Le travail forcé des Ouïghours, toujours plus répandu dans la chaîne d’approvisionnement de l’industrie solaire

Par Nathan Worcester
12 mars 2022 18:59 Mis à jour: 12 mars 2022 18:59

Une conférence donnée le 9 mars à l’Institut Hudson a attiré l’attention sur le rôle du travail forcé des Ouïghours dans la chaîne d’approvisionnement des panneaux solaires et des technologies analogues, dominée par la Chine.

Nury Turkel, membre senior de l’Institut Hudson et militant ouïghour‑américain des droits de l’homme, s’est entretenu avec Laura Murphy, professeure en droits de l’homme et esclavage contemporain à l’Université de Sheffield Hallam au Royaume‑Uni.

Mme Murphy a coécrit un rapport publié en 2021, intitulé In Broad Daylight [En plein jour, ndt.], qui apporte un éclairage nouveau sur la grande vulnérabilité du secteur de l’énergie solaire au travail forcé.

On y apprend que la région chinoise ouïghoure, le Xinjiang, produit 45 % du polysilicium mondial, un matériau utilisé dans 90 % des panneaux solaires.

Il y a environs 5 ans, l’industrie chinoise du polysilicium s’est déplacée vers le Xinjiang, attirée en partie par l’énergie fossile bon marché, mais aussi par des incitations financières et fiscales, notamment des subventions face à une « main d’œuvre excédentaire » (constituée de travailleurs forcés ouïghours).

« Tous les fabricants de polysilicium de la région ouïghoure assument leur participation à des programmes de transfert de main‑d’œuvre et/ou sont approvisionnés par des entreprises de matières premières qui le font », indique le résumé du rapport.

« Nous devons examiner ce que les entreprises impliquées dans les pratiques de travail forcé en Chine peuvent faire pour s’extraire de leur complicité dans cette crise des droits de l’homme », écrit M. Turkel dans son introduction à l’entretien avec Laura Murphy. Cet échange a eu lieu deux jours après qu’un rapport de surveillance accuse plusieurs fournisseurs d’Amazon d’avoir recours au travail forcé des Ouïghours.

M. Turkel n’a pas tari d’éloges concernant la loi récemment adoptée pour prévenir le travail forcé des Ouïghours, l’Uyghur Forced Labor Prevention Act. Globalement, la loi a pour but d’interdire l’accès aux produits venus du Xinjiang.

« C’est un système de travail forcé inédit, et je ne pense pas que nous ayons jamais vu ça auparavant dans le monde, nous apprenons tout juste à y faire face », a déclaré Laura Murphy. « La seule façon d’agir de manière responsable en tant qu’entreprise aujourd’hui est de quitter entièrement cette région. »

« Il y a eu un lent déploiement de politiques oppressives, comprenant cette mobilisation forcée de la main‑d’œuvre, mais aussi d’autres stratégies coercitives utilisées par le gouvernement, comme la confiscation des passeports, le refus du droit de prier ou de jeûner ou la restriction des déplacements », a‑t‑elle poursuivi. « Toutes ces choses se sont mises en place petit à petit, sans que le monde y prête attention. »

M. Turkel, un des quatre membres sanctionnés l’année dernière par Pékin de la commission américaine sur la Liberté religieuse internationale, a ensuite questionné Mme Murphy sur la lenteur des entreprises à se retirer du Xinjiang. Des entreprises, qui, nous le voyons, ont pourtant délaissé la Russie en un battement de cil.

« Les PDG blancs au pouvoir s’identifient plus facilement aux Blancs, voilà une partie du problème. Mais l’autre partie, c’est que le gouvernement chinois s’est accaparé du marché de nombreux biens de consommation partout de par le monde », a répondu la professeure. « Bref, ils ont vraiment fait preuve de lâcheté, de lâcheté absolue. »

Lors d’un précédent événement organisé à Hudson, des experts ont discuté de la manière dont le Parti communiste chinois (PCC) exerce une pression sur l’économie et la sécurité nationale américaines en menaçant de bloquer les chaînes d’approvisionnement en batteries, critiques pour la défense.

Lors de cette conférence, Anthony Vinci, membre adjoint du Center for a New American Security qui a occupé le poste de responsable de la technologie pour la National Geospatial‑Intelligence Agency (une agence du département de la Défense des États‑Unis qui a pour fonction de collecter, analyser et diffuser les données géospatiales obtenues par imagerie satellite) sous le président Donald Trump, a déclaré : « La question des batteries et de la chaîne d’approvisionnement  a‑t‑elle dépassé les limites au point de passer de la concurrence économique ‘normale’ à la coercition économique et à la guerre économique ? Je dirais que nous n’en sommes pas encore là, mais qu’à l’heure actuelle nous nous ‘préparons aux combats’. »

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