Un chercheur pense que la prochaine pandémie pourrait être le Nipah, développé par la Chine

Un médecin-chercheur évoque la recherche à haut risque menée par la Chine, les possibilités d'utilisation d'échantillons provenant du Canada et les conséquences néfastes potentielles

Par Omid Ghoreishi
19 juin 2024 00:30 Mis à jour: 9 juillet 2024 22:02

L’épidémie de SRAS du début des années 2000, qui a infecté des milliers de personnes dans le monde et en a tué un grand nombre, a permis à Pékin d’apprendre à quel point ces virus peuvent être dangereux, commente le Dr Steven Quay, médecin-scientifique et auteur.

« Ils ont commencé à les considérer comme des armes biologiques potentielles », explique à Epoch Times le Dr Quay, ancien membre de la faculté de médecine de l’Université Stanford, et PDG actuel d’Atossa Therapeutics.

Après le Covid-19, il craint que la prochaine pandémie ne soit beaucoup plus meurtrière si les recherches à haut risque sur le virus Nipah dans des laboratoires comme l’Institut de virologie de Wuhan (WIV) se poursuivent avec une telle intensité.

« Si vous pouvez créer un vaccin pour votre propre population avant de le diffuser, vous pouvez vraiment avoir un effet différentiel. Il s’agit d’armes économiques et d’armes de terreur. »

Le Dr Quay affirme qu’il existe des preuves que la Chine est engagée dans une ingénierie de laboratoire très risquée pour le virus Nipah. Certaines de ces preuves comprennent des données provenant du WIV, tandis qu’un autre aspect concerne les expéditions d’échantillons de virus mortels du laboratoire de haute sécurité du Canada à Winnipeg vers la Chine, précise-t-il.

Le Nipah, pouvant être transmis à l’homme par des animaux tels que les chauves-souris ou les porcs, a un taux de mortalité très élevé, compris entre 40 et 75 %. Quelques épidémies de ce virus ont été recensées en Asie uniquement.

Selon le Dr Quay, si les chercheurs facilitent la transmission interhumaine du Nipah, le résultat sera désastreux.

« S’ils le rendent transmissible par aérosol, c’en est fini de notre civilisation », ajoute-t-il.

Sean Lin, docteur en médecine et ancien directeur du laboratoire de virologie de l’hôpital militaire Walter Reed dans le Maryland, se dit très préoccupé par l’attention que porte le Parti communiste chinois (PCC) au Nipah.

« Les personnes qui contractent le Nipah peuvent souffrir de syndromes neuropathiques. Elles peuvent présenter de graves lésions cérébrales. Mais elles ne meurent pas immédiatement, contrairement au virus Ebola. Le virus a donc plus de chances de se propager à partir de l’hôte infecté », explique le Dr Lin, collaborateur d’Epoch Times, lors d’une interview.

« Si l’hôte peut résister plus longtemps et permettre au virus de se propager davantage par transmission interhumaine, il deviendra une arme biologique plus redoutable. C’est pourquoi le PCC porte un vif intérêt à ce virus, ce qui le rend particulièrement dangereux à mes yeux. »

Le microbiologiste américain Richard Ebright estime que la recherche visant à augmenter les niveaux létaux ou la transmissibilité (gain de fonction) du virus Nipah devrait être interdite compte tenu des risques encourus.

« La recherche sur le gain de fonction et l’intensification de la recherche sur les pathogènes pandémiques potentiels des Henipavirus présentent des risques élevés inacceptables. Ces recherches devraient être interdites. Tant aux États-Unis qu’à l’étranger », a écrit dans un courrier électronique M. Ebright, professeur de chimie et de biologie chimique au conseil d’administration de la Rutgers-New Brunswick School of Arts and Sciences. Le Nipah est un type d’Henipavirus.

Les centres américains de contrôle et de prévention des maladies incluent le virus Nipah dans la liste des agents bioterroristes potentiels auxquels le gouvernement américain doit se préparer en priorité.

Agents de sécurité devant l’Institut de virologie de Wuhan alors que des membres de l’équipe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée d’enquêter sur les origines du coronavirus Covid-19 visitent le laboratoire, le 3 février 2021. (Hector Retamal/AFP via Getty Images)

Les preuves

C’est en se basant sur les données brutes incluses dans un article, publiées par les chercheurs du laboratoire, que le Dr Quay a évalué l’implication du WIV dans la recherche risquée sur le Nipah.

L’article portait principalement sur l’examen des premiers patients du Covid-19 en décembre 2019, mais les données brutes comprenaient vingt éléments inattendus apparus en raison d’une contamination croisée provenant d’autres recherches du WIV, explique-t-il.

