Surpopulation : va-t-on épuiser les ressources de la planète ?

Par Yves Montenay
14 août 2022 16:38 Mis à jour: 14 août 2022 19:43

En Occident, l’opinion est attentive à la préservation de l’environnement, et ce souci commence à gagner le reste du monde. La surpopulation et la limitation des ressources sont souvent accusées. Et si Malthus avait raison : allons nous épuiser les ressources de la terre du fait d’une surpopulation galopante ? 

Malthus est-il toujours d’actualité ?

Cette crainte de la surpopulation a seulement deux siècles. Auparavant, et depuis toujours, chaque roi ou empereur recherchait l’augmentation du nombre de ses sujets, censée augmenter la puissance et la richesse de son pays.

Mais, depuis Malthus, la surpopulation est devenue « une évidence » pour des personnes d’opinions politiques très variées, dépassant largement le camp écologique. Et qui dit « surpopulation » dit également « pas assez de ressources pour tout le monde », donc épuisement des réserves et future pénurie.

Qu’a donc dit Malthus et est-ce encore valable aujourd’hui ?

Malthus lance l’idée de « surpopulation »

En Angleterre, entre 1794 et 1800, les mauvaises récoltes engendrent misère et détresse. Le pasteur Malthus, chargé de l’aide aux pauvres dans sa commune, dénonce la multiplication de ces derniers.

Dans son Essai sur le principe de population publié en 1798, il affirme que la population croit de façon exponentielle ou géométrique (1, 2, 4, 8, 16, 32…), ce qui est exact, du moins tant que les comportements ne changent pas.

Il rajoute que les ressources ne croissent que de façon arithmétique (1, 2, 3, 4, 5, 6…), ce qui est plus discutable. En fait, je n’ai jamais compris d’où sortait cette « loi » malthusienne : si les techniques et la surface cultivée sont stables, la production l’est aussi, or les deux varient sans cesse suivant les pays et les époques.

Oublions pour l’instant ce point et constatons que Malthus concluait qu’il était nécessaire de limiter la croissance de la population. Contre les réformateurs « moraux » qui attribuent au gouvernement la responsabilité des maux de la société, Malthus veut démontrer que ceux-ci viennent de la démographie.

Cette idée est toujours répandue aujourd’hui.

La vision écologique de la surpopulation et de l’épuisement des ressources

Depuis les années 1970, les écologistes insistent sur le fait que la consommation des ressources naturelles est supérieure à ce que produit la planète.

D’où le fameux « Overshoot day », ou jour du dépassement, créé par l’ONG Global Footprint Network, le jour de l’année où l’homme a consommé plus que ne peut produire la Terre en un an.

Certains en déduisent que pour diminuer cette consommation, il faut diminuer le nombre des hommes. Or, qui dit diminuer le nombre des hommes dit diminution des naissances, sauf à exterminer une partie de la population. J’ai d’ailleurs suppposé, à titre humoristique à la fin de mon livre de démographie, que cette idée viendrait à l’esprit d’un président chinois autoritaire : Je demande à titre patriotique aux plus de 75 ans de sauter par la fenêtre. C’était avant la nomination de Xi Jinping…

220 ans se sont écoulés depuis la publication de Malthus. L’accroissement de la population et celle des ressources se sont-elles passées comme il l’avait prévu ?

La croissance de la population depuis Malthus

Les populations ont-elles vraiment cru de façon géométrique ?

D’après les prévisions de l’ONU, la croissance de la population mondiale est de moins en moins rapide, mais reste importante en valeur absolue puisqu’elle prévoit plus de 11 milliards d’individus en 2100.

Mais cette valeur absolue n’a pas grand sens pour plusieurs raisons. D’abord, une prévision pour 2100 revient à imaginer une population dont la quasi totalité n’est pas encore née, et donc s’appuie sur des tendances arbitraires de fécondité et de mortalité. D’autres tendances mènent au contraire à une décroissance à partir de 2050. Ensuite, ces prévisions intègrent la forte augmentation du nombre de vieux : en effet leur nombre reflète la forte fécondité de la fin du XXe siècle. Nous verrons plus bas que cela renverse les perspectives.

Si l’on reste au pays de Malthus, le Royaume-Uni, ce dernier comptait environ 10 millions d’habitants en 1800. Sa population va connaitre une croissance spectaculaire au début puis au milieu du XIXe siècle, puis ralentit du fait de l’urbanisation qui rend compliqué et coûteux d’avoir un grand nombre d’enfants.

Actuellement, la population britannique augmente peu et vieillit. Je passe sur les émigrations et immigrations qui ont été fortes dans ce pays et compliquent l’analyse. Retenons que la progression « géométrique » a cessé depuis 150 ans.

De même pour l’ensemble de l’Europe, Russie comprise, qui totalisait 187 millions d’habitants en 1800, 420 millions vers 1900, 750 millions aujourd’hui, mais probablement 500 vers la fin du siècle. Bref, une croissance initiale rapide malgré une forte émigration, notamment vers les Amériques, puis une croissance ralentie, puis un recul.

