La France est désormais plus endettée que la Grèce

Par Guy de la Fortelle
10 février 2022 12:53 Mis à jour: 10 février 2022 12:53

Quel sentiment étonnant de se dire que la France est désormais plus endettée que la Grèce. C’est une des conséquences de ce fameux « quoi qu’il en coûte », doctrine dont la stupidité n’égale que le prix de l’irresponsabilité du gouvernement.

Bien sûr, selon notre inénarrable ministre de l’économie de bouts de chandelle et des finances percées : plus l’on dépense et moins l’on s’endette.

Fusion bizarre entre une devise shadocks et une maxime façon 1984, nous allons voir comment la Macronie planque le cadavre dans le placard du hors-bilan pour vous faire croire qu’elle s’affranchit de la pesanteur et des contraintes de la dette.

Depuis des années, je répète régulièrement que nous suivons une trajectoire grecque et que nous finirons dépecés comme eux.

À chaque fois, certains me rétorquent – avec plus ou moins de rage – que les Grecs ne sont rien que des feignasses concupiscentes qui méritent bien leur sort et que cette comparaison avec la France n’est pas raison.

Pourtant, derrière l’image papier glacé de PDG du groupe France, Emmanuel Macron et son ComEx des ministres appliquent au pays tout entier les mêmes méthodes que ces fonds d’investissement spécialisés dans la reprise d’entreprises en difficulté qui coupent les coûts, vendent les bijoux de famille, détruisent l’appareil productif et endettent massivement les structures pour « dégager de la valeur pour les actionnaires » et ne laisser derrière eux que des ruines et des grincements de dents.

Voilà la réalité derrière le faux nez des chiffres de croissance et de chômage dont s’enorgueillit la Macronie en campagne.

Ainsi, on ne peut comprendre le sacrifice en cours d’EDF en dehors de cette logique de dépeçage à la grecque : bénéficier d’un euro allemand avec une gestion à la grecque n’est certainement pas gratuit et l’Allemagne est en train de mettre la main sur notre production nucléaire dont elle a tant besoin.

Il n’y a que les imbéciles pour croire que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets. Mais je m’avance. Comment la France serait-elle plus endettée que la Grèce ?

La dette publique grecque s’élève à 205% de son PIB contre un maigre 115% en France. Mais il est fautif d’oublier sans cesse la dette privée.

Il se trouve que les entreprises françaises étaient déjà des championnes de l’endettement avant la crise. La Banque de France et le Haut Conseil de Stabilité Financière s’arrachaient régulièrement les cheveux sur les niveaux d’endettement privé qui crevaient les plafonds.

En ajoutant l’endettement privé à 156% de PIB fin 2020 (en augmentation encore plus inquiétante en 2021), la France monte les marches du classement 4 à 4 :

Source : IFRAP

Jusqu’ici, nous n’aboutissons encore qu’au pied du podium. Mais le tableau n’est pas encore complet. Il nous faut prendre en compte une exception toute française, les engagements hors bilan de l’État.

En zone euro, nous sommes les seuls à tenir une comptabilité parallèle, hors bilan. Il s’agit d’engagements de l’État aussi divers que notre participation au Fonds de Stabilité Européen, la garantie des livrets A, la gestion du risque nucléaire (inassurable), la dette des entreprises publiques comme la SNCF, le démantèlement à venir de notre porte-avions, la retraite des fonctionnaires, les aides au logement ou à l’énergie… Ou encore les prêts garantis par l’État.

Bref, une liste à la Prévert d’engagements que prend négligemment la représentation nationale sans jamais se soucier de la solvabilité de notre signature.

Fin 2020, selon le compte général de l’État, il y a pour 5000 milliards d’euros de hors bilan, dont 500 milliards ajoutés en 2020. Mais attention, ces montants sont notionnels et ne veulent pas dire grand chose avant de les avoir décortiqués.

Ces engagements sont soit conditionnels, soit irrévocables. Ainsi la retraite des fonctionnaires est-elle irrévocable mais c’est la différence entre les cotisations des actifs et les versements dus aux retraités qui nous intéresse ; en revanche les prêts garantis n’engagent l’État qu’en cas de défaut.

Aussi ne faut-il pas additionner les 5000 milliards de hors-bilan de l’État aux 2600 milliards dans le bilan.

Nous pouvons en revanche additionner les besoins de financement pour les parties irrévocables de ces engagements ainsi que les provisions pour les parties conditionnelles.

Ce sont des calculs assez compliqués qui permettent d’évaluer grossièrement le besoin de financement du hors bilan à 1500 milliards d’euros.

Notez le mot « grossièrement », il est important : cela signifie que les besoins pourraient être bien moindres… Mais également bien supérieurs en cas de crise.

C’est ainsi que le besoin de financement des régimes spéciaux (SNCF et RATP essentiellement) a bondi de 84 milliards en 2020 pour dépasser les 500 milliards !

Nous avons également, la magie des prêts garantis par l’État qui ont permis d’éviter une vague de faillite sans ajouter un centime de dette au bilan de l’État.

Mais le coût est bien plus élevé : les crédits ont été distribués aveuglément (c’est gratuit, c’est l’État qui paie) à des entreprises déjà surendettées qui font désormais peser sur nos comptes publics une incertitude ingérable.

Si le pire n’est jamais sûr, les perspectives sont plutôt sombres pour ces engagements qui pourraient avoir à être honorés en cascade en cas de choc. L’incertitude ajoute une fragilité à nos comptes déjà en bien mauvais état.

Et c’est ainsi qu’en ajoutant 115% de dette publique, 60% de besoin de financement du hors bilan et 156% de dette privée des entreprises et ménages nous atteignons finalement la première marche du podium à 331% du PIB, légèrement au-dessus des Grecs…

Nous nous serions bien passés de cette médaille d’or du pays le plus endetté de la zone euro, dépassant même la Grèce, médaille que nous ont négligemment passée autour du cou Emmanuel Macron et Bruno Lemaire assortie d’une laisse tenue serrée par l’Allemagne et Ursula von der Leyen à Bruxelles.

Nous pouvons aboyer autant que nous voulons, c’est bien un dépeçage à la grecque qui s’opère en ce moment même.

C’est le prix de l’insouciante gestion des criminels de la Macronie qui viennent se gausser d’une croissance à 7%, bien rachitique après une récession à -8, et d’un chômage en baisse sans guère d’emplois en plus (magie renouvelée du quoi qu’il en coûte).

Ils oublient simplement de vous dire qu’ils ont vendu notre Royaume pour un plat de lentille.

Retrouvez la vidéo explicative de cette tribune ici :

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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