100% d’énergies renouvelables en France, une utopie ?

Chaque année depuis six ans, le Japon et le reste du monde commémorent le 11 mars, le triste anniversaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima.

En France, c’est l’occasion d’appréhender différemment cette question du nucléaire, et plus largement celle des énergies utilisées.

Au lendemain de la COP21 et des Accords de Paris sur le climat, la transition énergétique s’est invitée dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle, concrétisant des idées et des projets portés depuis des décennies par différents organismes, pendant longtemps, qualifiés d’« utopiques » ou d’« irréalisables ».

C’est le cas de l’association NégaWatt qui, depuis 14 ans, présente son scénario du « 100% renouvelable ». Pour sa quatrième édition, l’association dévoilait en janvier dernier une synthèse de ses travaux dont l’objectif est de satisfaire 100% des besoins du pays à partir d’énergies renouvelables dès 2050.

Si cette assertion semble encore irréaliste pour certains, elle se base pourtant sur la très sérieuse loi sur la transition énergétique votée par les parlementaires en août 2015. À ce propos, on peut retenir, notamment, les objectifs suivants : réduire la consommation énergétique finale de 50% en 2050 ; porter la part des énergies renouvelables à 32% de la consommation finale brute d’énergie en 2030 ; réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50% à l’horizon 2025…

Sobriété et efficacité

Pour y arriver, Négawatt prône deux approches complémentaires : réduire la demande énergétique en pratiquant la sobriété et l’efficacité dans la consommation de l’énergie et utiliser les énergies renouvelables. Sur le site de negawatt.org, on peut ainsi lire : « « Produire des négaWatts » c’est donc rompre avec nos (mauvaises) habitudes en préférant la sobriété énergétique au gaspillage. C’est rechercher la meilleure utilisation possible de l’énergie, plutôt que de continuer à en consommer toujours plus. La sobriété énergétique n’est pas un retour en arrière, c’est simplement une utilisation plus intelligente de l’énergie. »

La pratique de cette sobriété passe par une modification des comportements et des habitudes des consommateurs, particuliers ou entreprises.

Pour réduire de moitié la consommation d’électricité, Négawatt rappelle ainsi l’urgence de rénover l’isolation thermique des bâtiments, permettant de diviser par trois la consommation de chauffage. Des gestes simples peuvent permettre de réduire le gaspillage énergétique et la surconsommation : éteindre les équipements des bureaux pendant la nuit, favoriser l’usage d’objets durables, réparables et recyclables, éviter le suremballage… Autre levier possible, les transports, qui sont le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre. Négawatt préconise ainsi un réaménagement de l’espace faisant la part belle aux transports en commun et aux modes actifs (marche, vélo), tout en réduisant la consommation des véhicules avec des motorisations électriques ou hybrides et en augmentant le rendement avec le covoiturage. Le secteur agricole, lui aussi impliqué dans l’émission de gaz à effet de serre, serait également amené à réduire certaines activités telles que l’élevage bovin intensif, avec comme corollaire, une diminution de la consommation des produits carnés…

100% de renouvelable

Qu’en est-il alors des énergies utilisées, même réduites de moitié ? L’association Négawatt propose un programme « ambitieux mais réaliste », permettant de progressivement tirer un trait sur l’utilisation des énergies fossiles et nucléaires, toutes deux génératrices de pollution et de risques sanitaires et écologiques majeurs. Selon Négawatt, « il est possible de couvrir la totalité des besoins énergétiques de la France par des sources renouvelables à l’horizon 2050. La biomasse solide reste la première source de production d’énergie renouvelable, suivie de très près par l’éolien puis le photovoltaïque, lui-même suivi de très près par le biogaz ». Le dernier des 58 réacteurs nucléaires pourrait été arrêté en 2035, après 40 ans de service et les énergies fossiles importées ne serviraient plus qu’à des usages non énergétiques, permettant à la France d’atteindre 100% d’indépendance et de sécurité énergétique.

Quant aux bénéfices apportés, ils seraient bien sûr environnementaux, avec une meilleure qualité de l’air, de l’eau et des sols, le territoire français devenant « neutre en carbone » en 2050. Les bénéfices économiques seraient aussi substantiels du fait de la baisse de la facture énergétique globale qui induirait, entre autres, une économie de 370 milliards d’euros et la création progressive de quelque 400 000 emplois dans des secteurs tels que l’isolation thermique ou la production d’énergies renouvelables.

 
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