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Loukachenko entraîne le Bélarus « dans le gouffre » (prix Nobel)

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-La journaliste et écrivain biélorusse Svetlana Alexievich deux jours après avoir remporté le prix Nobel de littérature 2015 le 10 octobre 2015 à Berlin, Allemagne. Photo par Axel Schmidt / Getty Images.

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Durée de lecture: 4 Min.

« Pars! »: l’écrivaine Svetlana Alexievitch, seule Bélarusse distinguée par un prix Nobel, a accusé mercredi le président Alexandre Loukachenko d’entraîner son pays vers « la guerre civile », en plein mouvement de contestation violemment réprimé.

« Pars, avant qu’il ne soit trop tard, avant que tu n’aies plongé les gens dans un terrible abîme, dans le gouffre d’une guerre civile! Pars! », a lancé l’auteure en s’adressant au président Loukachenko, au pouvoir depuis 26 ans, dans une interview pour le média Radio Free Europe.
« Tu veux seulement le pouvoir et ce désir se révélera sanglant », a-t-elle prédit, accusant le pouvoir bélarusse d’avoir amorcé « une guerre contre son peuple ».

Protestation, matée  par 6.000 arrestations, deux morts

Depuis dimanche, la réélection d’Alexandre Loukachenko a déclenché une grand vague de protestation, matée sans ménagement avec près de 6.000 arrestations, deux morts, et de nombreuses violences policières signalées à travers cette ex-république soviétique.

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Le président Loukachenko, 65 ans, a qualifié les protestataires de « chômeurs au passé criminel » pilotés depuis l’étranger.
« Je vois comment la société se radicalise, comment se comportent les policiers anti-émeutes… Personne n’aurait pu imaginer cela », a poursuivi Svetlana Alexievitch, dénonçant l’action « inhumaine et satanique » des forces de sécurité.
Couronnée en 2015 du prix Nobel de littérature, l’écrivaine de 72 ans est l’auteure de livres poignants sur Tchernobyl, la guerre d’Afghanistan ou encore l’effondrement de l’Union soviétique.

A appelé à voter pour l’opposante Svetlana Tikhanovskaïa

Critique acerbe du pouvoir d’Alexandre Loukachenko, elle avait appelé à voter à la présidentielle pour l’opposante Svetlana Tikhanovskaïa, 37 ans, une ancienne professeur d’anglais qui avait remplacé dans la course à la présidentielle son mari emprisonné.

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Selon les résultats officiels du vote, M. Loukachenko a obtenu plus de 80% des voix, un score fantaisiste, disent ses détracteurs, qui estiment au contraire que Mme Tikhanovskaïa, créditée de 10% des voix, a gagné.
Dans la nuit de lundi à mardi, cette dernière a du quitter le Bélarus pour la Lituanie, un départ sous la menace des autorités, selon ses partisans.

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Ils ont sauvé notre dignité

Svetlana Alexievitch a salué en Mme Tikhanovskaïa « un symbole de changement » et remercié les manifestants car « ils ont sauvé notre dignité ». 
« Je suis tombée amoureuse de mon peuple ces dernières semaines. C’est un peuple entièrement différent, avec une autre force. Il avait pu me décevoir un peu auparavant mais, maintenant, ce n’est plus le cas. »
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