De la fermeture des stations secrètes de police chinoise à l’étranger

Le moment est venu
Par Peter Dahlin
3 novembre 2022 17:25 Mis à jour: 4 novembre 2022 06:56

La révélation apportée par Safeguard Defenders concernant l’existence de « stations de police » chinoises à l’étranger n’a échappé à personne. Depuis un mois, de nombreux médias enquêtent sur ces postes illégaux. Chaque semaine émergent des informations surprenantes.

La dernière révélation en date concerne l’existence de stations de police supplémentaires au Canada, en Australie et aux Pays‑Bas. Des médias néerlandais ont pu localiser ces « stations » de police qui « persuadent » les résidents chinois de retourner en Chine pour faire face à des poursuites. Ces stations de police extrajudiciaires contournent les voies légales normales pour accomplir des missions de police sur le sol étranger.

Auparavant, Safeguard Defenders avait mené des enquêtes sur les actions entreprises par ces stations de police en Espagne et en Serbie. Il est pratiquement impossible de trouver des personnes prêtes à s’exprimer sur la question.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a reconnu, répondant aux médias espagnols, avoir recours à de tels procédés. Il s’est justifié en qualifiant l’extradition (le moyen normal et légal de rapatrier une personne) de procédure « encombrante ». Régulièrement, les pays européens rejettent les requêtes d’extradition chinoises.

Face à l’attention croissante portée aux activités illégales de la police chinoise, les gouvernements commencent à riposter. Une commission du Parlement canadien doit tenir des audiences sur la question et la Gendarmerie royale du Canada a ouvert une enquête. En Espagne, le ministère de l’Intérieur a ouvert une enquête. En Irlande, le gouvernement a réclamé des informations à la Chine (et, semble‑t‑il, le panneau situé à l’extérieur d’une station de police chinoise à Dublin a « disparu »).

Par ailleurs, le 26 octobre, le ministère néerlandais des Affaires étrangères a fait savoir qu’il enquêtait sur ces stations pour déterminer les mesures à prendre. Le ministère des Affaires étrangères a déclaré ne pas avoir été informé de l’existence de ces stations par voie diplomatique, ce qui les rendent illégales. De plus, le Royaume‑Uni a annoncé la création d’un « registre des agents étrangers » pour rendre ces opérations illégales si elles ne sont pas correctement enregistrées auprès du gouvernement britannique.

Un article d’un média de Chine continentale (fjsen.com) sur le poste de police d’outre-mer de Fuzhou à New York, daté du 30 avril 2022. (Capture d’écran via Epoch Times)

D’autres gouvernements vont probablement ouvrir des enquêtes ou exiger des réponses auprès du régime chinois dans les semaines à venir. Ces stations de police existent de toute évidence aux quatre coins du monde. De nouvelles stations sont découvertes chaque semaine depuis la publication du rapport de Safeguard Defenders en septembre.

Cependant, en dépit des différentes actions entreprises, on constate un manque de coordination notable. Chaque pays prend des mesures différentes. Ces contre‑mesures pourraient être compromises.

L’Occident, comme d’habitude, répond de manière décousue plutôt que de manière réfléchie et planifiée. Or, une réponse coordonnée est indispensable.

Selon le rapport, les diverses juridictions de police chinoises qui ont mis en place des postes à l’étranger fonctionnent de différentes manières. Le programme en est encore à ses débuts. Si la campagne a démarré avec 10 « provinces pilotes », d’autres provinces sont appelées à se joindre à cet effort policier.

Une fois que le régime aura analysé le fonctionnement de ces stations et déterminé les tactiques les plus efficaces, il est probable que nous assistions à des opérations plus structurées et à plus grande échelle, sauf si Pékin se heurte à une réponse vigoureuse l’obligeant à abandonner l’idée d’étendre sa police transnationale.

Une réponse adéquate aujourd’hui pourrait modifier le programme prévu par Pékin.

L’association America ChangLe à New York, le 6 octobre 2022. Un avant-poste de la police chinoise d’outre-mer à New York, nommé poste de service d’outre-mer de la police de Fuzhou, se trouve à l’intérieur du bâtiment de l’association. (Samira Bouaou/Epoch Times)

Il est désormais clair que ces « stations de police » ne sont pas enregistrées dans les pays où elles opèrent. Chaque pays dispose d’un cadre réglementaire pour tout type d’implantations. Les violations graves que ces stations représentent justifient une réponse sévère : leur fermeture forcée ou une sanction plus légère accompagnée du démantèlement de leurs opérations.

Davantage de pays doivent aller de l’avant avec des « registres d’agents étrangers ». L’existence de ces registres entraînerait la fermeture immédiate de ces stations de police illégales. Elles sont gérées par des Chinois résidant dans les pays cible et agissant en tant qu’agents étrangers pour le compte du régime chinois. Avec l’augmentation de la désinformation pratiquée par ces agents étrangers, associée à ce type de répression transnationale, la nécessité de tels registres n’a jamais été aussi forte.

De plus, la police des différents pays doit travailler systématiquement sur cette question. Des lignes d’assistance téléphonique doivent être mises en place pour que les victimes puissent dénoncer ces transgressions et protéger leur identité. Enfin, des enquêtes et des rapports doivent être mis à la disposition de ces pays sur une base annuelle afin qu’ils sachent comment la Chine procède et comment ses tactiques évoluent.

De telles mesures représentent en réalité le minimum nécessaire. Elles doivent être déployées de manière précise coordonnée par les États‑Unis, le Canada, le Royaume‑Uni, l’UE, l’Australie et d’autres alliés confrontés à la même menace. C’est dans une réponse coordonnée que ces contre‑mesures seront efficaces.

Peter Dahlin est le fondateur de l’ONG Safeguard Defenders et le cofondateur de l’ONG China Action, basée à Pékin de 2007 à 2016. Il est l’auteur de « Trial By Media » (Procès mené par les médias) et a contribué à « The People’s Republic of the Disappeared » (La République populaire des disparus). Il a vécu à Pékin à partir de 2007, jusqu’à ce qu’il soit détenu et placé dans une prison secrète en 2016, puis expulsé et interdit de retour. Avant de vivre en Chine, il travaillait pour le gouvernement suédois, il était spécialisé dans les questions d’égalité des genres. Il vit aujourd’hui à Madrid, en Espagne.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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