Les côtés positifs de la peur

Il existe des avantages inattendus lorsque nous savons utiliser notre peur
Par Jennifer Margulis
25 février 2022 23:52 Mis à jour: 26 février 2022 11:15

La peur peut nous empêcher de mener la vie que nous voulons, surtout en ce moment dans un monde saturé d’éléments anxiogènes. Heureusement, il existe d’excellentes méthodes pour dépasser sa capacité à nous paralyser. Ce sont les méthodes qu’a suivies Franck.

Franck était effrayé par la simple idée d’aborder une femme. Franck est un « bon gars qui sait se retrousser les manches pour tout réparer » mais dont la femme a divorcé il y a deux ans.

D’âge moyen, il souhaitait de nouveau avoir une vie de couple. En fait, il espérait se remarier. Mais il ne savait pas comment surmonter sa peur. Il a donc téléphoné à une thérapeute de sa connaissance en qui il avait confiance pour surmonter son angoisse.

Cette thérapeute, c’est le Dr Harriet Lerner, une psychologue clinicienne. Elle raconte l’histoire de Franck dans son ouvrage intitulé : « La danse de la peur : s’élever au‑dessus de l’anxiété, de la peur et de la honte pour devenir la version la plus efficace et la plus courageuse de soi‑même », un livre publié en 2004, aussi pertinent aujourd’hui qu’il l’était à sa sortie. À l’époque, le Dr Lerner venait de participer à un séminaire sur la peur animé par une thérapeute nommée Cloé Madanes. Inspirée par ce séminaire, Harriet Lerner a eu une idée originale pour Franck, s’il était prêt à l’essayer.

Pour commencer, le Dr Lerner devait faire savoir à Franck que son vrai problème n’était pas celui qu’il croyait. Son vrai problème, c’était qu’il n’avait pas assez d’expérience en matière de rejet. Elle lui a donc confié une mission : se faire rejeter 75 fois en une seule journée.

Vous cherchez à vous faire rejeter ?

Soixante‑quinze rejets en un jour ? Pourquoi quelqu’un voudrait‑il se soumettre à autant de misère et d’humiliation ? Mais Franck est le genre de personne qui apprécie les défis. Très motivé pour aller de l’avant dans sa vie malgré son divorce, il a donc accepté.

Franck a dû élaborer un scénario pour approcher les femmes sans être menaçant. Il a donc décidé de les aborder en leur disant : « Je m’appelle Franck. J’espère que vous ne pensez pas que je suis trop direct, mais seriez‑vous prête à prendre un café avec moi ? » Avec l’aide du Dr Lerner, il a mis au point une approche prudente et polie afin de ne pas non plus avoir l’air d’être grossier.

L’idée folle a fonctionné. Le but de Franck était de sentir souffler le vent, bien sûr, et non d’obtenir un rendez‑vous. Mais, à sa grande surprise, même si la plupart des femmes qu’il abordait refusaient d’aller boire un café avec lui, certaines en étaient ravies. La première leçon de Franck fut donc qu’il n’est pas si facile de se faire rejeter systématiquement.

En définitive, au cours de l’expérience, la peur extrême de Franck s’est vite estompée. Et le voilà en train de sortir son téléphone pour appeler une collègue de travail qu’il apprécie depuis longtemps. Il parvient enfin à lui proposer un rendez‑vous. Cette dernière refuse de le rencontrer, étant déjà en couple. Mais, après avoir essuyé autant de refus, un de plus ne signifie rien. Il n’est pas même désolé de l’avoir appelée. Au contraire, il était inspiré. Le Dr Lerner l’a aidé à inverser le scénario et maintenant, le voilà capable de considérer ce dernier « échec » comme un succès.

Nous avons tous peur

En particulier, maintenant, après deux ans de crise du Covid, chaque être humain sur la planète identifie en soi un sentiment de peur.

Une nouvelle étude menée par des scientifiques de l’Université d’Essex montre que le Covid‑19 a provoqué un pic d’anxiété et de dépression chez les femmes enceintes du Royaume‑Uni. Publiés dans la revue BMC Pregnancy and Childbirth, les chercheurs ont constaté que 60 % des femmes enceintes interrogées présentaient des symptômes d’anxiété.

Selon la neuvième enquête sur les liens entre la pandémie et la consommation de drogues au Canada, menée par le Centre for Addiction and Mental Health’s [Centre de toxicomanie et de santé mentale], il apparaît que les Canadiens connaissent actuellement des niveaux d’anxiété à des taux inégalés depuis mars 2020.

