Les athlètes olympiques confrontés à des « menaces multidimensionnelles » sous la surveillance numérique de la Chine

Par Rita Li et David Zhang
1 février 2022 12:38 Mis à jour: 2 février 2022 16:20

Un ancien haut responsable du renseignement américain met en garde les athlètes olympiques contre des « menaces multidimensionnelles » à l’approche des Jeux d’hiver de 2022 à Pékin, notamment de la surveillance numérique potentielle.

« Prenez un téléphone épuré », conseille Nicholas Eftimiades, haut responsable du renseignement américain à la retraite, dans une interview accordée au programme China Insider d’EpochTV. « Ne mettez aucun mot de passe dedans ; ne vous connectez pas à des comptes qui nécessitent des mots de passe spécifiques via le téléphone. (…) Vos appareils de communication, et si vous prenez de nouveaux ordinateurs portables, faites‑les nettoyer par un professionnel à votre retour », recommande-t-il aux athlètes.

« Comprenez bien, quelle que soit l’information que vous mettez dans un téléphone, le gouvernement chinois peut la recueillir et la recueillera très probablement », prévient M. Eftimiades, soulignant les inquiétudes à court et à long terme.

Au cours de ses 34 années de service pour le gouvernement, M. Eftimiades a travaillé comme agent spécial de la Central Intelligence Agency (CIA) et comme officier supérieur de la Defense Intelligence Agency (DIA). Il est connu pour son livre de 1994 intitulé « Chinese Intelligence Operations » [Les opérations chinoises de renseignements].

« Les athlètes qui se rendent en Chine cette fois‑ci ont de multiples inquiétudes, la première étant leur vie privée », affirme M. Eftimiades. Son message intervient alors que divers pays, dont les États‑Unis, encouragent les athlètes à prendre des téléphones jetables, c’est‑à‑dire des appareils qu’ils n’ont pas l’intention de conserver une fois rentrés chez eux.

La Chine est le premier régime autoritaire numérique au monde, rappelle M. Eftimiades, ajoutant que son système de surveillance étatique est « sans égal ». « Ce n’est qu’une broutille de surveiller les milliers de personnes qui viennent aux Jeux olympiques alors qu’ils en surveillent des centaines de millions au quotidien. »

Pékin s’est engagé à fournir aux Olympiens un accès à Internet au‑delà du grand pare‑feu sur les sites officiels et dans les hôtels, a confirmé le Comité international olympique à Voice of America. Pendant leur séjour, environ 2 700 athlètes étrangers pourront utiliser Facebook, Twitter, Google, YouTube et des sites d’information étrangers interdits en Chine.

Pourtant, des craintes existent en matière de cybersécurité, car l’accès à Internet sera probablement surveillé, a prévenu le spécialiste.

Récemment, le chercheur américain Jonathan Scott a découvert des failles dans l’application des Jeux olympiques de Pékin 2022 qui, selon lui, permettent à l’application d’espionner les utilisateurs. L’algorithme de l’application a été développé par iFlytek Co, une entreprise technologique chinoise figurant sur la liste noire des entités chinoises qui représentent un danger pour la sécurité nationale des États‑Unis. Par ailleurs, iFlytek Co travaille en étroite collaboration avec le ministère chinois de la Sécurité publique et est connue pour ses liens avec les violations des droits de l’homme commises par Pékin dans la région du Xinjiang, à l’extrême ouest du pays.

L’application écoute tous les fichiers audio et détecte les mots jugés sensibles par Pékin avant de collecter les données et de les envoyer à des serveurs en Chine pour analyse, selon Jonathan Scott. Le Citizen Lab, un institut de recherche de l’Université de Toronto, a également découvert que l’application avait la capacité de censurer 2 442 mots considérés comme « politiquement sensibles », selon son analyse criminalistique numérique du 18 janvier.

« Lorsque cela a été signalé au gouvernement chinois début décembre, ils n’ont obtenu aucune réponses à ces failles », fait observer Nicholas Eftimiades. « Lorsque l’application a été mise à jour à la mi‑janvier, elle n’incluait aucune correction. »

« Il est assez évident à ce stade que si le gouvernement chinois était un tant soit peu préoccupé par la sécurité et la vie privée des athlètes, il aurait corrigé ces défauts », ajoute‑t‑il.

En définitive, à peine est-il question de la Chine et de l’électronique, des préoccupations à long terme surgissent. Elles sont liées, dans le cas présent, à la façon dont le pays collectera les données des athlètes, explique M. Eftimiades, surtout au moment où certains participants seront ciblés.

« Ne connaissent‑ils pas directement les conditions des athlètes ? Cela va‑t‑il avoir un impact sur les performances de la Chine aux Jeux olympiques et sur les décisions qu’elle prend ? »

« S’ils trouvent que c’est à leur avantage de discréditer un athlète pour embarrasser un pays ou un athlète au niveau mondial, ils saisiront clairement cette opportunité pour le faire. Donc [il y a] des menaces multidimensionnelles, des préoccupations multidimensionnelles. »

Le Comité d’organisation des Jeux olympiques de Pékin a déclaré au média d’État Xinhua News que toutes ses actions seront « strictement conformes » aux lois en vigueur en Chine.

« On ne peut pas faire confiance à la Chine – pas sur des questions comme celle‑ci où il existe une image nationale et des menaces potentielles pour le Parti communiste chinois », conclut M. Eftimiades. « C’est la ligne rouge pour la Chine. »

Les Jeux de Pékin de 2022 doivent se dérouler du 4 au 20 février. Les diplomates des États‑Unis, Australie, Canada, Royaume‑Uni, Lituanie et Taïwan n’y participeront pas.

Au moment de la mise sous presse, iFlytek n’a pas répondu à une demande de commentaires.

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