Pour 19 de ces éléments, comme les gènes du chèvrefeuille, le Dr Quay a pu trouver des articles correspondants publiés par le WIV, confirmant que le laboratoire était engagé dans des recherches sur ces éléments et qu’il était prêt à admettre publiquement que des travaux les concernant étaient effectués. Par contre, aucun article n’a été publié en ce qui concerne l’un des éléments qu’il a découvert, le virus Nipah.

« Ce n’était pas juste des morceaux de virus, mais des morceaux de virus dans un format appelé clonage infectieux », précise-t-il.

Utilisant la poignée d’une poêle à frire comme métaphore, le Dr Quay explique que le virus a été découvert avec des « poignées » de biologie synthétique qui permettent de « déplacer les gènes ».

« Nous avons trouvé le virus Nipah dans ces poignées qui sont généralement utilisées pour fabriquer des clones infectieux, ce qui va à l’encontre de toutes les conventions relatives aux armes biologiques. »

L’autre pièce du puzzle pour le chercheur est le fait que le Laboratoire national de microbiologie (LNM) de Winnipeg a expédié des souches de Nipah et d’Ebola au WIV en mars 2019.

Le transfert a été facilité par Xiangguo Qiu, ancienne scientifique du LNM, qui a ensuite été licenciée du laboratoire avec son mari et collègue scientifique Keding Cheng pour avoir entretenu des liens non divulgués avec l’armée et le régime chinois. Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) s’est notamment inquiété du fait que Mme Qiu collaborait avec des généraux chinois de haut rang chargés de la recherche sur la biodéfense et le bioterrorisme.

Au début, le Dr Quay n’était pas sûr que les échantillons canadiens aient été utilisés dans la même étude à risque. Mais il a constaté par la suite que la souche de Nipah qu’il avait trouvée au WIV était celle du Bangladesh. Et l’une des souches que le Canada avait envoyées au laboratoire de Wuhan était également celle du Bangladesh.

« J’ai passé environ trois heures à passer au peigne fin les génomes des deux souches pour être absolument sûr qu’elles étaient identiques, et elles le sont », affirme-t-il.

« L’infection a été déclarée en mars 2019 au WIV. Il faut une, deux ou trois semaines pour le mettre dans un vecteur, et je le trouve dans un vecteur en décembre 2019, en provenance du laboratoire. C’est un timing parfait. »

Un autre indicateur pour le Dr Quay est une présentation en 2019 de Shi Zhengli, une directrice du WIV, souvent appelée la « femme chauve-souris » pour son travail sur les coronavirus des chauves-souris.

Selon le Dr Quay, la présentation de Mme Shi lors de la conférence internationale sur le virus Nipah à Singapour, qui s’est tenue du 9 au 11 décembre de cette année-là, a montré l’implication de la Chine dans la recherche sur le Nipah.

« Il y a donc trois éléments de preuve. Premièrement, le Canada expédie au WIV en mars [2019]. Deuxièmement, je trouve du Nipah vectorisé, à gain de fonction, en biologie synthétique, en décembre. Et finalement, la [présentation] de Shi Zhengli lors d’une conférence en décembre, qui parle de travailler sur le Nipah », explique-t-il.

Selon le Dr Lin, le fait que Mme Qiu, la scientifique licenciée du laboratoire de Winnipeg, ait pris le risque de se faire remarquer en facilitant l’envoi des virus au WIV montre l’importance de ces virus pour la Chine.

Selon lui, « cela signifie que le PCC s’intéresse à un virus du Nipah hautement pathogène ».

Bien que les souches virales aient été expédiées avec l’accord de la direction du laboratoire, les partis d’opposition et l’actuel ministre de la Sécurité publique ont avoué être surpris d’apprendre cette expédition.

L’Agence de santé publique du Canada, qui supervise le LNM, avait auparavant déclaré à Epoch Times que les envois avaient été effectués conformément aux procédures et protocoles appropriés.

le Dr Lin estime que les centres de recherche et les gouvernements occidentaux ne devraient pas traiter les centres de recherche chinois comme n’importe quel autre institut universitaire, car ils sont redevables à l’armée chinoise.

« Dans le cadre des mécanismes de fusion civilo-militaire du PCC, de nombreux instituts de recherche peuvent facilement s’associer à des missions militaires », poursuit-il.

Le Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg, au Canada. (Capture d’écran/Google Map)

Des essais agressifs

En 2012, la Chine a signalé des cas d’un virus semblable à celui de Nipah chez des mineurs dans le sud du pays. Le virus a été baptisé virus Mojiang, du nom du comté de Mojiang, dans la province du Yunnan, où se trouve la mine.