Bien d’autres études suggèrent que l’exaspération liée à la crise du Covid conduit de nombreuses personnes à travers le monde à éprouver des craintes, de l’épuisement, du stress.

Avant même la pandémie, les médecins psychologues du monde entier avaient constaté une augmentation de l’anxiété chez leurs patients. C’est le cas, par exemple, du Dr Stefan Topolski.

« L’anxiété affecte tous les aspects de la vie d’une personne », signale le Dr Topolski. Selon lui, l’anxiété peut provoquer ou exacerber les problèmes physiologiques. Une forte anxiété entraîne des niveaux élevés d’hormones de stress dans l’organisme, notamment le cortisol et l’adrénaline. Ces hormones de stress peuvent à leur tour affaiblir le système immunitaire :

« L’anxiété entraîne un affaiblissement du système immunitaire, ce qui signifie que les globules blancs travaillent plus lentement et plus faiblement, et que le corps ne peut pas faire face à la fièvre comme il le devrait. Cela signifie également une augmentation de la graisse placée autour de la taille, ce qui constitue un risque de maladie cardiaque, et un affaiblissement général des ligaments et des tendons. »

La nature protectrice de la peur

Nous savons que la peur est nuisible pour la santé. En même temps, nous savons que la peur est un instinct, et son rôle est de nous protéger, voire nous sauver la vie. Selon le Dr Lerner, la peur est la façon dont l’esprit nous protège de notre propre ignorance et nous garde en sécurité. Lorsque les adolescents décident de ne pas écouter leur peur, les résultats peuvent s’avérer calamiteux.

Le Dr Topolski reconnaît également que la peur peut être utile à petites doses. Le problème, c’est lorsque nous sommes bombardés de sentiments d’anxiété et de stress 24 h/24, 7 j/7 d’une manière qui compromet notre santé. C’est, d’ailleurs, ce que les médias ont fait durant la pandémie.

« Il est normal d’avoir peur », déclare le Dr Topolski. « Mais la peur ne doit se manifester que pendant de courts instants – la réaction de lutte ou de fuite – et en une heure ou deux, vous devriez retrouver votre état normal. »

Prendre sa peur en charge

La peur, comme toute autre émotion, est une information. Lorsque nous prêtons attention à nos sentiments de peur et que nous nous intéressons à ce qu’ils essaient de nous apprendre, nous pouvons en tirer de grands avantages.

Selon le Dr Lerner, l’approche audacieuse de Franck à l’égard de sa peur lui a permis de « prendre totalement en charge de son propre symptôme ». « Au lieu d’être une victime passive de sa plus grande crainte– le rejet – il a travaillé de tout son être à se faire rejeter. »

Ressentir de la peur et la surmonter peut améliorer notre vie. Voici quelques-unes des leçons à tirer de l’expérience de Franck et du livre du Dr Lerner :

Les actions comptent

Nous, les humains, apprenons en agissant. Souvent, nos pensées sont plus inquiétantes que nos expériences réelles. Lorsque nous prenons les devants et entrons dans l’action, en abordant une personne qui nous impressionne, par exemple, dans l’espoir de nouer une relation amicale ; en acceptant de nous exprimer en public, même si cette idée nous terrifie et nous donne de l’urticaire ; en essayant une nouvelle activité comme la tenue d’un journal, la peinture ou un sport que nous n’avons jamais pratiqué auparavant… bref lorsque nous nous jetons à l’eau, la vie devient plus riche et plus intéressante. Et même si nous « échouons » (quoi que cela signifie), nous récoltons le bénéfice d’avoir ressenti la peur et d’avoir essayé quand même.

Accepter ses émotions

C’est normal d’être nerveux, timide, mal à l’aise ou effrayé. Tous ces sentiments peuvent nous apprendre beaucoup de choses sur nous-mêmes. Bien qu’il puisse sembler plus facile de ne pas les ressentir, nous devenons des êtres humains mieux adaptés et plus matures lorsque nous acceptons les émotions et les traitons avec curiosité, lorsque nous nous accordons un peu de grâce.

Mais parfois, nous avons peur sans raison : nous avons peur de choses qui ne sont pas réellement menaçantes. Mais, si nous y prêtons attention à un niveau plus profond, cette peur inappropriée peut aussi être un facteur révélateur. Peut‑être qu’on essaye de nous manipuler, de nous vendre un produit dont nous ne voulons pas ou dont nous n’avons pas besoin, peut‑être sommes‑nous vulnérables à force de ne pas vouloir prendre de risques, etc.

