Et si les pays du Pacifique se joignaient à l’OTAN ?

Par Austin Bay
29 juillet 2022 18:49 Mis à jour: 29 juillet 2022 18:49

Le non-respect du droit international et la belligérance de Pékin et de Moscou menacent toutes les nations souveraines d’Europe et d’Asie.

Nous avons encore le temps de riposter par le biais d’une démarche diplomatique qui empêche le déclenchement de la guerre : l’extension de l’article 5 de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) à certains pays du Pacifique et de l’Asie de l’Est qui disposent déjà de forces armées compatibles avec l’OTAN.

L’article 5 du traité de l’Atlantique Nord est un exemple de la diplomatie en même temps forte et lucide qui a permis de gagner la guerre froide. Connu également sous le nom de clause des Trois Mousquetaires : un pour tous et tous pour un, l’article 5 annonçait à l’Union soviétique « qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs des parties (les membres de l’OTAN)… sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties ».

Chaque membre de l’Alliance atlantique prendrait alors une « action qu’il jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région ». L’ennemi devait attaquer le territoire d’un pays membre ou ses « forces, navires ou aéronefs » se trouvant « sur… ou au-dessus » du territoire couvert par le Traité.

L’actuelle Russie néo-fasciste et la Chine communiste sont manifestement sans foi ni loi. La Russie a signé, avec les États-Unis et le Royaume-Uni, les accords de Budapest de 1994 et a garanti l’intégrité territoriale de l’Ukraine en échange de l’abandon de ses armes nucléaires (qui ont été transférées à la Russie). En 2014, la Russie de Vladimir Poutine a envahi et a annexé la Crimée qui faisait partie du territoire ukrainien.

Il n’est pas étonnant qu’en 2022, face à l’invasion de l’Ukraine (non membre de l’OTAN) par l’armée russe, les traditionnellement « neutres » Suède et Finlande ont déposé leurs demandes d’adhésion à l’Alliance atlantique.

La Chine a signé la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS). Ignorant ce traité, des navires de pêche et des barges transportant des matériaux de construction chinois ont envahi les eaux des Philippines. Les barges ont construit des îles artificielles avec des bases aériennes ; la flotte de pêche s’est livrée au braconnage autour des récifs philippins. Au fur et à mesure de son invasion, Pékin a revendiqué sa souveraineté sur les eaux et territoires des Philippines et autres pays en mer de Chine méridionale.

En 2016, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye a donné raison aux Philippines et a soutenu les accusations de vol et d’invasion de Manille. Pékin ignore toujours ce jugement.

La Chine a également rompu le traité sino-britannique et a écrasé Hong Kong.

La Chine et la Russie ont établi une collaboration multiforme dans le cadre de leur partenariat « sans limites » qui comprend non seulement la sphère économique, mais aussi les domaines politiques et militaires. La Chine soutient l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les diplomates et hommes politiques russes et chinois collaborent en cherchant à créer et à exploiter des clivages entre des pays ciblés dans le monde entier. Dans le Pacifique, les forces navales, aériennes et de missiles russes et chinois participent dans des manœuvres militaires communes et simulent des attaques contre des cibles navales et aériennes japonaises et américaines, de Hawaï à la baie de Tokyo.

On se pose aussi la question si la Chine encourage la Corée du Nord à menacer de lancer ses missiles nucléaires, y compris sur ces territoires japonais et américain.

Toutefois, la zone géographique de ces territoires n’est pas couverte par le traité de l’Atlantique Nord et son article 5. Le traité initial de 1949 ne couvrait que l’Europe et l’Amérique du Nord.

Lorsque la Turquie a rejoint l’OTAN en 1951, le traité a été modifié et la portée de l’article 5 a été étendue. Environ 97% de la Turquie – l’Anatolie – se trouve en Asie. Ainsi, l’article 5 couvre déjà une partie de l’Asie.

L’idée d’élargir l’OTAN et d’étendre la portée géographique de l’article 5 afin de dissuader la guerre n’est pas nouvelle. Bien qu’ils en discutent depuis des années, les membres asiatiques potentiels ont préféré renforcer la dissuasion en utilisant les arrangements de sécurité existants, tels que les relations bilatérales et trilatérales qui lient les États-Unis, le Japon, l’Australie et Singapour.

Toutefois, le non-respect du droit international et les invasions ont modifié la situation. Début juin, le site Nikkei.com japonais a publié un article contenant cette citation du sénateur américain Ben Sasse : « Construisons une OTAN pour le Pacifique. Nous avons besoin d’alliés pour reprendre l’offensive contre le PCC (Parti communiste chinois) … alors que le président Xi (Jinping) cherche à étendre sa sphère d’influence. »

Fin juin, les dirigeants du Japon, de la Corée du Sud, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande ont assisté au sommet de l’OTAN à Madrid.

Le 3 juillet, le journaliste et analyste de la politique étrangère turque Mehmet Kanci a écrit sur le site de l’agence gouvernementale turque Anadolu (aa.com.tr) que la présence au sommet des quatre pays d’Asie-Pacifique « confirme que l’alliance ira au-delà de son identité transatlantique et brandira son drapeau dans la région transpacifique d’ici 2023 ». M. Kanci a noté que le nouveau concept stratégique de l’OTAN qualifie la Chine de menace commune. Les opérations hybrides « malveillantes » et la rhétorique de la Chine (par exemple, la diplomatie des « loups combattants ») « nuisent à la sécurité de l’Alliance ». Il a conclu que le « changement de paradigme » de l’OTAN a commencé.

Si ce changement s’accélère, on pourrait peut-être ajouter bientôt « P » pour Pacifique dans l’OTAN. Organisation du traité de l’Atlantique Nord et du Pacifique. Si l’OTANP semble un peu maladroit, l’OTAP pourrait être plus approprié.

Austin Bay est auteur, chroniqueur et professeur de stratégie et de théorie stratégique à l’université du Texas à Austin. Son dernier livre s’intitule Cocktails from Hell: Five Wars Shaping the 21st Century (Cocktails de l’enfer : cinq guerres qui façonnent le XXIe siècle).

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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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