L’exploitation forestière illégale faite par des entreprises chinoises rend le Mozambique plus vulnérable aux cyclones

Par Epoch Times
5 juillet 2019 00:42 Mis à jour: 12 juillet 2019 08:40

L’exploitation illégale des forêts au Mozambique, principalement par des entreprises chinoises, a laissé une traînée de destructions, et altéré le paysage, ce qui aurait rendu de nombreuses personnes vulnérables à l’action dévastatrice des récents cyclones, selon la mise en garde d’experts de l’environnement.

Entre 2001 et 2017, l’organisation caritative Global Forest Watch, une plateforme en ligne qui fournit des données de surveillance des forêts, a déclaré que le Mozambique avait perdu 2,88 millions d’hectares (7,1 millions d’acres) de couvert forestier, alors que la demande chinoise de bois précieux, comme le bois de rose augmentait. La perte de couvert forestier équivaut à 212 millions de tonnes d’émissions de carbone dans l’atmosphère, selon le Global Forest Watch.

En 2018, Imede Falume, directeur adjoint des forêts du Mozambique, a déclaré à Reuters : « [L’exploitation forestière] est dominée par les Chinois qui vont dans la brousse et convainquent les habitants locaux les plus pauvres de couper les grumes. »

Les forêts du Mozambique contribuent de manière significative au PIB du pays. Cependant, l’exploitation illégale des forêts, principalement causée par des entreprises chinoises, a eu des effets secondaires importants, notamment la déforestation qui a suscité une inquiétude croissante au niveau local et international.

Allan Schwarz, expert en environnement et fondateur du Centre forestier Mezimbite au Mozambique, a déclaré à Epoch Times que les ravages causés par le cyclone Idai qui a dévasté le Mozambique, le Zimbabwe et le Malawi étaient le résultat de la déforestation massive dans cette région.

Le cyclone Idai, qui a ravagé les trois pays africains en mars, a fait plus d’un millier de morts, touché plus de 3 millions de personnes et causé environ 2 milliards d’euros de dégâts.

« L’absence de couvert forestier entraîne une augmentation instantanée de la température », a expliqué M. Schwarz. « Cela contribue, avec la libération du carbone stocké dans le bois et les sols, au phénomène global. L’augmentation de la température se traduit par des changements de pression atmosphérique, avec pour conséquence que le cyclone est effectivement entraîné avec une plus grande vitesse à l’intérieur [du pays]. Le cyclone amène donc des vents plus forts et davantage d’eau plus loin à l’intérieur [du pays]. »

Inondations à Beira, Mozambique. (Andrew Mambondiyani/The Epoch Times)

Le Centre forestier de Mezimbite, une organisation communautaire de conservation et de restauration de la forêt fondée par Allan Schwarz, voici déjà 25 ans, a été rasé de même que les arbres et tout ce qui se trouvait autour par le cyclone Idai.

La férocité de la tempête est due à l’absence de couverture forestière ou agricole durable, qui réduit l’infiltration de la pluie dans les sols, ce qui signifie de plus grandes quantités d’eau dans les cours d’eau naturels, a expliqué M. Schwarz.

« C’est de notre faute. C’est une conséquence logique de l’avidité de nos dirigeants politiques qui ont supervisé la destruction de nos forêts et qui, en étatisant les exploitations agricoles, n’ont pas fourni une formation agricole suffisante aux personnes dont ils étaient responsables », a-t-il souligné.

En novembre 2016, le Parlement mozambicain a adopté une loi interdisant l’exportation de bois brut dans le but de freiner cette exportation illégale.

La loi est entrée en vigueur en 2017, mais une enquête d’Oxpeckers a révélé qu’il y avait encore de nombreux cas de « pillage du bois » mozambicain exporté vers la Chine.

Un récent rapport de recherche de l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED) indique qu’après des décennies de croissance des relations économiques entre la Chine et le Mozambique, la Chine est maintenant responsable de 93 % des exportations de bois du Mozambique.

« Dans le même temps, la diminution alarmante du couvert forestier a suscité des inquiétudes quant à l’impact de ce commerce sur les forêts et le développement rural du Mozambique », peut-on lire dans le rapport. « Comment le commerce du bois entre la Chine et le Mozambique peut-il favoriser une meilleure gestion des ressources forestières au Mozambique et profiter aux hommes et aux femmes pauvres ? »

M. Schwarz a averti que les tempêtes risquent d’empirer si les gens ne font rien maintenant.

« Que pouvons-nous faire ? [Nous devrions] rétablir nos forêts indigènes », a-t-il dit.

Le rétablissement des forêts indigènes, a dit M. Schwarz, contribuerait à créer un climat local tempéré qui réduirait les différences de pression et donc l’intensité des tempêtes.

Il a également déclaré que les forêts indigènes permettent d’absorber une partie de la force de la tempête, créant un abri ombrageux contre le vent. Cela réduirait le ruissellement et aiderait l’infiltration de l’eau dans le sol. Les inondations seraient donc moins graves, de même que les sécheresses, à mesure du rétablissement du niveau des eaux souterraines.

Une maison endommagée par une inondation à Beira, au Mozambique. (Andrew Mambondiyani / The Epoch Times)

M. Schwarz a souligné qu’il y a encore de l’espoir de se remettre de la déforestation.

« Le plus important est de se rappeler que nous avons contribué à la cause du problème et qu’il nous appartient donc d’aider à le résoudre », a-t-il précisé.

Il a souligné l’importance d’établir l’agroforesterie biologique, comme le type d’agriculture à privilégier, en particulier avec les agriculteurs de subsistance.

« La plupart des avantages du reboisement incluent une agriculture plus résiliente avec des améliorations conséquentes sur la sécurité alimentaire, des cultures plus diversifiées, ajoutant à la fois à la résilience et à une alimentation plus nutritive et à de plus grands profits », a-t-il déclaré.

En février, le Mozambique a signé avec la Banque mondiale un accord de paiement d’environ 45 millions d’euros (50 millions $) pour compenser les efforts communautaires œuvrant à mettre fin à la déforestation et à la dégradation des forêts dans le but de réduire les émissions de carbone.

« Éviter la déforestation et restaurer nos forêts sont essentiels pour un avenir plus sûr, plus résistant au climat et plus prospère pour les communautés du monde entier », a déclaré Laura Tuck, vice-présidente de la Banque mondiale chargée du développement durable, dans un communiqué de presse après la signature de l’accord. « Ces accords de paiement changent la donne car ils fournissent des incitations financières aux communautés pour qu’elles gèrent leurs forêts de manière durable. »

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