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À la découverte de l’erhu, la vièle chinoise à deux cordes

24 mars 2016

La scène se passe dans une fraîche forêt d’automne, au nord de New York. Une musique de velours rompt le silence des lieux et s’élève jusqu’au ciel. À mesure que l’archet progresse entre les deux cordes de l’erhu, Xiaochun Qi délivre des sons d’une richesse sans pareille. Dans ses mains habiles, les anciennes sonorités traditionnelles chinoises reprennent vie.

Cela fait maintenant dix ans que la musicienne joue dans la compagnie Shen Yun Performing Arts. Sa capacité à maîtriser son instrument lui a valu de nombreuses acclamations, de New York à Sydney, en passant par Paris et Tokyo.

Shen Yun est une compagnie de danse classique et d’arts du spectacle basée à New York. Parmi les numéros proposés par la compagnie, on trouve de la danse classique et folklorique, également des chants lyriques et des musiques solistes dont des pièces pour erhu.

Héritière du « cœur et de l’âme des arts chinois » 

Xiaochun a grandi dans une agglomération au sud de la Chine. Tout au long de son enfance, elle a pratiqué son instrument à l’extérieur afin d’éviter de déranger les voisins. Son éducation singulière lui permet aujourd’hui de jouer sans trac, ce qui est rare, même pour les musiciens vétérans.

Le père de Xiaochun était également un joueur d’erhu. Il l’a incitée à maîtriser cet instrument dès l’âge de 6 ans. Chaque soir, il l’entraînait, qu’il pleuve ou qu’il neige. Xiaochun raconte qu’à l’époque, elle le voyait comme « le père le plus cruel au monde ». Jusqu’à ce qu’elle commence à comprendre son amour profond pour la musique et la « passion maîtrisée » qui sous-tendait cet amour.

« Quand nous répétions, nous étions souvent entourés par une foule de gens, qui nous regardaient et nous écoutaient attentivement pendant des heures, balançant la tête et battant du pied en suivant le tempo. Je comprends maintenant pourquoi mon père faisait tant d’efforts pour m’apprendre à devenir une artiste d’erhu – il voulait que j’hérite du cœur et de l’âme des arts chinois et que j’utilise la musique pour créer l’espoir, la joie et la force intérieure. C’était un père remarquable», confie-t-elle.

Qi Xiaochun dit que l’antique culture chinoise prônait l’harmonie entre le ciel et la terre et le respect pour la vie et la nature – des valeurs qui se reflètent dans les numéros de la compagnie Shen Yun Performing Arts. Elle voit son travail comme un hommage aux Chinois qui partagent les mêmes passions que son père.

« Je suis sur scène aujourd’hui parce que mon père s’était dévoué à ce qu’il considérait comme la mission de sa vie : préserver l’essence et la beauté de la culture traditionnelle chinoise pour les générations à venir », se souvient-elle.

Élever et purifier l’âme

L’erhu peut véhiculer une grande palette d’émotion : la tristesse profonde, la joie, la colère, et jusqu’au sentiment de comprendre le sens profond d’une vie. Il peut reproduire aussi bien le gazouillement des oiseaux que le hennissement des chevaux, et peut imiter la voix humaine.

L’instrument a traversé 4000 ans d’histoire. Dans la Chine ancienne, la croyance populaire soutenait que le son pouvait influencer et harmoniser l’univers. Les joueurs d’erhu ne se produisaient pas uniquement pour divertir, mais également pour élever l’état d’esprit de leur public, et lui permettre de purifier ses pensées.

La musique de Shen Yun peut avoir un effet purificateur sur le public parce qu’elle possède une énergie particulière.

— Xiaochun Qi

L’instrument s’est également imprégné des caractéristiques des différents groupes ethniques et peut ainsi les représenter à souhait, à travers ses différentes techniques de jeu : de la vie simple des filles porteuses d’eau en Chine rurale, à l’élégance royale des filles aristocrates mandchoues, l’erhu peut canaliser le sentiment de la vie quotidienne sous l’influence des milieux et des traditions locales.

