Dans les coulisses des troupes de danse de l’armée chinoise

25 juillet 2016 12:42 Mis à jour: 25 septembre 2016 22:15

Pendant des décennies, l’Armée Populaire de libération (APL) a eu recours à une pléiade d’artistes dans ce qu’on appelle les « unités d’arts culturels ». Pendant que les troupes communistes acheminaient les bombes et les balles vers les champs de bataille de la guerre civile chinoise, ces brigades de propagande servaient Mao, en s’attelant à gagner les cœurs et l’esprit des masses.

Mais ce symbole, autrefois si important de l’armée du régime, a sombré dans des profondeurs graveleuses. Surnommées l’« armée du divertissement », gangrenées par la corruption, ces troupes culturelles composées exclusivement de femmes sont devenues les objets de rendez-vous galants illicites des officiers militaires et responsables du parti.

En Chine, l’APL est une institution très puissante. Et parce que les officiers militaires et les dirigeants du Parti ne sont pas soumis au regard inquisiteur de médias libres, leurs abus, y compris la maltraitance des femmes, sont des « secrets de polichinelle ». Ces faits sont largement reconnus et débattus dans la population chinoise, mais il demeure impossible d’obtenir des preuves tangibles et recevables par une institution judiciaire.

Il en résulte pour conséquence que ce fatras de relations vicieuses est connu de tous depuis des années mais les détails concrets sont souvent rares et insuffisants. Toutefois, une vétéran de l’APL a apporté un nouvel éclairage sur l’un des cas les plus médiatisés, celui d’une chanteuse de l’armée : Zuying Song, la maîtresse de l’ancien chef du Parti, Jiang Zemin.

Les révélations d’une vétéran
Pendant des années, les tabloïds de la presse chinoise à l’étranger ont largement couvert le sujet de la relation entretenue entre Jiang Zemin et Zuyin Song, une chanteuse de la troupe de chant et de danse de l’armée de la marine.

Xiao Mei (pseudonyme), vétéran d’une troupe culturelle de l’APL, a travaillé pendant 5 ans comme assistante de Song. Elle confie à Epoch Times en avoir appris bien long sur les penchants libidineux de Jiang, ainsi que de nombreux détails sur la manière dont les chanteuses et les danseuses de l’armée étaient régulièrement abusées pour satisfaire les désirs des officiers hauts-gradés.

Pour des raisons de sécurité personnelle, l’identité de cette personne ne peut être divulguée, ni ses années de service, dans la mesure ou les indiscrétions sur les dirigeants du Parti en Chine peuvent attirer des représailles.

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« Beaucoup de ces femmes membres des troupes culturelles de la marine dans la région militaire de Pékin étaient sélectionnées par Jiang Zemin lui même », a précisé Xiao Mei. « Autrement dit, les aides militaires devaient envoyer les photos des femmes au bureau de Jiang. Celles les plus à son goût étaient convoquées à sa résidence. S’il n’en avait pas assez d’une nuit, la fille restait à sa disposition autant de fois qu’il le voulait, jusqu’à ce qu’il s’en lasse. »

Xiao Mei explique ensuite comment lorsqu’elles n’étaient pas choisies par le patron lui même, ces femmes étaient réparties entre les alliés politiques de Jiang. « Ces hauts fonctionnaires … utilisaient ces femmes soldats pour satisfaire leur concupiscence » dit-elle. Même lorsqu’elles étaient issues de « bonnes familles », elles avaient peu de considération dans l’organisation militaire.

Nombre d’entre elles finissaient par quitter l’armée avec de grosses sommes d’argent en échange de leur silence, tandis que d’autres renforçaient leurs réseaux pour finalement devenir des cadres. « Si l’une d’entre elles était dans les bonnes grâces d’un fonctionnaire de haut rang pendant une longue période, elle pouvait passer de sous-lieutenant à lieutenant, voire même à lieutenant-colonel. Inutile de mentionner ce qu’elle devait faire dans les coulisses pour en arriver là », a déclaré Xiao Mei.

Derrière l’ascension d’une vedette de la chanson

La chanteuse chinoise Zuying Song lors d’une performance au Stade National de Pékin, le 29 novembre 2008. (China Photos/Getty Images)

Au sein de l’ancienne troupe de chant et de danse de la marine, Song Zuying, la supérieure de Xiao Mei, a connu une ascension fulgurante qui lui valu le surnom d’« amiral des arrières », malgré qu’elle n’ait jamais eu de véritable rôle militaire. Il était de notoriété publique qu’elle devait son ascension et sa position à sa qualité de maîtresse de Jiang.
« Chaque fois que Song entendait parler de Jiang, son visage changeait d’expression et son regard devenait étrange » se souvient Xiao Mei. « Il semblait y avoir certaines choses inavouées entre eux ».

