La Chine et la nouvelle guerre de la drogue

En tant que principal fournisseur d'opioïdes et d'autres drogues entraînant une dépendance, la Chine a changé la donne dans le trafic de la drogue

James Gorrie

Ironie de l’histoire : la Chine représente aujourd’hui un nouveau front dans la guerre mondiale contre la drogue. Cette guerre stratégique est beaucoup plus importante que la plupart des gens ne l’imaginent. Malheureusement, l’Occident est en train de la perdre, ce qui a des implications à très long terme.

Pourquoi la Chine est-elle devenue le plus récent trafiquant de drogue du monde ? Et comment est-elle arrivée là ?

Pour répondre à ces questions, il faudrait tout d’abord se tourner vers l’histoire.

Le « siècle d’humiliation »

Les relations entre la Chine et l’Occident ont commencé d’une manière bien regrettable. De la fin du XVIIIe siècle à la fin du XIXe siècle, la Chine a mené sa propre guerre contre la drogue. En fait, deux guerres. Bien que l’opium ait été criminalisé par l’empereur chinois depuis au moins 1729, au cours des 150 années suivantes la Chine luttait contre une épidémie nationale de drogue alimentée par les importations illégales d’opium par les Britanniques et, dans une moindre mesure, les Français, les Portugais et les Américains.

Les guerres de l’opium du milieu du XIXe siècle ont vu l’Empire britannique imposer sa volonté à la Chine par une série de traités qui ont donné aux Britanniques accès à la Chine. Ils ont permis l’établissement de ports commerciaux à Hong Kong, Shanghai et dans d’autres villes, ainsi que l’accès à la main-d’œuvre et aux marchés chinois. Le manque de développement et de technologie en Chine la rendait vulnérable à la domination des Britanniques, des Français et des autres puissances occidentales. Les Chinois qualifient cette période de « siècle d’humiliation ».

La Chine tire parti de la technologie du XXIe siècle

Depuis le début des années 2000, après son admission à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Chine a fait d’énormes progrès dans les industries de haute technologie. En moins de deux décennies, elle est devenue le leader mondial dans le domaine des biosciences sophistiquées. Ses compétences vont bien au-delà de la biotechnologie et s’étendent aux produits biopharmaceutiques et, plus particulièrement, à de nouveaux domaines de recherche tels que la génomique, la modélisation et la manipulation du génome humain.

Un tel progrès en quelques années seulement – comment la Chine a-t-elle accompli de tels exploits technologiques ? Un coup d’œil sur certains faits saillants permettra de le comprendre.

Les biosciences : une priorité nationale

En 1978, à la suite de l’ouverture aux investissements et à la technologie occidentale, le peuple chinois a eu la possibilité de développer ses talents et sa base industrielle. Avec des milliards de dollars d’investissement étrangers qui affluaient en Chine chaque année, le Parti communiste chinois (PCC) a fait une priorité nationale du transfert du savoir et de la technologie dans le domaine des biosciences. Dans ce but, le Parti a invité des sociétés pharmaceutiques des États-Unis, d’Europe et d’ailleurs à fabriquer leurs produits en Chine, en les rendant jusqu’à 80 % moins chers et donc plus rentables.

La Chine a rapidement été en mesure de tirer parti des investissements étrangers et du savoir-faire technologique pour créer sa propre industrie florissante des sciences du vivant. Cela a été attribuable non seulement à la main-d’œuvre chinoise hautement qualifiée, mais aussi au fait que le développement d’un secteur biotechnologique était une nécessité en Chine, compte tenu du vieillissement de sa population.

Tout au long du début des années 2000, les investissements étrangers ont apporté des milliards dans les coffres de la Chine. Le PCC a, à son tour, investi une grande partie de ce capital dans son industrie naissante des sciences du vivant – et celle-ci a explosé. De 2001 à 2005, les investissements ont augmenté de plus de 400 %, passant de 100 millions à 1,2 milliard de dollars. De 2004 à 2005, le marché biopharmaceutique chinois a progressé de plus de 30 %, atteignant 7 % du marché mondial. En 2006, la biopharmacie représentait 60 % du secteur chinois des sciences du vivant ; en 2010, le marché biopharmaceutique était 900 % plus important qu’en 2005. En tant que producteur et plus grand marché de consommation au monde, l’expansion de l’industrie pharmaceutique chinoise devrait se poursuivre et atteindre entre 145 et 175 milliards de dollars d’ici 2022.

