Sous les fleurs de la forêt de cerisiers

Après trois ans d’absence le metteur en scène Hideki Noda retourne au Théâtre National de Chaillot avec Sous les fleurs de la forêt de cerisiers dans le cadre de Japonismes 2018.

En 2015 le génie japonais a fasciné les spectateurs du Théâtre de Chaillot avec Egg.

En 2018 comme en 2015 Hideki Noda offre aux spectateurs un théâtre total, foisonnant de visions, de sons et de couleurs et d’idées, couronné d’un jeu juste et sublime.

En 2015 Egg traitait de la situation actuelle du Japon. Cette fois-ci Hideki Noda nous présente le mythe de l’origine du Japon.

Sous les fleurs de la forêt de cerisiers ancrée dans la tradition japonaise reste pourtant si moderne.

Faisant appel à l’imaginaire du spectateur, Hydeki Noda présente un théâtre spectaculaire, riche dans lequel le beau est omniprésent, et ce, avec très peu de moyens.

Une étoffe bleue transparente descend en rideau : c’est le ciel de ce monde magique. Des rubans rouges évoquent le feu, des rubans verts – les serpents.

Un tronc d’arbre monte de nulle part pour s’imposer au milieu de la scène. Ses magnifiques branches étendues et chargées de fleurs descendent du plafond pour s’unir au tronc. Un magnifique cerisier apparaît, envoutant le spectateur et l’invitant à franchir le seuil d’un autre monde.

Une gigantesque feuille de papier de riz étalé par les comédiens-mêmes aménage le sol de ce monde. Bientôt des mains invisibles déchireront le papier et des créatures de la forêt émergeront du monde souterrain. Ce sont les « onis », des créatures non humaines qui côtoyaient aux temps anciens les humains appelés « démons » en français par manque de terme approprié.

Sous les fleurs de la forêt de cerisiers© Kishin Shinoyama

Des palais et des temples s’érigent grâce à un ruban rose étiré encore par les comédiens : à gauche, à droite vers le haut vers le bas. Il définit les contours, les cadres, les territoires, les frontières. Il suffit de l’étirer un peu plus et la cour du palais devient un écran de film muet, encadrant une scène d’amour comme dans le temps.

Une musique douce accompagne la scène.

Dans ce monde magique, il y a des bons et des méchants, des femmes douces et des femmes cruelles, des hommes forts d’autres rusés, des démons et des humains, des amours désespérés et des trahisons, des divinités et des démons.

Les acteurs dansent, chantent et s’adressent au public

L’humour ne manque pas à Hideky Noda. Le texte est parsemé de citations d’auteurs, philosophes et personnages occidentaux dont les noms et les citations dans le nouveau contexte font à la fois rire et réfléchir. Ainsi, André Gide déclare que « se libérer n’est rien » et que tout le problème est de savoir quoi faire de cette liberté.

Y sont présent également des phrases telles que : « les cartes de visites ne sont pas très différentes des cartes Pokémon », ou encore : « Si je ne la regarde pas, elle saura que je sais qu’elle sait que je ne la regarde pas pour qu’elle ne pense pas que je pense qu’elle pense que je sais… » et ainsi de suite.

 

Sous les fleurs de la forêt de cerisiers© Kishin Shinoyama

La fondation d’un pays

Et voilà que l’arbre remarquable tourne et que son envers laisse apparaître un immense Bouddha doré. La forêt donne lieu au monde de l’ordre. Quand le chaos règne une tête de démon couronne la statue. Le nouvel empereur conquiert les quatre portes de son pays en évinçant les « onis », ces habitants qui ne font pas partie de la communauté des humains.

Hideki Noda s’inspire de deux textes courts d’Ango Sakaguchi pour évoquer la première guerre de succession de l’histoire du Japon (la guerre de Jinshin) qui a lieu en 672 : Sous les fleurs de la Forêt de cerisiers et Yonagahime et Mimio.

Créée en 1989, Sous les fleurs de la forêt de cerisiers, est une œuvre-phare dans la carrière du metteur en scène et dramaturge japonais. La pièce a connu plusieurs reprises y compris au théâtre Kabuki récemment.

C’est l’une des premières pièces où Hideki Noda s’interroge sur l’État et la fondation de ses frontières et de ses territoires.

Conjuguant deux textes d’Ango Sakaguchi, Noda dessine une parabole mêlant destins individuels, légendes séculaires et histoire politique.

L’intrigue

Le seizième anniversaire des princesses jumelles, Yonagahime et Hayanehime, donne prétexte à un concours pour la création d’effigies du Bouddha, destinées à les protéger. Les sculpteurs sélectionnés traversent une forêt de cerisiers, symbole à la fois de beauté, de folie et de mort… Ce voyage, à la fois féerique et maléfique, va décider de l’avenir de chacun d’eux. Leurs luttes résolues pour le pouvoir sont mises en perspective avec la Rébellion Jinshin, qui provoqua au VIIe siècle une guerre de succession violente.

Sous les fleurs de la forêt de cerisiers© Kishin Shinoyama

Une mise en scène étourdissante et un théâtre qui offre à l’instar des théâtres classiques une bonne dose de Catharsis, mélangeant étrange et humour, terreur et délicatesse.

 Sous les fleurs de la forêt de cerisiers

Théâtre National de la danse Chaillot

www.theatre-chaillot.fr

Michal Neeman Bleibtreu

 

 
VOIR AUSSI