La mine est devenue célèbre après la pandémie, car on a appris que Shi Zhengli, du WIV, avait découvert le coronavirus RaTG13 sur des chauves-souris dans cette même mine en 2013. Le Dr Lin fait remarquer que le RaTG13 est très proche du SARS-COV-2 qui a provoqué la pandémie du Covid-19. Il ajoute que le régime chinois empêche les scientifiques et les journalistes extérieurs de mener d’autres enquêtes dans la mine.

En 2022, une autre espèce de la famille des Henipavirus, appelée virus de Langya, a été découverte dans les provinces chinoises de Shandong et de Henan. Selon le Dr Lin, ce virus est plus proche du virus Mojiang que des virus Nipah ou Hendra, qui sont les virus Henipa les plus connus.

D’après un article de scientifiques chinois travaillant sur le cas, publié dans le New England Journal of Medicine, d’autres agents pathogènes ont été détectés chez 9 des 35 patients infectés par le virus Langya. Il s’agit notamment de l’hantavirus et du virus de la fièvre sévère avec syndrome de thrombocytopénie (SFTSV). Le Dr Lin note que si l’hantavirus et le SFTSV sont devenus endémiques dans le Shandong et le Henan, il est encore très inhabituel de trouver les trois virus dans un échantillon de petite taille. Il note également que ces virus sont très mortels, mais qu’aucun des patients n’est décédé des suites de l’infection.

« Je soupçonne le PCC de mettre en place des essais sur le terrain de différents virus rares pour voir lequel peut provoquer une transmission animale et se propager ensuite à l’homme, car il est très rare que l’homme soit co-infecté par deux ou trois virus rares », explique le Dr Lin.

Le fait que les principaux auteurs de l’article appartiennent à l’Institut de microbiologie et d’épidémiologie de Pékin, également connu sous le nom d’Institut de microbiologie et d’épidémiologie de l’Académie des sciences médicales militaires, dépendant de l’Armée populaire de libération, renforce ses soupçons.

« Je pense que le PCC teste de manière très agressive différentes versions du virus Henipah pour voir s’il y a d’autres adaptations de ce virus en vue d’une infection humaine », explique-t-il.

« La civilisation s’arrête »

Selon le Dr Quay, l’épidémie de peste noire survenue au XIVe siècle a fait reculer l’Europe de 250 ans.

Dans le monde moderne, si une pandémie est tellement grave qu’elle entraîne une perte importante de population, la rupture des chaînes d’approvisionnement en nourriture et en énergie, la perturbation des transports et la perte des services de police, d’incendie et d’hospitalisation, « la civilisation s’arrête », affirme-t-il.

Cela pourrait se produire avec une pandémie causée par un virus dont la létalité est de 50 % ou plus, ajoute-t-il.

« Le SRAS-CoV-2 avait une létalité inférieure à 1 %. Ils travaillent sur la grippe, le Nipah et le MERS, et tous ces virus ont une létalité de 30 à 70 %. »

La virologue chinoise Shi Zhengli à l’intérieur du laboratoire P4 à Wuhan, capitale de la province chinoise du Hubei, le 23 février 2017. (Johannes Eisele/AFP via Getty Images)

Un risque très élevé

Selon le Dr Quay, depuis la pandémie du Covid-19, de plus en plus de pays ont créé des laboratoires de recherche sur les virus, ce qui accroît les risques d’épidémies si des recherches à risque y sont menées.

« Nous avons 50 % de laboratoires supplémentaires effectuant ce type de travail dangereux dans le monde, et plus de la moitié d’entre eux se trouvent dans des pays que les Nations unies ont définis comme politiquement instables », explique-t-il.

« Qu’est-ce que cela signifie ? En cas de guerre civile ou de prise de pouvoir, un laboratoire contenant tous ces agents pathogènes passe soudain sous le contrôle de personnes qui ne devraient peut-être pas l’avoir. »

Le Dr Lin reconnaît aussi que la prolifération de recherches à risque sur des agents pathogènes mortels représente un grand danger.

« Avec les progrès de la biotechnologie et du génie génétique, les gens se livrent à des expériences de plus en plus dangereuses. »

« Nous devons être très attentifs au danger que représentent les nouveaux agents pathogènes. Un aspect concerne le fait que les virus apparaissent plus fréquemment dans la nature, et un autre concerne l’intérêt du PCC ou d’autres groupes terroristes pour les armes biologiques. Ce sont des situations très dangereuses. »

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