Les confinements prolongés en Chine provoquent des pénuries dangereuses en Occident

Par Dorothy Li
18 mai 2022 01:19 Mis à jour: 18 mai 2022 01:19

Aux États-Unis, les hôpitaux sont en état d’alerte, certains médecins donnent la priorité aux patients en état critique, car le confinement prolongé de Shanghai entraîne une pénurie mondiale de produits chimiques utilisés dans l’imagerie médicale.

Certains des plus grands hôpitaux américains ont annoncé au début du mois qu’ils étaient confrontés à d’importantes pénuries de produits de contraste iodés. Les agents de contraste intraveineux sont administrés aux patients pour rendre leurs organes internes et vaisseaux sanguins visibles aux rayons X durant les scanners et les radiographies.

Cette baisse de stocks est due à la fermeture temporaire de l’usine de production de GE Healthcare à Shanghai. Voilà près de deux mois que Shanghai, plaque tournante du commerce mondial, est confinée. Bien que l’usine ait été autorisée à reprendre progressivement ses activités, dans un communiqué publié le 5 mai, la Greater New York Hospital Association (GNYHA) a signalé que la pénurie pourrait se prolonger jusqu’à la fin du mois de juin, avec une offre réduite de 80 %.

Certains hôpitaux ont commencé à conserver le produit déjà utilisé. L’hôpital UAB (de l’Université d’Alabama à Birmingham) a annoncé avoir mis en place un rationnement drastique dans un communiqué du 7 mai. Les médecins donnent la priorité aux scanners urgents et reportent les examens non prioritaires.

Le personnel médical prépare un patient pour un scanner à l’hôpital principal de la ville d’Innsbruck, en Autriche, le 1er janvier 2022. (Jan Hetfleisch/Getty Images)

Les établissements de soins de santé américains ne sont pas les seuls à subir l’impact des confinements en Chine. Apple, Microsoft, Tesla, Adidas, Estée Lauder, Starbucks et bien d’autres entreprises mondiales s’inquiètent des retombées économiques.

Conformément à la politique zéro Covid du régime, les villes chinoises, grandes ou petites imposent des restrictions à des degrés divers pour parer au variant Omicron. L’énorme confinement de Shanghai condamne 26 millions d’habitants à la pénurie alimentaire. Le 15 mai, les autorités ont déclaré que la ville commençait à s’ouvrir, mais les habitants affirment qu’ils ne peuvent toujours pas sortir de chez eux.

Selon les estimations de la banque japonaise Nomura, au 10 mai, quelque 41 villes du pays étaient partiellement ou totalement confinées, ce qui représente près de 30 % de la production économique chinoise.

Un résident qui tient un téléphone portable tend son bras à travers une clôture dans une zone résidentielle soumise à un confinement dans le district de Panjiayuan Chaoyang à Pékin, le 27 avril 2022. (Noel Celis/AFP via Getty Images)

Production perturbée

Alors que les ouvriers et les consommateurs sont cloués chez eux et que de nombreuses entreprises sont contraintes de suspendre leurs activités, la croissance des exportations chinoises a atteint le mois dernier son niveau le plus bas depuis deux ans. Les exportations en dollars ont ralenti à 3,9 % en avril par rapport à l’année précédente, après une croissance de 14,7 % enregistrée au mois de mars, selon les douanes chinoises le 9 mai.

Ces chiffres peu encourageants du secteur du commerce, qui représente environ un tiers du produit intérieur brut (PIB), viennent s’ajouter aux nombreux indices du ralentissement de la deuxième économie mondiale. L’activité des usines s’était déjà contractée à un rythme plus soutenu en avril, selon les chiffres.

Les autorités chinoises ont promis d’autoriser certaines entreprises à reprendre leurs activités « en circuit fermé », c’est-à-dire que les ouvriers doivent vivre sur leur lieu de travail. Mais, selon une enquête de la chambre de commerce allemande en Chine publiée le 12 mai, seulement 19 % des 460 entreprises allemandes ont l’autorisation de fonctionner dans de telles conditions. Par ailleurs, parmi celles qui sont autorisées à produire en circuit fermé, les installations ne fonctionnent en moyenne qu’à la moitié de leur capacité.