Le Plan des mille talents

Cette croissance rapide est bien favorisée par la politique agressive chinoise de l’acquisition de connaissances, connue sous le nom de « Plan des mille talents ». Ce programme invite non seulement les biologistes et les universitaires chinois vivant à l’étranger à retourner chez eux pour poursuivre leurs travaux de recherche et de développement, mais il vise également à attirer des talents étrangers en biosciences. D’éminents scientifiques et développeurs d’appareils médicaux du monde entier se voient offrir des postes de professeurs titulaires ou l’équivalent dans des universités et laboratoires chinois, une rémunération élevée, un excellent financement et la liberté de poursuivre leurs recherches. Ce plan a eu du succès et continue d’attirer en Chine certains représentants des meilleurs talents du monde.

Made in China 2025

On a beaucoup parlé du programme chinois « Made in China 2025 », et ce, pour une bonne raison. C’est une version rendue publique des plans du régime chinois visant à dominer le monde dans les principaux secteurs technologiques. La biopharmacie et les biosciences jouent un rôle important dans ces plans stratégiques et la Chine est bien placée pour atteindre cet objectif. Son énorme marché de consommation lui permet de fournir les médicaments les plus recherchés aux fabricants étrangers à des prix réduits et de participer dans les plus récents développements des technologies pharmaceutiques.

Tout cela assure la continuité du leadership de la Chine dans le domaine des sciences du vivant. Cependant, le développement de nouveaux médicaments pour répondre aux exigences d’une population vieillissante n’est qu’un aspect qui explique le rôle prééminent de la Chine dans le domaine biopharmaceutique. Il y a un autre côté beaucoup plus macabre de ses percées technologiques.

Les investissements occidentaux se retournent contre l’Occident

Les nouveaux stupéfiants qui permettent d’atteindre de « nouveaux sommets » constituent un élément d’exportation majeure pour la Chine. De nombreux petits et « pas si petits » laboratoires fabriquent et vendent des drogues dérivées du fentanyl, l’un des stupéfiants les plus mortels et les plus rentables au monde, ainsi que d’autres qui imitent les cannabinoïdes ou autres substances. Ces nouvelles drogues sophistiquées sont ensuite acheminées vers l’Occident par des centres de distribution bien établis aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans d’autres pays.

Les drogues illicites et leurs « analogues » chinois

Comme dans d’autres cas où la technologie évolue plus vite que la structure juridique, la Chine met à profit son savoir-faire technologique pour créer de nouvelles drogues très puissantes et engendrant une forte dépendance qui, par la suite, sont commercialisées en Occident. Les barons de la drogue chinois savent très bien comment déjouer le système établi surtout que, dans les pays occidentaux, on fait une distinction entre les drogues légales et illégales. C’est une erreur. La légalité n’a pratiquement rien à voir avec la létalité.

Les « analogues » chinois – de nouvelles drogues complexes qui sont souvent des versions synthétiques bourrées de substances qui sont déjà illégales, mais qui diffèrent légèrement sur le plan moléculaire – tuent leurs consommateurs, principalement des jeunes, à un rythme effrayant. Ils n’ont pas été mis hors la loi parce que la loi en Occident ignore en grande partie leur existence. Il en existe des centaines, voire des milliers de variétés, ce qui rend presque impossible pour les autorités douanières et d’application de la loi d’en garder la trace.

Les laboratoires chinois rendent disponibles ces stupéfiants, communément connus comme « drogues légales », sur l’Internet et l’Internet parallèle (Darknet) avec des effets dévastateurs pour les utilisateurs et leurs familles. À noter que, lors d’une récente rencontre, Donald Trump a demandé au dirigeant chinois Xi Jinping de prendre plus de mesures afin d’arrêter les importations aux États-Unis d’opioïdes de fabrication chinoise. Xi Jinping a accepté d’ajouter les opioïdes de fentanyl à la liste des drogues illicites en Chine.

Mais est-ce que le PCC va agir d’une manière vraiment efficace  ? Son objectif est de remplacer les pays occidentaux dans le leadership mondial dans tous les domaines. Pourquoi le régime chinois ne ferait-il pas tout ce qu’il peut pour nuire à l’Occident à tous les niveaux et à s’enrichir dans ce processus ? Pourquoi le PCC ne préférerait-il pas que l’Occident soit plus aux prises avec des problèmes de toxicomanie, pas moins ? On a vu une situation semblable lors des guerres de l’opium en Chine et le régime chinois a une bonne mémoire.

Aujourd’hui, les rôles sont inversés.

James Gorrie est un écrivain texan. Il est l’auteur du livre The China Crisis.

Le point de vue exprimé dans cet article est celui de son auteur et ne reflète pas nécessairement celui d’Epoch Times.

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