Du coup, la proportion de la population de l’Europe dans le monde diminue considérablement, passant de 21% en 1800 à 8% vers 2050. Une majorité de pays sont d’ores et déjà en décroissance.

Mais l’Europe a peuplé les Amériques : la seule Amérique du Nord est passée de 6 millions d’habitants en 1800 à 330 millions actuellement. Là aussi, après cette très forte croissance, la population plafonne.

La population asiatique a cru rapidement dans un premier temps, et régresse aujourd’hui.

Actuellement, seule la population de l’Afrique subsaharienne continue d’augmenter rapidement.

Pourquoi ces démographies à vitesse variable ?

Plusieurs facteurs expliquent ces évolutions contradictoires de la population.

La hausse initiale des populations vient du progrès médical. La norme était de huit enfants par femme, dont cinq à six mouraient, ce qui entraînait la stabilité ou légère croissance de la population, légère croissance régulièrement sabrée par des épidémies.

Dès que les enfants meurent moins, la population se met à augmenter rapidement, jusqu’à ce que jouent les facteurs de baisse dont nous parlerons plus bas.

Dans les pays du Sud, la colonisation et « la première mondialisation », autour de l’année 1900, ont transmis progressivement une partie de ce progrès médical à l’Amérique latine, à l’Asie et à l’Afrique. Et leur population s’est mise à croître rapidement, grossièrement 100 ans après l’accroissement de celle de l’Europe. Mais cette croissance connait aujourd’hui à son tour un ralentissement et se transforme en recul en Asie orientale.

En Afrique, la croissance a été également une conséquence de l’abolition de l’esclavage par la colonisation, qui a arrêté la traite arabe et les guerres tribales.

Quant au ralentissement démographique, voire la baisse actuelle de la population dans de nombreux pays, elle vient à mon avis de deux facteurs.

Le premier est l’urbanisation, avec l’augmentation du coût des enfants qui ne peuvent plus aider « aux champs », nécessitent des logements coûteux et doivent être scolarisés.

S’y ajoute le fait que la survie des vieux ne dépend plus du nombre de leurs propres enfants avec l’apparition des retraites dans la plupart des pays, sauf en Afrique. Plus exactement, le montant des retraites est déterminé par le nombre d’enfants des autres. On peut donc réduire le nombre des siens, même si globalement ça mène à une impasse.

Ces deux facteurs de baisse de la population sont accentués par la généralisation des moyens de contraception.

En résumé, aujourd’hui, la population ne croit pas de manière exponentielle comme le prédisait Malthus mais, à l’inverse, décroît dans de nombreux pays.

Maintenant, voyons les ressources. Il faut distinguer la production agricole qui se renouvelle en gros tous les ans, et la production minière.

Deuxième démenti à Malthus : l’essor de la production agricole

De son côté, la production agricole s’est considérablement accrue suite à la révolution technique débutée au XVIIe siècle en Europe de l’Ouest, avec l’adoption de nouvelles techniques et l’importation de cultures du Nouveau Monde comme la pomme de terre et le maïs.

Ces innovations permettent l’utilisation efficace de sols mal drainés et améliorent la productivité́ des cultures existantes. Ainsi, à partir de 1850 et jusqu’en 1910, le rendement du blé croit fortement du fait de la sélection des semences, du machinisme, et des engrais chimiques.

Plus près de nous, après la Seconde Guerre mondiale, a eu lieu la « révolution verte ».

Ce fut l’introduction de nouvelles variétés de semences à haut rendement, notamment du maïs, du blé et du riz. La production mondiale de nourriture a bondi au Nord comme au Sud et bouleversé les industries en aval. (Cf. Les trois révolutions agricoles du monde développé : rendements et productivité de 1800 à 1985, Paul Bairoch, Revue Persée)

Cette « révolution verte » est maintenant critiquée, notamment du fait de sa consommation d’eau et de produits chimiques. Mais les techniques peuvent changer maintenant que les populations commencent à décroître.

La question des ressources non renouvelables

Le malthusianisme postule que la croissance démographique déclenche la pénurie non seulement agricole, mais également énergétique et minérale.

L’histoire montre pourtant que chaque fois qu’une pénurie est survenue, les hommes ont trouvé une solution de substitution par la découverte de ressources supplémentaires ou le progrès de la science et de ses applications.

Ce point est développé dans un chapitre de mon livre Le mythe du fossé Nord-Sud, dont voici un extrait résumé :

Dans la seconde moitié du XIXe siècle les forêts nécessaires à la métallurgie avaient pratiquement disparu, mais entre-temps on s’était mis à utiliser le charbon. Lors des guerres napoléoniennes, en raison du blocus anglais, le sucre de canne n’arrivait plus. On inventa le sucre de betterave. Dans les années 1830, la pénurie des graisses animales utilisées pour la fabrication du savon et des bougies a entraîné l’usage des huiles végétales, ainsi que l’éclairage au gaz, au pétrole puis à l’électricité.

