Nouvelles poursuites: Instagram est accusé de mettre en danger la santé mentale des adolescents

Les plaintes font état de dépendance, de troubles alimentaires, de dépression, d'automutilation et de suicide
Par Jackson Elliott
23 septembre 2022 15:04 Mis à jour: 23 septembre 2022 15:04

Les nouvelles poursuites contre Instagram prouvent que l’addiction ne dépend pas toujours des seringues, elle peut aussi venir des écrans.

Comme indiqué dans des dépositions de lanceurs d’alerte, Meta, la société mère d’Instagram, savait depuis des années que son réseau provoquait une addiction qui nuisait à la santé mentale des enfants.

Les poursuites intentées par huit anciennes utilisatrices adolescentes d’Instagram, dont Laura Ashman, Chesapeake Dowdy et Brianna Perez, demandent des dommages et intérêts en raison de la négligence présumée d’Instagram et de sa dissimulation des risques. Les trois plaignantes citées affirment avoir commencé à utiliser l’application avant l’âge de 13 ans.

Le cabinet d’avocats Motley Rice a demandé aux tribunaux californiens de coordonner ces actions en justice, car leurs revendications sont similaires.

Les effets addictifs d’Instagram sur les adolescents ressemblent à la dépendance aux drogues dures, selon la plainte déposée devant la Cour supérieure de Californie dans et pour le comté de San Mateo.

Des envies incontrôlables, des horaires de sommeil modifiés, l’automutilation, la perte d’appétit, l’anxiété et le suicide découlent souvent de l’utilisation de l’application de médias sociaux, selon les poursuites.

« Rien de tout cela n’arrive par accident. C’est un schéma qu’Instagram comprend parfaitement parce qu’il l’a étudié. Et c’est aussi une tendance qu’ils ont choisi d’ignorer parce que c’était dans leur propre intérêt de le faire », assure Previn Warren, un associé de Motley Rice.

Des applications addictives

Selon les poursuites, Laura Ashman, Chesapeake Dowdy et Brianna Perez ont vu leur dépendance à Instagram briser leur santé mentale.

Toutes ont commencé à utiliser l’application à l’âge de 12 ans ou moins. À partir de là, leurs histoires ont dégénéré en catastrophe.

Le procès a fait valoir que Laura Ashman est devenue dépendante de l’application. Elle passait jusqu’à 10 heures par jour à faire défiler les posts sur Instagram. Pour rester sur l’application, elle séchait les cours. Elle a développé des troubles de l’alimentation, s’est automutilée et a tenté de se suicider à trois reprises.

Ses notes ont chuté. Elle est entrée en conflit avec sa famille lorsqu’on a essayé de lui retirer son téléphone.

« Aujourd’hui encore, Laura porte les cicatrices de son automutilation, le long de ses bras et de ses jambes. Au cours de sa première année d’études, Laura a tenté de mettre fin à ses jours, la première de trois tentatives de ce genre », peut-on lire dans la poursuite.

Les histoires de Chesapeake Dowdy et de Brianna Perez sont similaires : dépendance, troubles alimentaires, dépression, traitements psychiatriques et psychologiques intensifs.

La poursuite de Brianna Perez prend à partie Mark Zuckerberg, cofondateur et PDG de Meta Platforms, anciennement connu sous le nom de Facebook, la société mère d’Instagram.

« La devise de Zuckerberg est de ‘faire vite quitte à tout casser’. Comme on le voit ci-dessous, lui et ses entreprises ont réussi à briser l’enfance de cette jeune femme », peut-on lire dans la plainte de Brianna Perez.

Meta savait qu’Instagram avait ces effets sur les adolescents, selon des documents internes, affirme la poursuite.

« Les défendeurs ont dissimulé le fait que, selon leurs études internes, Instagram ‘aggrave les problèmes d’image corporelle pour une adolescente sur trois’ et que ‘les résultats sur la santé mentale liés à cela peuvent être graves’. En outre, les défendeurs ont compris depuis longtemps le pouvoir de leurs produits de manipuler la santé mentale de leurs utilisateurs », peut-on lire dans la poursuite de Laura Ashland.

Les poursuites fournissent des dizaines de pages montrant comment Instagram est conçu pour rentabiliser la dépendance, comprendre ses effets et la commercialiser auprès des adolescents. Ces recherches comprennent les documents divulgués par la lanceuse d’alerte Frances Haugen, autrefois employée de Meta, et des recherches scientifiques.

Pensées des adolescents

Les effets néfastes d’Instagram commencent dans le cerveau, selon les poursuites. Le cerveau des adolescents n’a pas le même niveau de contrôle des impulsions, de maturité émotionnelle, de résilience et de capacité de décision que celui des adultes. Lorsque des hormones comme la dopamine rendent les adolescents heureux, ils ne prennent généralement aucun recul pour comprendre ce qui leur arrive.

« En tant que tels, ils sont particulièrement susceptibles de ressentir un manque après un pic de dopamine et de ‘soigner’ ce manque par une utilisation supplémentaire, ce qui en fait des cibles faciles pour un système basé sur la récompense comme Instagram », peut-on lire dans les poursuites.

Le cerveau des adolescents et des enfants est particulièrement vulnérable à la dépendance aux applications. Cette photo prise le 11 juin 2013 montre des enfants sud-coréens exhibant leurs smartphones après un cours spécial sur la dépendance aux smartphones dans une école primaire de Seongnam, au sud de Séoul. (JUNG YEON-JE/AFP/Getty Images)

De plus, le cerveau des adolescents réagit fortement à l’approbation de leur entourage, indiquent les poursuites. Or, Instagram fonctionne grâce aux likes des instagrameurs.