« Les productions en circuit fermé, c’est une solution inacceptable à long terme pour les entreprises allemandes qui opèrent en Chine », a déclaré Maximilian Butek, le délégué de l’industrie allemande à Shanghai, dans un communiqué.

Une enquête flash fait écho aux résultats des récentes conclusions des entreprises américaines et européennes en Chine et met en évidence que les travailleurs étrangers envisagent toujours davantage de quitter le pays du fait de sa stratégie excessive de lutte contre le Covid-19.

Investisseurs méfiants

Selon plusieurs enquêtes menées par des lobbies étrangers, les restrictions draconiennes du régime et le chaos dans la chaîne d’approvisionnement qui en résulte ont ébranlé la confiance des entreprises étrangères.

Une enquête récente de la Chambre de commerce américaine en Chine a révélé que plus de la moitié de ses 121 membres ont déjà retardé ou réduit leurs investissements à la suite du confinement. Quelque 51 % d’entre eux ont déjà réduit leurs prévisions de revenus pour l’année, selon le sondage réalisé entre fin avril et début mai.

« Les prévisions de revenus pour cette année sont en baisse, mais, plus inquiétant, les membres ne voient pas de lumière au bout du tunnel », a déclaré Colm Rafferty, président d’AmCham China, dans un communiqué.

Les entreprises européennes présentes dans le pays ont dressé un tableau plus sombre. Le nombre d’entreprises qui envisagent de transférer leurs investissements hors de Chine a atteint son niveau le plus élevé depuis dix ans, selon une enquête de la Chambre de commerce européenne en Chine publiée le 5 mai.

L’enquête, menée à la fin du mois d’avril, a révélé que près d’un quart des 372 personnes interrogées envisageaient de transférer leurs investissements actuels ou prévus hors de Chine, soit plus du double du chiffre enregistré au début de l’année. Environ 60 % des entreprises ont réduit leurs prévisions de chiffre d’affaires cette année, tandis que 92 % ont déclaré avoir été affectées par les récentes fermetures de ports, la baisse du fret routier et la hausse des coûts du fret maritime.

La politique chinoise du zéro Covid est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour les investisseurs étrangers, qui ont déjà dû faire face à des vents contraires tels que les conflits commerciaux et la détérioration de l’environnement commercial, explique Frank Tian Xie, professeur associé de marketing à l’université de Caroline du Sud à Aiken.

Répercussions plus fortes

Lors d’une réunion du comité permanent du Politburo (l’organe suprême du Parti communiste chinois), qui s’est tenue le 5 mai, le dirigeant chinois Xi Jinping a lancé des avertissements à l’encontre de toute personne qui critiquerait, remettrait en question ou diffamerait la politique du zéro Covid du régime.

« Nous avons gagné la bataille pour défendre Wuhan », a déclaré Xi, selon le média officiel Xinhua. « Nous pouvons certainement gagner la bataille pour défendre le grand Shanghai. »

Les économistes ont à plusieurs reprises lancé des mises en garde contre les conséquences des restrictions strictes imposées face au Covid-19. Selon le South China Morning Post, lors d’un séminaire en ligne organisé le 8 mai, Xu Jianguo, un économiste chinois de premier plan, a indiqué que l’impact économique des dernières mesures était dix fois plus important que celui du début de l’année 2020, alors que le régime confinait Wuhan pour la première fois. Il a estimé que les mesures de restriction, notamment le confinement et les contraintes de voyage, ont coûté au pays 2,68 billions de dollars cette année, selon l’article.

Même avec la menace d’un exode des investisseurs étrangers et d’une possible récession économique, le régime communiste n’abandonnera pas sa politique zéro Covid, car le maintien de son pouvoir est sa priorité absolue, selon Frank Tian Xie. Dans le pire des cas, selon lui, la Chine pourrait finir par redevenir un système d’économie planifiée.

Gordon Chang, auteur et chercheur principal de l’Institut Gatestone, a déclaré que Xi pourrait doubler sa politique zéro Covid s’il obtenait un troisième mandat à l’occasion du XXe Congrès du Parti cet automne.

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