Clément Alteresco : « En 2020, la moitié des salariés seront freelance »

Bonjour, pourriez-vous présenter Bureaux à Partager ?

Bureaux à partager (BAP) est une startup née fin 2012, dont le principe est de regrouper toutes les offres de bureaux, espaces de coworking, incubateurs, centres d’affaires, principalement en France. En opposition avec les bureaux proposant des baux sur 3, 6 ou 9 ans, BAP propose une offre très hétérogène, flexible, sur de courtes durées.

Les deux tiers de nos clients sont des petites structures, qui sont naissantes ou n’ayant pas de bilans financiers leur permettant de s’engager sur des gros baux. Le principe est un peu comme Airbnb. Aujourd’hui, beaucoup de professionnels se retrouvent avec des mètres carrés en trop, soit parce qu’ils ont un espace trop grand, soit parce qu’ils ont dû réduire leurs effectifs. Ces mètres carrés sont partagés avec des entreprises, ils font des colocations de bureaux, par exemple, louent un bureau de 15 m² pour 1 000 euros par mois, et partagent leur cuisine, salle de réunion, toilettes, électricité, Internet…

On préfère être sur du court terme que sur du long et accéder à des services plutôt que posséder des espaces.Clément Alteresco

D’une part, cette mise en commun allège leur loyer, d’autre part, cela crée des synergies. Ces synergies, c’est un peu la cerise sur le gâteau : si par exemple on est à côté d’un architecte, et qu’on est en train de refaire son appart, alors naturellement on va discuter de choses et d’autres et cela nous permet de partager plus de choses. Certains travaillent même ensemble sur des projets. Le partage d’espace constitue une économie budgétaire qui va donner lieu à des synergies et des relations business potentiellement intéressantes.

Comment définissez-vous votre activité dans l’économie 2.0 ?

Le grand avantage, c’est la flexibilité. Notre activité va de pair avec la généralisation de la flexibilité, ou dit de façon plus générale, l’ubérisation de l’économie. On est sur cette idée qu’on ne veut plus être sur du long terme mais sur du court terme et accéder à des services plutôt que posséder des espaces… Et c’est un peu la même idée qu’on retrouve dans le transport avec les Drive-E, les BlaBlaCar, les Autolib’, Airbnb et compagnie.

Entre prendre un bureau et s’engager trois ans et prendre un bureau et s’engager trois mois… quand on est une petite entreprise et qu’on n’a pas forcément de visibilité à six mois, on a vite fait le choix. Le fait de prendre un bail 3/6/9 va aussi de pair avec le fait de s’engager financièrement avec un gros dépôt de garantie, la banque doit être d’accord pour garantir les loyers, etc. Il y a toute une mécanique pour prendre des bureaux, qui est beaucoup plus compliquée qu’une colocation où l’on signe un contrat de quatre pages : ça va très vite et on se désengage aussi vite. C’est presque comme un abonnement à un club de gym. On prend un bureau, et si ça se termine dans trois mois, on s’en va.

Puis, l’un des principes de base, c’est aussi la rencontre. Dans les espaces communs, plus les gens viennent tout les jours, plus on se croise à la machine à café régulièrement, plus on se parle. Si c’est juste pour une heure, ça ne le fait pas trop… il faut vraiment une sorte de répétition des visages, et que naturellement, on discute. Après il y a des espaces qui font beaucoup d’animation. L’animation participe justement à cette création du lien entre les différentes populations présentes.

D’après l’Insee, de plus en plus de gens sont freelance dans notre pays. Faut-il y voir un mouvement de fond ?

Il y a deux grands types de populations : les freelance, indépendants, et les TPE/PME. Les freelance, ou les travailleurs nomades de façon générale, ce sont des salariés souvent en ballade, en télétravail, cela peut être des chômeurs… Il y en a de plus en plus, avec des profils très différents. En 2020, plus de 50% de la population mondiale sera freelance (d’après une étude de Daniel Pink, journaliste et écrivain américain, ndr). Donc c’est une vraie tendance de fond…

Beaucoup d’espaces de coworking sont créés dans les villes avec une grosse densité. Ils accueillent des freelance, des gens qui en ont marre de travailler chez eux, pour des raisons sociales mais aussi parce qu’à la maison, il y a les enfants, la tentation de se reposer, d’allumer la télé… Il y a donc l’envie d’être dans une atmosphère de travail, des espaces pour se regrouper et travailler. C’est cela le vrai fondement du coworking.

Dans cette nébuleuse du coworking, on peut distinguer trois franges de population, donc trois offres de marché correspondantes. Pour les personnes indépendantes, il y a les coworking cafés qui sont vraiment à l’heure du jour, puis le coworking classique, au mois, qui est plutôt indépendant, déjà très pro, destiné aux TPE/PME comprenant entre deux et cinq personnes, et finalement les colocations du type centres d’affaires, des structures plus mûres, qui peuvent rassembler 20, 30 personnes.

Vos projets pour l’avenir ?

On a commencé une nouvelle activité, appelée Spaces. L’objectif est d’aller chercher des espaces vides pour des durées de moins de deux ans en général, des espaces en construction ou destinés à être détruits. Notre objectif est de prendre ces espaces et d’en faire des espaces de coworking temporaires : on les valorise et on partage le chiffre avec le propriétaire. Il y en a des milliers, des dizaines de milliers à Paris. Dans cette activité, BAP s’inscrit dans une démarche de développement durable : la consommation carbone des espaces est très élevée, donc le recyclage d’espace amène une consommation plus responsable. De plus, quand des personnes partagent un espace, mettent en commun des outils, c’est plus intelligent, on consomme moins.

Par exemple, on vient de prendre 2 800 m² d’un ancien immeuble de la MAIF dans le XVIIIe, un peu délabré. On a fait quelques travaux, peintures, moquette, puis quelques boîtes sont arrivées, et on a partagé avec le propriétaire, qui n’imaginait pas cette source de revenu.

 

 
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