Kairos et Kronos: le temps sacré et le temps ordinaire

Par James Sale
15 septembre 2022 16:42 Mis à jour: 15 septembre 2022 16:42

Vous souvenez-vous des vacances scolaires qui semblaient s’étendre à l’infini ?

Six semaines, c’était un temps infini pour faire presque tout, et ce n’est peut-être que dans les derniers jours que vous aviez ce sentiment désagréable que les vacances allaient bientôt se terminer. Maintenant, six semaines ? Vous clignez des yeux et c’est terminé. J’écris ces lignes début septembre et, en un clin d’œil, Noël sera là ! L’année 2023 sera terminée avant que j’aie eu le temps de la savourer.

Christa (Wojo) Wojciechowski, l’excellente romancière américaine, qui habite désormais Panama, a récemment publié un blog intitulé « It’s About Time: My attempt to slow down the perception of time », et c’est fascinant. Comme elle le dit : « Plus nous passons de temps sur Terre, plus notre perception du temps se réduit. Au début, c’est par petits degrés. Puis, tout à coup, une année nous semble être quelques mois. C’est effrayant, cela nous désoriente et il semble que plus nous essayons de nous y accrocher, plus vite elle nous glisse entre les doigts. » C’est certain que nous avons tous – du moins tous ceux qui ont atteint un certain âge – fait cette expérience.

Le temps semble s’évaporer et il n’y en a jamais assez pour faire ce que l’on veut réaliser. Dans son blog, Mme Wojciechowski décrit comment elle a essayé de retrouver cette plénitude du temps qu’elle avait autrefois en ne faisant rien : en se contentant de méditer, de tenir un journal et de lire ; et pourtant, malgré l’obligation de ne rien faire, l’expérience a échoué. Comme elle le dit : « Je n’ai pas réussi à ralentir ma perception du temps de manière significative. »

Cependant, une conséquence positive pour elle, elle a commencé à mieux prioriser ce qu’elle devait faire avec le temps dont elle disposait. Son blog vaut la peine d’être lu rien que pour cela. Mais je pense que son aptitude à établir des priorités indique une autre voie à suivre.

Le Titan Kronos

Une femme, représentant Kronos, fait allusion au temps mesuré qu’un humain a sur Terre. Allégorie de la vanité des choses terrestres, vers 1630, par un artiste français inconnu. Huile sur toile. Galerie nationale d’art ancien, Rome. (Domaine public)

Les Grecs avaient en fait deux dieux du temps, un fait qui n’est pas très connu. Le dieu du temps que Christa Wojciechowski tente d’apaiser ou de manipuler est le dieu bien connu : Kronos, ou Saturne comme il est appelé dans le panthéon romain.

Kronos, bien sûr, nous rappelle l’étymologie de nos mots comme chronologie ou chronomètre : le temps à mesurer et à marquer. Et, comme Saturne, nous avons la planète et toute sa signification astronomique et astrologique.

Kronos était un Titan et le roi des dieux jusqu’à ce qu’il soit détrôné par son fils, Zeus ou Jupiter. Ce détrônement a conduit à sa déportation dans le Tartare : les fosses les plus profondes de la Terre, l’enfer sous l’enfer que les humains connaissent après la mort. En bref, c’est un endroit très négatif.

Dans un Élysée céleste, les anges Raphaël et Gabriel protègent les bienheureux des ténèbres du Tartare (en bas à droite) où les âmes défuntes se tordent de tourments. Élysée et Tartare, ou L’état de rétribution finale, 1792, par James Barry. Le Metropolitan Museum of Art, New York. (Domaine public)

Par conséquent, le temps nous entraîne vers le bas. Il existe une force descendante dans le temps qui est équivalente à la puissance de la décadence. Pas étonnant que Wojo ne puisse pas inverser sa tendance !

Saturne nous donne le mot « saturnien », qui signifie froid, lugubre, revêche, sardonique, et qui est lié au métal plomb, et non à l’or. D’une manière générale, Saturne est considéré comme la planète et le dieu de la limitation et du mauvais présage. Le temps nous limite et le temps finit par être fatal à chacun d’entre nous. On pourrait dire que les religions du monde existent pour surmonter les chaînes auxquelles le temps lie chaque personne mortelle.

Le dieu grec Kairos

Kairos, le dieu du temps, personnifié. Il n’a qu’une mèche de cheveux et règle le poids du temps avec des balances. Le temps comme occasion (Kairos), 1543-1545, par Francesco de’ Rossi. Fresque du musée du Palazzo Vecchio à Florence, Italie. (Domaine public)

Mais, comme je l’ai dit, il y a deux dieux du temps dans la mythologie grecque. Et, tout comme Kronos est le père du roi des dieux, Zeus, ainsi, dans la ligne de succession, Kairos est le fils de Zeus. En d’autres termes, le temps est inscrit dans le code génétique (si l’on peut s’exprimer ainsi) des arbitres du cosmos. Pour que le cosmos existe, la notion de temps était dans l’ADN de ses géniteurs !

