La Corée du Nord et la Chine poussent les Américains à produire plus de missiles

Richard D. Fisher

Après l’échec du récent sommet États-UnisCorée du Nord à Hanoï, il est crucial que Washington renforce sa présence stratégique en Asie en déployant un nouveau contingent de missiles balistiques et de croisière afin de dissuader le chantage et prévenir l’agression nucléaire nord-coréenne et chinoise.

Donald Trump mérite d’être félicité pour avoir quitté ce sommet parce que le dictateur nord-coréen Kim Jong Un, tout comme son père Kim Jong Il, n’était pas prêt à vraiment renoncer à ses missiles nucléaires.

Trump a utilisé ses capacités personnelles et son statut de président des États-Unis comme aucun de ses prédécesseurs. Il a clairement offert un choix crucial à Kim Jong Un : s’il renonce à ses armes nucléaires et à ses missiles, les Américains pourront l’aider à suivre l’exemple du succès du Vietnam, pays hôte du sommet, qui reste toujours un régime communiste mais qui est beaucoup plus prospère que la Corée du Nord.

La conduite au sommet du président américain contraste nettement avec l’envoi, en octobre 2000, par l’ancien président Bill Clinton de sa secrétaire d’État Madeline Albright en visite officielle en Corée du Nord. Cette visite de haut niveau s’est avérée être l’occasion de la promotion personnelle pour Kim Jong Il et un désastre pour le prestige des États-Unis.

Trump a gardé son sang-froid. Il s’est séparé amicalement de Kim dans l’espoir de préserver les gains limités de la suspension des essais des armes nucléaires et des missiles qu’il avait déjà obtenus de ce dernier. Cependant, aujourd’hui, après que Kim a largement contribué au démantèlement de l’alliance américano-sud-coréenne qui dissuadait Pyongyang, on pourrait s’attendre à ce qu’il reprenne les mesures de pression, comme les essais de ses missiles qui sont toujours en plein développement.

La mise au point des missiles

Il ne serait donc pas surprenant que les futurs essais du missile balistique intercontinental (ICBM) Hwasong-15 d’une portée de 13 000 km puissent démontrer qu’ils peuvent porter des ogives nucléaires multiples. Le Pakistan, partenaire de Pyongyang en matière de missiles, aurait déjà pu lui transférer de multiples technologies d’ogives qu’il avait testées, en janvier 2017, sur son propre missile balistique à moyenne portée Ababeel.

Kim a probablement maintenu la production de son ICBM Hwasong-14 d’une portée de 10 000 km et de son missile balistique à portée intermédiaire (IRBM) Hwasong-10 d’une portée de 4 000 km. Ce dernier menace le Japon et pourrait atteindre les forces armées américaines disloquées sur l’île de Guam.

Il s’agit de missiles à combustible liquide qui nécessitent des lanceurs-transporteurs (TEL) sophistiqués ou de nombreux camions à roues, afin de les déplacer rapidement et mettre en position de lancement sans endommager leurs composants sensibles. Les puissants TEL à 16 et 18 roues de la Corée du Nord sont fabriqués par Sanjiang Space Group, une succursale de la société chinoise China Aerospace Science and Industry Corp. (CASIC).

Selon la presse japonaise, les services de renseignements américains surveillent le transfert des TEL de CASIC en Corée du Nord depuis l’été 2011. L’échec de Washington à sanctionner le CASIC n’a fait qu’enhardir la Chine : en 2013, la Chine a permis à sa Sinotruk Corp. de créer en Corée du Nord une coentreprise qui fabrique pour ce régime des TEL installés sur la base des camions.

Les TEL fabriqués à partir de pièces de Sinotruk conviendraient mieux à la production prévue par la Corée du Nord d’IRBM et d’ICBM à combustibles solides qui sont relativement moins sensibles. Lors de son défilé militaire d’avril 2017, le régime nord-coréen a déjà présenté l’un de ses camions CASIC portant un grand tube correspondant à un ICBM à combustible solide.

La Chine a nié à plusieurs reprises qu’elle avait aidé la Corée du Nord dans le développement de missiles et elle ne montre aucune envie de reprendre ses TEL. Récemment, il a été également suggéré que la Chine pourrait « garder » les missiles de la Corée du Nord comme une étape vers un règlement plus large, ce qui, bien que comportant des risques, ne fait que souligner la coopération entre Pékin et Pyongyang en matière de missiles. Le moment est peut-être venu de sanctionner CASIC et Sinotruk et de demander à la Chine de reprendre ses camions transporteurs de missiles.

La pression américaine

Compte tenu des dangers de la guerre, la politique de Trump visant à engager Kim dans un désarmement nucléaire rapide représentait un risque diplomatique nécessaire à prendre. Cependant, tout en restant engagé dans les négociations, il est nécessaire de trouver des moyens supplémentaires pour faire pression sur Kim afin qu’il fasse de vraies concessions.

Le moyen le plus efficace d’exercer de telles pressions serait peut-être d’utiliser le retrait des États-Unis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire conclu en 1987 avec la Russie dans le but de rétablir les missiles nucléaires tactiques américains et de déployer de nouvelles capacités de défense antimissile. Les États-Unis devraient maintenant accélérer le développement et la production de nouveaux missiles balistiques et de croisière à moyenne portée et de nouveaux missiles à portée intermédiaire.

La marine américaine devrait revenir sur la décision prise en 2010 par l’administration Obama de démanteler ses missiles de croisière tactiques à ogive nucléaire Tomahawk installés sur les sous-marins, afin de rétablir cette arme le plus rapidement possible.

Les programmes de l’armée américaine visant à mettre au point de nouveaux missiles balistiques terrestres devraient être accélérés, tandis que les programmes destinés à armer les missiles de l’armée de l’air et de la marine américaines avec des ogives hypersoniques à manœuvre devraient également être accélérés.

En même temps, les programmes de défense antimissile qui mettraient au point des versions à plus longue portée des intercepteurs de missiles du système de défense antimissile THAAD (Theater High Altitude Area Defense) et les programmes visant à neutraliser les missiles à multiples ogives ont besoin d’un financement plus important.

La défense antimissile a besoin également d’une formation rapide de la division Space Force de l’armée de l’air américaine afin de mieux défendre les nombreux satellites nécessaires pour les opérations défensives et offensives de missiles.

Le soutien des alliés

Le refus de Pyongyang de démanteler ses armes nucléaires et ses missiles devrait également inciter Washington à s’adresser à ses alliés en Corée du Sud, au Japon et en Australie et leur proposer de développer leurs capacités de missiles offensifs et défensifs qui pourraient à la fois dissuader et défendre contre l’agression nord-coréenne et chinoise.

La même offre devrait être faite à Taïwan, qui fait face à la menace croissante d’invasion par le régime chinois, ainsi qu’à des milliers de ses missiles balistiques et de croisière qui ciblent la démocratie installée sur cette île. En cas de nouvelle guerre de Corée, de nouveaux missiles taïwanais pourraient dissuader la Chine de la tentation de déclencher des hostilités contre Taïwan.

Une plus grande force de missiles offensives et défensives des États-Unis et de leurs alliés dissuadera davantage l’agression de la part de la Corée du Nord et de la Chine et incitera ces deux régimes à être plus intéressés à réduire d’une manière vérifiable leurs propres missiles.

Richard D. Fisher Jr. est l’analyste principal de International Assessment and Strategy Center et l’auteur du livre China’s Military Modernization: Building for Regional and Global Reach.

Le point de vue exprimé dans cet article est celui de son auteur et ne reflète pas nécessairement celui d’Epoch Times.

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