« Plusieurs autres options d’Instagram entraînent collectivement des effets négatifs sur la santé mentale des adolescents. C’est en partie parce qu’elles sont conçues pour rendre ce groupe démographique dépendant du produit et en partie parce qu’elles exploitent le désir de validation et le besoin de comparaison sociale des adolescents », peut-on lire dans les poursuites.

Les notifications d’Instagram, le fonctionnement de son système de messagerie, la façon dont son fil d’actualité disparaît peu après avoir quitté l’application et la conception de son fil d’actualité sont conçus pour inciter les utilisateurs à revenir dans l’application, affirment les poursuites.

Toutes ces caractéristiques attirent les adolescents vers l’application et les encouragent à faire défiler leur flux le plus longtemps possible, continuent les poursuites.

« La dépendance est provoquée, en partie, par les algorithmes qui font fonctionner Instagram, qui sont conçus pour induire un défilement compulsif et continu pendant des heures. »

Selon les poursuites, les concepteurs d’Instagram savaient tout cela et ont utiliser autant de tactiques possibles pour concevoir un site Web qui rapporte.

Si les entreprises de médias sociaux parviennent à percer parmi les adolescents, elles ont toutes les chances de connaître une croissance à long terme, explique Me Warren.

Application Instagram sur un iPhone (EFE / Sascha Steinbach / ILLUSTRATION)

« Ils ont travaillé très dur pour développer une plateforme qui fonctionnerait comme un tuyau pour amener les jeunes parce que c’était le moyen le plus sûr de faire croître leur base d’utilisateurs. Et en faisant croître la base d’utilisateurs, il s’agit de faire croître les revenus publicitaires », poursuit l’avocat.

Ces conclusions proviennent de ses propres recherches sur Instagram.

Des applications addictives

Instagram tire parti de la vulnérabilité du cerveau pour encourager la dépendance, selon les poursuites. Les concepteurs ont mis au point la fonction de défilement d’Instagram afin de délivrer des coups d’excitation imprévisibles, indique la plainte.

Selon les chercheurs, les récompenses imprévisibles sont plus addictives que les récompenses prévisibles.

« Le défilement infini contribue à la dépendance d’Instagram en fournissant aux utilisateurs un flux sans fin de stimuli susceptibles de déclencher un coup de dopamine. Ce qui les incite à continuer à utiliser le produit et renforce encore leur dépendance », peut-on lire dans les poursuites.

Les chercheurs ont rendu Instagram addictif, car plus de temps passé sur l’application signifiait plus de dollars publicitaires, indiquent les poursuites.

« L’objectif est de susciter davantage ‘d’engagement’, ce qui signifie des publicités cumulant plus de vues et plus de revenus pour les défendeurs. »

Instagram est axé sur l’image et la vie qu’on mène. C’est ce qui rend cette application encore plus addictive que les autres, selon les poursuites.

En octobre 2021, la lanceuse d’alerte Frances Haugen a déclaré au Congrès : « Selon les propres recherches de Facebook, Instagram est en fait nettement plus nuisible que, disons, TikTok ou Snapchat ou Reddit, parce que TikTok consiste à faire des choses amusantes avec ses amis. Snapchat concerne les visages et la réalité augmentée. Reddit parle vaguement d’idées. Mais Instagram concerne le corps et le fait de comparer la façon dont on vit. »

L’application Instagram, centrée sur l’image, déforme la perception que les adolescents ont de leur corps, fait remarquer Previn Warren. Lorsque les adolescents utilisent de manière obsessionnelle des filtres, cela peut nuire à leur capacité de se voir tels qu’ils sont.

Il se souvient d’une jeune femme accro à Instagram qui lui a dit : « Je ne sais même plus à quoi je ressemble. »

Ce dommage mental conduit à la dysphorie corporelle, où les adolescents s’imaginent être en surpoids ou laids, met en garde Previn Warren. Dans certains cas, ajoute-t-il, cela peut conduire à une dysphorie de genre.

« La dysmorphie corporelle qu’ils éprouvent est extrêmement troublante. »

Dénombrer les comptes adolescents

Ces premières poursuites contre Instagram seront probablement le début d’une série de poursuites en responsabilité civile collective, estime Me Warren.

Environ 9% des 1,3 milliard d’utilisateurs d’Instagram ont moins de 17 ans. Cela représente environ 117 millions d’utilisateurs adolescents.

Un délit de masse permet à plusieurs personnes de poursuivre une entreprise pour des dommages graves sur des motifs similaires. Cependant, chaque poursuite d’un délit de masse est déposée individuellement.

« À un moment donné, le système judiciaire les coordonnera et permettra de progresser efficacement », explique Me Warren.

Il ajoute qu’à l’heure actuelle, il ne peut pas dire combien remporteront les plaignants en cas de victoire.

Dans les affaires liées à l’emploi, les personnes peuvent parfois recevoir plus de 100.000 dollars pour détresse émotionnelle.

Me Warren compare cette affaire aux poursuites contre l’industrie du tabac.

« Les tribunaux ne devraient pas traiter ce produit différemment que le tabac, le vapotage, les opioïdes ou autre », conclut-il. « C’est un produit dangereux qui a un impact chimique sur le cerveau des jeunes, et il importe peu que cela se fasse par le biais d’un smartphone. »

Epoch Times a contacté Meta pour une demande de commentaire, mais n’a reçu aucune réponse.

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