IVG dans la Constitution : une prise en compte à géométrie variable de la détresse des femmes

Par Ludovic Genin
4 mars 2024 11:15 Mis à jour: 4 mars 2024 11:15

Le 5 mars 2024, la France va devenir le premier pays à inscrire l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans sa Constitution. C’est la décision de la Cour suprême des États‑Unis d’annuler l’arrêt Roe vs Wade en juin 2022 qui a fait entrer le débat du droit à l’avortement dans la Constitution française. D’abord défendue par la France insoumise, c’est Emmanuel Macron qui en fait une promesse de campagne, le 8 mars 2023, lors de la journée internationale du droit des femmes. Même si l’IVG est déjà inscrite dans la loi française avec la loi Veil de 1975, une majorité de Français (81 %) se disaient favorables à son inscription dans la Constitution.

De la Loi Veil de 1975 à la constitutionnalisation 

En France, l’IVG est légale depuis la loi Veil de 1975. Lors de sa soumission à l’Assemblée nationale, la ministre de la Santé Simone Veil évoquait une «loi dissuasive» voulant faire de l’avortement une « exception, l’ultime recours pour des situations sans issue», ceci afin de mieux encadrer les avortements clandestins.

Depuis, sa loi a été retouchée à de multiples reprises, allongeant le délai d’avortement à 12 semaines puis à 14 semaines, supprimant l’autorisation parentale pour les mineures, remboursant à 100% les frais d’intervention, supprimant la notion de « détresse » chez les femmes et supprimant le délai de réflexion de 7 jours puis de 48h.

En France, le nombre d’IVG a atteint son maximum en 2022 avec 234.000 avortements – en hausse de 8% par rapport à 2021 et son plus haut niveau depuis 1990. Près de 80% des avortements sont des IVG médicamenteuses qui ont lieu avant la 7eme semaine de grossesse. Les IVG instrumentales sont, quant à elles, réalisées jusqu’à la 14e semaine de grossesse, période à partir de laquelle il est nécessaire de « broyer le crâne d’un foetus »,témoigne le docteur Bertrand de Rochambeau, gynécologue-obstétricien et président du syndicat national des gynécologues-obstétriciens de France.

Cette réforme de la Constitution, votée le 28 février au Sénat, a été saluée par le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti comme une «grande avancée pour le droit des femmes» et un «message universel que la France envoie au monde entier».

L’IVG touche de plus en plus les femmes en âge de fonder une famille

Dans un article du Figaro, on apprend que le nombre d’avortements en France (le plus élevé en Europe) connaît un changement de population avec une augmentation des moyens de contraception chez les plus jeunes femmes et une augmentation des IVG chez les femmes en âge de créer un foyer.

En janvier, Emmanuel Macron faisait de la natalité une « grande cause nationale », alors que la France connaissait en 2023 sa plus grande baisse de natalité depuis 1945. Pourtant, ce sont les femmes en âge de construire une vie de famille qui recourent le plus à l’avortement aujourd’hui, comme on peut le lire dans le rapport de Dress de 2022 :« C’est parmi les femmes âgées de 20 à 29 ans que les IVG restent les plus fréquentes : le taux de recours s’élève à 24,8‰ parmi les jeunes femmes âgées de 20 à 24 ans et atteint 27,2‰ pour celles âgées de 25 à 29 ans. En 2021, les taux de recours diminuent pour toutes les femmes âgées de moins de 30 ans, tandis qu’ils augmentent légèrement pour celles de 30 ans ou plus. »

Selon le docteur Bertrand de Rochambeau, les femmes 25-34 ans, en âge de procréer, arrêtent de plus en plus l’utilisation de la pilule à cause des contraintes, mais « ne se préoccupent pas d’une réelle contraception de remplacement. » Ce qui explique selon lui l’augmentation du recours à l’IVG pour ces populations.

Les conséquences psychologiques d’une IVG pour les femmes

Lors du vote de la loi en 1975, Simone Veil déclarait que l’IVG est «toujours un drame et cela restera toujours un drame. C’est pourquoi, si le projet (…) admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme.»

Selon un rapport de l’Association pour la santé mentale des enfants et des adolescents « 42% des femmes ayant avorté avant l’âge de 25 ans vivent une dépression. La moitié des femmes mineures ayant avorté souffrent d’idées suicidaires. Les femmes qui avortent ont trois fois plus de risques de subir des violences physiques, mentales ou sexuelles que les femmes qui ont mené à terme leur grossesse ». Cela affecte aussi les hommes selon Grégor Puppinck, docteur en droit et directeur de l’ECLJ, « ils sont 40% à vivre une détresse psychologique forte et 22% des couples se séparent à la suite d’un avortement. »

Dans le sondage « Les Français et l’IVG » réalisé par l’IFOP, on apprend que 89% des Françaises reconnaissent que « l’avortement laisse des traces psychologiques difficiles à vivre pour les femmes » et 72% estiment que « la société devrait davantage aider les femmes à éviter le recours à l’IVG ».

Avec la constitutionnalisation de l’IVG, le gouvernement revendique une victoire pour le droit des femmes, sans en expliquer les alternatives et les conséquences, sans faire de préventions sur ce qui est, pour tout un chacun, le drame d’une vie.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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