Qi Xiaochun, musicienne soliste d'erhu. (Samira Baouaou/Epoch Times)
Qi Xiaochun, musicienne soliste d’erhu. (Samira Baouaou/Epoch Times)

L’erhu, parfois comparé à tort au « violon », en est bien différent. Tenu verticalement, et non horizontalement, il repose sur la cuisse du musicien assis. Il est fait d’un bois dense, tel que le bois de rose ou d’ébène. Il est constitué d’une petite caisse de résonance recouverte de peau de serpent – traditionnellement du python – et d’un long manche, sans touches, légèrement recourbé à son extrémité. Les deux cordes en métal ont remplacé les cordes traditionnellement en soie. L’archet, fait de bambou et de crin blanc de cheval, a la particularité d’être imbriqué entre les deux cordes de l’instrument.

Les mélodies de l’orchestre symphonique de Shen Yun font appel aussi bien à des instruments occidentaux qu’orientaux. Les instruments chinois, tels que le pipa (sorte de luth chinois) ou l’erhu, sont à la première place, accompagnés et harmonisés par des percussions, cuivres, bois et instruments à cordes occidentaux.

Cependant, parmi tous les instruments de l’orchestre Shen Yun, qu’ils soient orientaux ou occidentaux, l’erhu est considéré comme le plus proche de l’être humain, dans sa capacité à exprimer et communiquer les émotions.

« Une source immense d’inspiration ! » 

Shen Yun est composée de quatre compagnies distinctes. Durant cinq mois, ses artistes parcourent le monde et jouent dans une centaine de villes. Que ce soit au Lincoln Center à New York, ou plus  récemment au Grand Théâtre d’Aix-en-Provence, de nombreux spectateurs ont été transportés par la beauté envoûtante des musiques d’erhu présentées par les solistes virtuoses de la compagnie.

Charles de Long, ténor célèbre pour ses prestations en Europe et en Afrique du Sud dans les années 1970, a assisté pour la deuxième fois à la représentation de Shen Yun donnée à Melbourne, le mois dernier. La prestation de Lu Sung, soliste d’erhu de la compagnie européenne, l’a impressionné.

« J’ai tant de respect pour ce tout petit instrument et le son qu’il peut produire. C’est extraordinaire ! C’est une merveille ! », a-t-il indiqué, ajoutant « Le legato de cet instrument est magnifique, le son d’une note se fond dans l’autre ».

Bogdan Zvoristeanu, premier violon de l’orchestre de la Suisse Romande depuis 2002, avait assisté au spectacle donné au Bâtiment des Forces motrices à Genève. Il ne tarit pas d’éloges sur la performance musicale de la compagnie. À propos de l’erhu, il déclare : « Les cordes sont plus molles, pas aussi dures que celles du violon. Ce qui donne justement ces émotions, beaucoup plus sensibles, c’est une sensualité plus développée, toutes ces émotions sont beaucoup plus fluides. Cela passe beaucoup plus facilement au profond de nous-mêmes. »

Selon lui, la musique de Shen Yun « s’adresse à l’intérieur, cela vient du cœur et cela s’adresse au cœur, cela passe par l’esprit et cela reste ancré, c’est une source immense d’inspiration ! Pas seulement pour les artistes mais pour le monde du quotidien ! »

Spiritualité

Qi Xiaochun pratique le Falun Gong, une pratique de méditation traditionnelle se basant sur des principes de vérité, compassion, tolérance. En effectuant des exercices de ce Qi Gong chinois, elle affirme avoir réussi à atteindre un état de paix intérieure, et à se débarrasser des peurs et l’anxiété de sa vie.

« Depuis que j’ai commencé à pratiquer le Falun Dafa, j’ai appris à cesser de me préoccuper de ce que les gens pensent de ce que je joue », a t-elle dit en chinois. « N’étant plus préoccupée par ces pensées fatigantes, j’ai maintenant plus d’énergie pour me concentrer sur ce que je joue », continue-t-elle.

D’après Xiaochun, Shen Yun pourrait jouer un rôle similaire à celui des anciens célèbres musiciens chinois, qui par leur spiritualité et la recherche d’une plus haute vertu, avaient l’oreille des empereurs et de la cour impériale. « La musique de Shen Yun peut avoir un effet purificateur sur le public parce qu’elle possède une énergie particulière ».