Mais comment se fait-il qu’il y ait deux dieux du temps et quelle est la différence ? Il est clair que Kronos est le dieu du temps que nous connaissons tous et dont nous faisons l’expérience 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Notez les chiffres de mesure ici ; c’est le temps absolu ou éternel des moments successifs.

Kairos, en revanche, est un mot grec ancien qui signifie « le moment juste, critique ou opportun ». Une différence essentielle ici est donc que Kronos est quantitatif, alors que Kairos est qualitatif. S’il n’y a pas beaucoup de raisons de discuter de l’heure qu’il est aujourd’hui, surtout avec nos horloges atomiques, il y a plusieurs raisons de discuter du moment du Kairos, le moment approprié ou opportun pour agir.

Le bon moment pour agir

Hommes et animaux luttant contre la mort et le temps, vers le XVIIe siècle, par David Vinckboons. Huile sur panneau. Musée des Beaux-Arts de Boston, à Boston. (Domaine public)

Pensez à trois simples exemples de « moment opportun » de vos actions en ce moment. Premier exemple, nous venons de sortir du COVID-19. Est-ce le bon moment pour vous d’envisager un changement d’emploi ou même de carrière ? Deuxième exemple, l’inflation est galopante dans notre pays en ce moment. Est-ce que les autorités ont choisi le bon moment pour relever les taux d’intérêt ? Sont-ils en avance ou en retard sur la courbe ? Troisième exemple, le président Poutine a envahi l’Ukraine plus tôt cette année. A-t-il choisi le bon moment pour le faire, ou est-ce une erreur ?

Pour aller plus loin dans cette dernière question : Oui, pour Poutine, c’était Kairos, parce qu’il a compris que les alliés occidentaux étaient divisés entre eux à l’intérieur et à l’extérieur, luttant pour contenir ou propager les mouvements de réveil communistes dans leurs propres pays. D’autre part : Non, c’était une opportunité tactique, mais une énorme erreur stratégique. Il n’a pas pris en compte de la capacité de ses propres forces, de celle de l’ennemi, et les ressources qui pourraient être déployées contre lui.

À ce stade du temps de Kronos, nous ne pouvons pas savoir si Kairos était avec Poutine ou non, mais la question principale est de regarder le temps non pas comme une séquence, mais comme une occasion et de discerner quand les chances sont en votre faveur.

Dans le Nouveau Testament (écrit en grec ancien), le mot « Kairos » est utilisé quelque 86 fois dans des expressions comme « le temps fixé dans le dessein de Dieu ». Un tel temps est, bien sûr, le bon moment – le bon moment, par exemple, pour que Jésus entre à Jérusalem. En revanche, le mot « chronos » n’est utilisé que 54 fois et dans le contexte de phrases concernant des unités de temps spécifiques, comme les jours et les heures.

Kairos investit donc notre vie d’une immense signification. Kronos est routinier, tandis que Kairos est pratiquement sacré. Lorsque nous commençons vraiment à réfléchir au moment opportun pour agir dans nos propres vies, nous transformons la façon dont nous voyons nos vies. Le bon moment n’est pas une question de jeu (comme le sont peut-être les actions de Poutine), mais un sens divin de la justesse de ce que nous faisons.

Le Temps comme Prudence saisit l’Occasion par les cheveux, 1543-1545, par Francesco de’ Rossi. Fresque au musée du Palazzo Vecchio à Florence, Italie. (Domaine public)

Dans la mythologie grecque, Kairos était représenté comme n’ayant qu’une seule mèche de cheveux. Ceci pour signifier qu’il peut facilement être saisi par la mèche qui pend devant son visage lorsqu’il vient vers vous. Mais une fois qu’il est passé, on ne peut plus le saisir, car l’arrière de sa tête est chauve – il n’y a rien à quoi s’accrocher ! Négliger l’occasion, ne pas saisir le bon moment, c’est donc le perdre à jamais, car nous ne pouvons pas retenir le bon moment une fois qu’il est passé.

Cessons donc de compter nos heures et nos jours, et de nous en inquiéter. Cherchons plutôt le bon moment pour agir, le bon moment pour saisir les occasions qui se présentent à nous, le bon moment pour faire le bien. Oui, pour faire le bien. C’est notre bénédiction maintenant.

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