Poutine n’est désormais qu’un subordonné à Xi Jinping, comme le démontre la récente réunion de l’OCS

Par Bradley A Thayer
21 septembre 2022 22:00 Mis à jour: 28 septembre 2022 11:13

La réunion de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui s’est tenue ce mois-ci à Samarcande, en Ouzbékistan, a été remarquable pour deux raisons. Premièrement, il s’agissait de la première visite de Xi Jinping, chef du Parti communiste chinois (PCC), en dehors de la Chine depuis la pandémie du Covid-19. Deuxièmement, la réunion a montré que le dirigeant russe Vladimir Poutine est subordonné à l’État-parti chinois. Ces deux éléments sont significatifs et révèlent la confiance croissante de Xi Jinping dans sa position de bâtisseur du bloc anti-occidental et de meneur du partenariat sino-russe.

Lors de leur rencontre en marge du sommet de l’OCS – la première depuis leur rencontre en février, lors des Jeux olympiques de Pékin et peu avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie – Xi Jinping a exprimé son soutien à cette invasion. De son côté, la Russie a manifesté son soutien à la revendication du PCC sur Taïwan. Les deux dirigeants se sont également engagés à promouvoir leurs « intérêts fondamentaux » et à former un « front uni » contre l’Occident. La Chine a augmenté ses achats de pétrole à la Russie dans le but de stimuler l’économie russe face aux sanctions occidentales. Il ne fait aucun doute que les deux hommes ont aussi procédé à une évaluation de leurs relations et que leurs objectifs et plans futurs ont été discutés secrètement.

Xi Jinping rencontre Vladimir Poutine le jour de l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver, à Pékin, le 4 février 2022. L’occasion a été marquée par une « déclaration commune » annonçant un partenariat « sans limites » entre la Chine et la Russie. (Alexei Druzhinin/Sputnik/AFP via Getty Images)

Malheureusement pour Poutine, dans ces relations, il n’est aujourd’hui qu’un demandeur de services. La Russie est de plus en plus dépendante de la Chine et de l’Inde pour ses ventes de produits énergétiques. Poutine a été enrôlé par Xi Jinping pour servir dans son alliance anti-occidentale, ce qui lui coûte son autonomie. Xi s’oppose à l’Occident parce qu’il cherche à renverser surtout la position mondiale des États-Unis – la première puissance occidentale – et à soumettre le monde aux ambitions du PCC. Les intérêts de Poutine auraient été mieux servis si la Russie jouait le rôle de tertius gaudens (un tiers qui profite du conflit entre deux autres). En montrant son soutien du côté qui serait perçu comme le plus faible, il aurait pu maximiser les intérêts et préserver la liberté d’action de Moscou.

Aujourd’hui, Poutine a lié les intérêts de la Russie à ceux de la Chine, et il va suivre la voie que Xi lui demande de suivre. Pour cela, Moscou devra accepter d’avoir une influence réduite dans les domaines où ses intérêts entrent en conflit avec ceux de Pékin – comme, par exemple, en Asie centrale. En même temps, la Russie pourra servir d’instrument de distraction pour les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN – comme on le voit avec son invasion de l’Ukraine – pendant que la Chine étend sa puissance militaire et ses ambitions stratégiques visant la domination mondiale. Une fois que Poutine aura fait son temps, Xi s’en débarrassera.

Pour Xi Jinping, qui domine dans ces relations avec Poutine, cela est favorable à son État-parti et à ses plans. En rendant Poutine dépendant, Xi influence la politique russe. Poutine sert également de paratonnerre, s’attirant l’animosité du monde entier pour ses actes, tandis que les objectifs expansionnistes du PCC, son génocide au Xinjiang et autres violations massives des droits de l’homme restent souvent inaperçues ou à l’arrière-plan. En outre, le partenariat « sans limites » avec Moscou permet à Xi Jinping de sécuriser le flanc nord de la Chine. La puissance militaire conventionnelle et nucléaire russe est désormais un outil qui servira les intérêts de Pékin – peu importe si elle est utilisée conjointement ou non avec l’armée chinoise.

Les États-Unis et l’Occident tout entier sont confrontés ainsi à un problème de « deux fronts » auquel ils doivent faire face. La réunion de l’OCS démontre également que la Chine est la force dominante dans la région de l’Asie centrale couverte par cette organisation. L’influence de la Chine n’y cesse de croître, tandis que celle des États-Unis est en déclin, surtout depuis que l’administration Biden a abandonné le peuple afghan aux talibans.

Le dirigeant chinois Xi Jinping et le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev passent en revue la garde d’honneur de l’Armée populaire de libération chinoise lors de la cérémonie d’accueil au début de leur rencontre à Pékin, le 11 septembre 2019. (Andrea Verdelli/Getty Images)

L’influence russe est désormais également affaiblie du fait que les États d’Asie centrale perçoivent la Russie comme une menace à la suite de son invasion de l’Ukraine et considèrent Moscou comme le partenaire junior dans les relations sino-russes. Pour Xi Jinping, il s’agit d’une situation très avantageuse, surtout au moment même où la Chine mène un génocide contre les musulmans ouïghours, kazakhs et kirghizes dans le Xinjiang, également connu sous le nom de Turkestan oriental. Comme on l’a vu clairement lors de la réunion à Samarcande, le flanc ouest de la Chine reste aussi sûr qu’il l’a été ces dernières années.

En tenant compte du fait que les deux flancs du régime chinois sont sécurisés ainsi que de l’accroissement de ses capacités expansionnistes, l’Occident doit s’attendre à ce que le PCC vise dans ces plans agressifs surtout ses flancs sud et est. Cette agression pourrait prendre une forme militaire contre l’Inde sur le flanc sud de la Chine et surtout contre Taïwan sur son flanc est. Entretemps, l’État-parti chinois continuera d’utiliser tous les outils disponibles pour profiter de sa puissance montante et provoquer les changements qu’il recherche dans le cadre de sa stratégie à long terme.

Ainsi, le monde doit s’attendre à ce que des pressions diplomatiques, idéologiques et économiques soient exercées contre l’Inde et Taïwan, tandis que la Chine cherchera également à déstabiliser leurs gouvernements. Nous devons aussi nous attendre à l’expansion continue de l’influence du PCC à l’intérieur de l’Inde et de Taïwan par le biais des agents de son Front uni et d’autres moyens visibles et cachés.

Le monde a bien changé. La domination soviétique sur la Chine pendant la guerre froide est aujourd’hui inversée. C’est le PCC qui mène la danse à la suite des graves erreurs stratégiques de Poutine. La sécurisation des flancs nord et ouest de la Chine est une étape clé vers une plus grande belligérance de son régime mené par Xi Jinping. Si, comme on s’y attend, lors du prochain 20e Congrès du PCC, Xi Jinping réussit à obtenir son troisième mandat de cinq ans à la tête du Parti – et donc du pays -, il contrôlera également le Parti en toute sécurité.

Par conséquent, l’Occident et ses alliés et partenaires doivent passer de la considération de la possibilité de l’agression de Pékin à la reconnaissance du fait qu’elle est presque certaine. Cela les oblige à renforcer la capacité de Taïwan à dissuader la Chine avec les armes conventionnelles – et ce, en appuyant cette dissuasion par une dissuasion beaucoup plus large qui regroupe les forces conventionnelles et nucléaires des États-Unis, d’autres pays membres de l’OTAN et du Japon.

Bradley A. Thayer est coauteur du livre Understanding the China Threat (Comprendre la menace chinoise) et directeur de la politique chinoise au Center for Security Policy.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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