On nous dit également que les réserves mondiales des minéraux et de certains combustibles sont limitées. Concrètement cela signifie que si un métal vaut aujourd’hui 15 euros par tonne, on a identifié 10 ans de réserves à ce prix. Si le prix passait à 30 euros, on se mettrait à rechercher des sols plus pauvres où l’extraction de ce minéral coûterait par exemple 25 euros et deviendrait donc rentable. Donc, on ouvrirait de nouvelles mines et il y aurait peut-être alors 40 ans de réserves. La notion de réserve est donc très élastique.

Le problème actuel n’est plus la croissance de la population mais son vieillissement

Dans le monde entier, la fécondité baisse, mais le résultat ne se remarque que des décennies plus tard, lorsque les générations creuses arrivent à l’âge actif. Il n’y a alors plus assez de jeunes pour produire des biens et des services pour tous, et en particulier pour entretenir les vieux.

Et quand les générations moins nombreuses atteignent l’âge de la maternité alors que le nombre de vieux s’est multiplié, il est trop tard !

Comment la démographie bouleverse le monde

Dans la majorité du monde, la population diminue « hors immigration ». Je précise ce point, car l’immigration ne change pas le nombre total d’habitants de la planète.

Cette diminution touche notamment la Chine, le Japon et les États-Unis. Et si, en Inde, la population augmente encore, c’est uniquement par le haut de la pyramide des âges.

Et n’oublions pas que ces générations creuses doivent supporter un nombre disproportionné de « vieux », nés à l’époque où les générations étaient plus importantes.

Par exemple, l’Allemagne ne tient que grâce à un afflux d’immigrés (Russes d’origine allemande, Italiens, citoyens de l’Europe de l’Est et des Balkans), ce qui ne fait qu’aggraver la situation démographique déjà catastrophique de ces pays.

L’Europe est globalement dans la même situation, même si certains pays comme la France ou la Grande-Bretagne se portent moins mal.

L’Europe s’efface : le défi démographique européen

 

Et l’Afrique subsaharienne ?

Certes, l’augmentation de la population y est encore très rapide :  même en baisse, la fécondité venant de 7 à 8 enfants par femme est encore actuellement de 4 à 6, ce qui va considérablement augmenter le poids démographique de l’Afrique dans le monde.

Mais cette baisse de la fécondité combinée à l’amélioration sanitaire fait que ce sous-continent n’échappera pas au vieillissement.

Par ailleurs, il y a énormément de terres non cultivées en Afrique, et celles qui le sont ont des rendements très faibles, qui pourraient augmenter rapidement.

En fait, le problème africain est un problème de gouvernance et non un problème de manque de terres cultivables. C’est d’ailleurs une des raisons de la ruée de la Chine et d’autres pays sur les terres africaines.

Pourquoi Malthus a-t-il été démenti, du moins jusqu’à présent ?

La catastrophe que voyait venir Malthus pour l’Angleterre n’a pas eu lieu. Sa population a été multipliée par plus de 4, et la population mondiale par 7. Le monde s’est énormément peuplé, sans famines, à l’exception des famines politiques causées par des gouvernements, comme en Ukraine sous Staline ou en Chine sous Mao.

Pourquoi ? Parce que la production agricole a augmenté plus vite que la population, et que cette dernière augmente aujourd’hui moins vite ou diminue.

Finalement « la surpopulation » est une notion vague et imprécise. Il faut à chaque fois préciser de quoi on parle et quel est le problème à résoudre. Et ces problèmes ne manquent pas : disponibilité et qualité de l’eau, réserves minières, pollution, etc.

Jusqu’à présent, on a trouvé des solutions techniques pour éviter les pénuries de ressources non renouvelables. Et les nouvelles complications que l’on voit apparaître, par exemple concernant les composants des batteries, souvent rares ou polluants, donnent déjà lieu à des pistes de recherche intéressantes.

Reste à ne pas aggraver les problèmes actuels par des paniques injustifiées, par exemple celle des Allemands à propos du nucléaire, qui a multiplié les émissions de carbone et a mis ce pays dans les bras de la Russie.

La panique la plus grave serait que les gens « du Nord », affolés par la perspective de pénurie et par la croissance de la population subsaharienne, réduisent fortement leur fécondité, déjà basse. Tant mieux, diront certains écologistes, mais ont-ils pensé que c’est priver leurs parents et grands-parents de nourriture et de soins ? Ainsi qu’une grande partie des Africains, comme l’affaire de l’Ukraine l’illustre aujourd’hui.

Ce ne seront pas les ressources qui vont manquer, mais le nombre d’adultes pour les exploiter et en faire bénéficier tout le monde !

Cet article a été initialement publié sur le site d’Yves Montenay.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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