Au Yémen, la résilience inattendue des rebelles

Contre toute attente, les rebelles Houthis au Yémen tiennent tête depuis près de quatre ans à une puissante coalition militaire menée par l’Arabie saoudite en s’appuyant sur des alliances tribales, un arsenal militaire et leur propre expérience guerrière. Ces rebelles sont soutenus par l’Iran, le grand rival chiite de l’Arabie saoudite sunnite au Moyen-Orient.  Des consultations ont commencé jeudi en Suède entre les Houthis et le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi sous l’égide de l’ONU.

Les rebelles sont appelés Houthis en référence à leur chef historique Badr Eddine al-Houthi et son fils Hussein, tué par les forces yéménites en 2004. Ils recrutent parmi les adeptes du zaïdisme, une version du chiisme proche du sunnisme. Ces rebelles forment un mouvement appelé « Ansarullah », qui a succédé au Mouvement des jeunes de la foi (Harakat Chabab al-Moumen) né en 1992 pour protester contre la discrimination exercée, selon lui, contre les zaïdites qui représentent 30% de la population yéménite.

Les Houthis ont noué de solides relations avec des tribus sunnites hostiles à la confédération tribale des Hached, puissante dans le Nord et qui a fourni au pays ses principaux dirigeants politiques jusqu’aux années 2010. Ils ont pu améliorer leur image en participant à la contestation contre l’ex-président Ali Abdallah Saleh en 2011. « Ce qui aide les Houthis est leur collaboration avec les tribus », souligne l’analyste Aleksandar Mitreski. « C’est une société fragmentée sur le plan tribal, et les rebelles en tirent parti. Le soutien tribal joue un rôle important dans ce conflit ».

En juillet 2014, les Houthis lancent à partir de leur fief du Nord une offensive qui leur permet de s’emparer de vastes territoires et de prendre en janvier 2015 le contrôle total de la capitale Sanaa. La coalition militaire intervient en mars 2015 pour aider le pouvoir à stopper leur progression.

Les tribus yéménites sont traditionnellement bien armées. Les rebelles ont pu compter en plus sur l’énorme arsenal pris à l’armée, y compris des chars et des missiles balistiques dont des dizaines ont été tirés sur l’Arabie saoudite. « 90% de l’armement des Houthis provient des stocks de l’armée qu’ils ont pris après leur entrée à Sanaa en septembre 2014 », a affirmé le général Abdou Majli, un porte-parole des forces du gouvernement reconnu par la communauté internationale.

Le pillage des stocks a eu lieu avec « la complicité de chefs militaires fidèles à Saleh, qui ont remis des camps entiers aux Houthis », a-t-il dit à l’AFP. L’aviation de la coalition a détruit de nombreux dépôts d’armes mais les rebelles ont pu en « retirer d’importantes quantités d’armes et les cacher dans des caves et caches à Saada (leur fief du nord) et à Omrane », au nord de Sanaa, a-t-il ajouté. Les Houthis ont par ailleurs planté d’énormes quantités de mines autour des zones sous leur contrôle. Parmi elles, le périmètre de la ville portuaire de Hodeida (ouest), essentielle pour l’acheminement de l’aide alimentaire.

L’Arabie saoudite et son allié américain accusent l’Iran de fournir un soutien militaire aux Houthis, dont des composants pour missiles. L’Iran admet soutenir les Houthis mais dément leur fournir des armes. L’Iran dénonce régulièrement l’intervention de la coalition à l’initiative du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. D’après la coalition, des conseillers militaires du Hezbollah ont été tués au Yémen, ce qui accrédite selon elle la thèse de l’implication du mouvement chiite libanais pro-iranien dans le conflit. Le Hezbollah dément.

Un ex-général de l’aviation de guerre yéménite, Jamal Mamari, a affirmé que des experts et des armes iraniens avaient été acheminés par avion au Yémen début 2015. Les Houthis ont combattu l’armée yéménite à six reprises entre 2004 et 2010. Ils sont entrés en conflit avec l’Arabie saoudite en 2009/2010, effectuant une incursion en territoire saoudien. La coalition n’a pas réussi à remporter une victoire claire contre les Houthis malgré la maîtrise du ciel et une formidable puissance de feu.

L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, un autre pilier de la coalition, ont perdu des dizaines de soldats dans la guerre. La coalition a « sous-estimé la résilience des Houthis », selon un récent rapport du centre de réflexion l’International Crisis Group.

« Il y a un consensus parmi les responsables de la coalition, les responsables occidentaux et les analystes pour dire que les Houthis sont ingénieux, engagés, expérimentés et impitoyables, et que les combattants de base sont susceptibles de se battre jusqu’au dernier homme s’ils sont appelés à le faire », écrit le centre d’analyse.

D.C avec AFP

 
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