Lorsque nous travaillons sur nous-même à un niveau plus profond, nous devenons psychologiquement plus sains. Nous pouvons mettre fin à une relation malsaine, dire « non merci » aux personnes qui essaient de nous effrayer. Nous osons prendre le risque d’être rejetés afin de récolter la récompense d’être acceptés.

Lorsque nous ressentons la peur de manière inappropriée, mais que nous prêtons attention à ce qui se passe réellement à un niveau plus profond, nous devenons psychologiquement plus stables et améliorons nos vies de manière durable.

Invitez la peur dans votre vie

Au lieu de vous en éloigner, soyez ouvert à vos peurs. Invitez‑les à entrer et apprenez d’elles. La peur n’est pas quelque chose à surmonter ou à conquérir, insiste le Dr Lerner. Elle conseille plutôt à ses patients, comme Franck, de prêter attention à leurs peurs et d’agir malgré elles.

« Si vous êtes attentif, vous découvrirez peut‑être que ce n’est pas la peur qui vous empêche de faire ce qui est courageux et vrai dans votre vie quotidienne. Le problème est plutôt l’évitement. Vous voulez vous sentir à l’aise, alors vous évitez de faire la chose qui provoquera la peur et d’autres émotions inquiétantes », explique le Dr Lerner. « L’évitement vous fera vous sentir moins vulnérable à court terme, mais ça n’atténuera pas la peur. »

La motivation compte

Si on est très motivé pour surmonter un défi, même si on ne sait pas trop comment, on trouvera un moyen. Il ne faut pas se laisser paralyser par la peur. Au contraire, il faut utiliser la peur comme une motivation pour opérer un changement positif. Même si ce changement consiste simplement à trouver l’aide dont nous avons besoin pour comprendre ce qui motive notre peur, c’est la première étape à franchir.

Pratiquer des techniques de relaxation

Si la peur entraîne une détresse physique, on peut prendre les devants et finalement améliorer sa santé. Commencer à assimiler des techniques de relaxation applicables tout au long de la journée, valables à vie. Suivre des cours de méditation ou de yoga (ou les deux). Augmenter ses activités physiques au quotidien. Cela peut être très simple. On peut, par exemple, si notre travail implique de rester assis toute la journée, se lever toutes les 20 minutes et marcher un peu sur notre lieu de travail.

Faire de l’exercice quotidiennement est également une technique de relaxation très efficace –un excellent moyen de se sentir mieux lorsqu’on est envahi par l’anxiété. À ce sujet, une étude menée par des chercheurs suédois et publiée en janvier dans le Journal of Affective Disorders a révélé que les niveaux d’anxiété des participants à un programme d’exercices en groupe de 12 semaines étaient réduits grâce à des séances d’entraînement de faible ou de forte intensité. Étant donné que l’être humain est un animal social, les exercices en groupe peuvent être particulièrement bénéfiques pour améliorer l’humeur et la condition physique.

Être reconnaissant

Lorsque tous les soucis du monde nous accablent, les spécialistes suggèrent de faire l’inventaire des bonnes choses qui nous entourent. « La gratitude est un autre élément qui peut vous aider à surmonter la peur et à retrouver la bonne direction », déclare Rick Kirschner, médecin naturopathe co‑auteur du livre « Être en contact avec des personnes que nous ne supportons pas ».

« Peut‑être faites‑vous déjà l’inventaire des bonnes choses qui vous entourent. C’est le cas pour moi, mais parfois, j’oublie. Parfois, il n’est pas facile de remarquer ces choses bénéfiques », explique le Dr Kirschner. « À ce moment‑là vous pouvez devenir optimiste. Le pessimiste pense : « Ça ne peut pas être pire. » L’optimiste pense : « Bien sûr que si ! Cela signifie qu’il y a toujours quelque chose pour laquelle on peut éprouver de la gratitude. »

Visionner des films documentaires sur des personnes qui ont trouvé du courage tout en ayant peur permet également de mieux saisir les aspects positifs de la peur.

« Dans un pays qui dispose de tant de richesses, de nourriture, de refuges, il est étrange que nous souffrions d’une anxiété égale à celle de nos ancêtres », déclare le Dr Topolski. Pour le Dr Lerner, agir avec courage et compassion face à la peur est un défi.

Nous « ne devons pas laisser l’anxiété et la honte faire taire nos voix authentiques ou nous empêcher d’agir avec clarté, compassion et courage. Dans le monde d’aujourd’hui, aucun défi n’est plus important que celui‑là », conclut‑elle.

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