Song s’est attiré les faveurs de Jiang en 1990, semble-t-il, lors d’une prestation au gala du nouvel an chinois, diffusé sur les chaînes d’État. De quatre décennies son aîné, Jiang a été photographié enserrant fermement les mains de la chanteuse. L’année suivante, Song a été transférée à la troupe de chant et de danse attachée au département politique de la marine — souvent fréquenté par Jiang.

Pendant 24 ans, Song est apparue au gala chaque année, remportant une panoplie de prix et de distinctions, tant en Chine qu’à l’étranger. C’est la même période durant laquelle Jiang Zemin et ses associés ont dominé la vie politique du Parti communiste.

Ainsi Xiao Mei raconte un épisode survenu en mai 2010, au cours duquel, juste à la sortie d’un concert de premier plan qu’elle venait de donner au stade de Shanghai, Zuying Song a disparu dans une voiture immatriculée dans la région militaire de Pékin.

Xiao Mei est diplômée d’une Académie dramatique chinoise très réputée et avait été recrutée dans l’une des troupes culturelles de la marine. C’est là qu’elle a rencontré Song et travaillé à son service. Cela lui a été d’un grand secours chaque fois que Xiao Mei tombaient sur des « militaires vicieux », Song intervenait et faisait jouer ses relations pour qu’ils la laissent en paix.

Ce fut par exemple le cas lorsqu’une femme officier, qui connaissait Xiao Mei, a essayé d’organiser une rencontre entre celle-ci et un haut fonctionnaire. Méfiante des intentions du fonctionnaire, Xiao Mei a appelé Song, qui lui a promis de s’occuper de l’affaire. Une heure plus tard, l’officier féminin revenait voir Xiao Mei, avec des explications confuses justifiant l’annulation du rendez-vous.

Song Zuying sur scène en costume traditionnel Hmong, son ethnie native, juin 2012. (Cmglee/CC BY-SA 3.0)

Une histoire sombre
Xiao Mei explique avoir décidé de parler publiquement de ses expériences dans les troupes culturelles, afin d’en dévoiler les dangers qu’elles représentent pour les jeunes femmes recrutées.

Les controverses autour des troupes culturelles de l’APL existent depuis bien avant la libéralisation économique de la Chine. Lors de leur création dans les années 1930 sur les ordres du président Mao comme partie intégrante de l’aile militaire du communisme, le général en chef Peng Dehuai avait déjà émis des réserves. Il questionnait la décision d’intégrer des artistes attirantes à une organisation centralisée.

D’après un compte rendu de Li Zhisui, médecin personnel de Mao, le Général Peng avait dit qu’il lui semblait que « le système de sélection des concubines impériales » venait d’être réinstauré.

Ces critiques acerbes, qui s’ajoutent aux autres façons dont le général Peng a contrarié Mao, ont peut-être touché une corde sensible. Selon les mémoires de son médecin, Mao recherchait fréquemment de jeunes filles vierges des troupes culturelles pour son plaisir personnel. Le Général Peng a été dénoncé au cours des années 1960 et est mort en paria politique en 1974.

Plus récemment, les troupes culturelles ont continué à faire l’objet d’un examen minutieux de la part de leur public, ainsi que leur comportement aguicheur, particulièrement sous l’influence politique de Jiang Zemin.

Tang Can, une chanteuse de la région militaire de Pékin qui a obtenu la distinction douteuse de « belle ensorcelante de l’armée », a brutalement disparu de la scène publique et n’a fait aucune réapparition depuis. De nombreuses spéculations circulent la concernant. Pour les unes, elle serait impliquée dans une importante affaire de corruption et serait sous le coup d’une enquête du bureau de la discipline interne du Parti communiste; pour les autres, elle serait la maîtresse d’un ou de plusieurs hauts fonctionnaires ou officiers militaires récemment écartés du Parti.

Wang Shouye, ancien commandant adjoint de la marine de l’APL, a eu des liaisons avec de nombreuses femmes des différentes troupes culturelles. L’une de ces dernières aurait porté son enfant illégitime avant d’entrer en conflit avec lui. Elle l’aurait finalement dénoncé aux autorités pour corruption. En 2006, Wang a été condamné pour le détournement de plus de 100 millions de yuans (environ 15 millions de dollars).

Une photo de la chanteuse Tang Can, prise le 15 novembre 2008 à Pékin. (Guang Niu/Getty Images)

L’actrice américaine d’origine chinoise, Bai Ling, a révélé qu’adolescente, alors qu’elle était affectée au Tibet par l’APL, elle et d’autres artistes étaient souvent contraintes à boire avec les agents de sexe masculin. Dans une interview avec l’Associated Press en 2011, elle a avoué avoir été violée et forcée à avorter. Plus tard elle a dû être admise dans un établissement psychiatrique.

Version anglaise : Scores of Military Dancers Abused by Former Chinese Leader and His Party Elite, Says Insider

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