas ne pas revenir sur les images de cette rencontre. Plusieurs de ces images publiées sur les comptes officiels de Lula ont été largement détournées sur les réseaux sociaux.

Sur l’une d’elles, on peut voir les deux présidents lever les bras et tenir des ballons rouges en forme de cœur. Une autre photo les montre main dans la main, souriant et regardant à l’horizon lors d’une promenade en bateau sur le fleuve Amazone.

« Ils vont se marier en Amazonie et faire leur voyage de noces à Paris », a plaisanté une internaute sur X, tandis que de nombreux autres estimaient que ces photos pourraient composer un « album de mariage ».

Ce sur quoi Emmanuel Macron s’est amusé sur son compte X : « Certains ont comparé les images de ma visite au Brésil à celles d’un mariage, je leur dis : c’en était un ! La France aime le Brésil et le Brésil aime la France ».

Et si le message n’était pas assez clair sur la bonne entente entre le Brésil et la France, le compte du président a publié une image de deux mains se serrant virilement devant les drapeaux des pays respectifs.

« Une même vision du monde »

Évoquant « une même vision du monde » avec le président brésilien, Emmanuel Macron a jugé qu’ « il nous faut parfois savoir tenir le langage de la fermeté pour protéger la paix », sans mentionner directement l’Ukraine.

On peut s’étonner de cette “même vision du monde” avec le très à gauche Lula, force centrale des BRICS, proche des régimes de Chine et de Russie qui s’opposent à l’Europe et aux États-Unis sur la question de l’Ukraine, d’Israël, mais aussi de Taïwan, de l’Iran, de l’Afrique, du Pakistan, etc.

Voilà peut-être pourquoi il fallait forcer le trait de l’amitié pour entériner des accords commerciaux et bilatéraux avec le Brésil. Mais est-ce que cette affection appuyée suffira à garantir la loyauté de Lula vis-à-vis de la France et de l’Europe ? Rien n’est moins sûr.

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