Les leçons du sport, de Paul Pogba à Roger Federer

Par Aurélien Girard
25 septembre 2022 18:42 Mis à jour: 25 septembre 2022 22:15

« Monument », « légende »… les qualificatifs n’ont pas manqué, pas moins que les brassées de fleurs, au moment de la retraite sportive de Roger Federer, géant du tennis mondial dont la rivalité historique avec Rafaël Nadal s’est assortie d’une solide amitié, encore démontrée à Londres le 23 septembre lors de la soirée d’adieu du joueur suisse. L’écho médiatique de cette retraite témoigne de l’admiration suscitée par le joueur depuis des décennies.

À l’autre bout de l’actualité sportive, les tentatives d’extorsion dont a été victime le footballeur Didier Pogba ont permis de découvrir les ruelles coupe-gorge du football professionnel et un monde qui, avec ses boîtes de nuit, ses voyages en jet, ses prostituées et ses extorsions, évoque plus la mafia que l’idéal sportif de l’esprit sain dans un corps sain.

Après l’affaire Zahia, du nom de l’escort-girl depuis devenue starlette fugace des magazines people, et après l’affaire dite de la « sex-tape » de Valbuena, on avait pu penser que le football avait fait son auto-critique et allait vers plus de sobriété. Au cours de ces dernières semaines, des accusations de harcèlement portées contre le patron de la fédération française de football, l’agression à coups de barres de fer d’une joueuse du circuit féminin par une de ses rivales, les menaces de révélations sur Paul Pogba et Kylian Mbappé par le propre frère de Pogba ont montré que le système n’avait pas changé.

Avec l’affaire Pogba, on redécouvre des jeunes gens aux jambes plus agiles que leur esprit, manipulés par des proches, plongés dans un monde d’argent facile, de voitures de luxe, rapidement pourris par un système qui brasse trop, bien trop de billets de banque et dont les valeurs affichées sont plus le travail de spécialistes de la communication que des principes ancrés. Des jeunes gens trop riches, qui souvent brûlent leur fortune en quelques années sans avoir jamais offert aucun modèle positif pour leurs fans.

C’est sans doute la concomitance de ces informations qui fait ressortir l’exemple de Roger Federer comme leçon et enseignement pour une grande partie du sport professionnel. Si son image est le reflet fidèle de la réalité, raconter la carrière de Federer, c’est faire le récit d’un processus inlassable d’amélioration personnelle, de la technique à l’état d’esprit. Jeune joueur de talent, mais irritable et capable d’éclats d’humeur lors de points perdus, Federer a accompli une profonde transformation intérieure, développé sa concentration et son calme, créé le « géant » connu de tous : un jeu aérien, des inspirations de génie, une persistance à toute épreuve et une modestie égale en toutes circonstances. Exceptés les rares joueurs qui ont pu faire jeu égal avec lui – Rafaël Nadal ou Nowak Djokovic en particulier – beaucoup dans le circuit pro expliquent qu’il était l’un des seuls joueurs qu’ils aient considéré « hors de portée » – tout en étant le plus affable et le plus abordable. La même discrétion et modestie est décrite dans les témoignages de ceux qui l’ont côtoyé en dehors des courts : un homme disponible et capable de se placer au même niveau que ses interlocuteurs.

Dans cette époque de fureur de communication sociale, quand la recherche de bruit et d’apparence supplante tout, le monde sportif n’est pas le seul à pouvoir trouver une inspiration dans le comportement de Roger Federer. Son exemple rappelle ce que déjà Bossuet et Fénelon enseignaient à leurs pupilles : la profondeur et la force d’un être viennent de l’ardu et silencieux travail quotidien fait pour s’améliorer et atteindre son excellence — ce pour quoi les Chinois utilisent un mot traduisible en « cultivation ». Dans ces cas seulement, la forme est « le fond qui remonte à la surface » et pas une vaine couche de fard. Élargissons l’application de ce principe : tant d’esprits « de footballeurs » à la recherche de lumière et de succès rapides occupent le terrain dans les administrations publiques, la politique, les entreprises, les médias. L’actualité sportive nous aura, enfin, apporté quelque chose de plus utile que des scores et des records, avec cette occasion inattendue de louer la discrétion et le patient travail de fond.

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