Comment gérer le problème du bruit marin ?

5 avril 2017 08:15 Mis à jour: 5 avril 2017 16:17

Longtemps préservé des effets négatifs de l’activité humaine, l’océan est désormais un problème de gestion, que ce soit en raison de la pollution par les sacs plastiques ou de l’acidification des eaux. Plus récemment, un autre enjeu est apparu à l’agenda, le bruit marin. Car le monde marin, que l’on disait être celui du silence, est devenu celui du vacarme. The Conversation

Ce problème a des causes multiples : on peut citer l’intensification du trafic maritime, avec notamment la multiplication des porte-conteneurs, des navires de croisière et des grands navires de pêche ; la multiplication des projets de champs d’éoliennes sur les côtes ; et les campagnes d’exploration pétrolière. Toutes contribuent à l’augmentation du niveau de pollution acoustique sous-marine.

Des perturbations multiples

La faune se trouve profondément affectée par cette montée du bruit. Même si l’on ne dispose pas d’une connaissance synthétique et définitive de l’impact du bruit sur l’ensemble de la vie sous-marine, il existe un faisceau d’indices graves et concordants montrant que le problème doit être traité sur une grande échelle et rapidement.

À l’évocation de ces perturbations, on pense bien évidemment d’abord aux mammifères marins, comme les baleines à bec ou les bélugas qui communiquent par le son à la saison des amours ou dans leurs activités de chasse et dont les échanges sont perturbés. Des échouages ont notamment été mis en relation avec l’utilisation de sonars civils et militaires.

Mais certains poissons, comme la morue, émettent également des sons et leur reproduction peut donc être affectée par le bruit ambiant. Encore plus inquiétant, des études récentes ont montré que des espèces ne percevant pas le bruit, tels les calamars géants, peuvent elles aussi subir des dommages. Le problème est donc plus sérieux qu’on ne le soupçonnait, et il tend à s’aggraver au fil du temps.

Des initiatives pour limiter le bruit

La gestion de ce problème suppose de mettre au point des systèmes de mesure, relativement simples, mais fiables et utilisables. Elle suppose aussi le déploiement de techniques qui, dans les trois grands domaines industriels concernés – industrie pétrolière, énergies renouvelables (éoliennes marines) et navigation – existent d’ores et déjà.

Il est en effet possible de concevoir de nouveaux navires moins bruyants (coque, hélices, moteurs, boîtes de vitesse) pour un surcoût raisonnable. Ces systèmes sont plus coûteux à adapter sur la flotte existante et moins efficaces, mais des changements de comportements peuvent être envisagés : la réduction de la vitesse diminue par exemple le bruit, tout en générant des économies de carburant.

L’industrie pétrolière a créé une structure commune, le Sound and Marine Life Joint Industry Programme, pour développer des méthodes d’exploration moins dangereuses pour la faune sous-marine : elles sont actuellement testées et il faut s’assurer qu’elles sont aussi performantes que les anciennes méthodes pour un coût raisonnable.

Dans les zones de travaux bruyants, il est possible de déployer des observateurs de la présence de mammifères (MMO pour Marine Mammal Observers). Ceux-ci connaissent des limites : leur déploiement dépend des conditions de mer et il est difficile par faible visibilité ou de nuit. Mais les chercheurs développent des systèmes plus sophistiqués de repérage des mammifères marins utilisant des capteurs.

Cartographier les zones de bruit et réguler

Pour que ces techniques soient mises en œuvre rapidement, des systèmes de régulation et d’incitation sont nécessaires.

Ils peuvent s’appuyer sur des cartes permettant de mesurer le bruit en temps réel dans les zones les plus sensibles. Des équipes de chercheurs ont par exemple cartographié le bruit dans la mer baltique aux différentes saisons et aux différents moments de la journée.

Une carte sonore élaborée dans le cadre du projet BIAS. Elle caractérise le niveau de son produit par les navires les plus bruyants en mer baltique.
BIAS/Facebook

Dans un contexte toujours marqué par l’incertitude, ces outils cartographiques peuvent aider à prendre les bonnes décisions en permettant de définir plus précisément les zones à protéger et la manière de les protéger.

Ceci ne constitue bien évidemment qu’une étape. Les océans représentent 70 % de la surface de la planète. Le problème de gestion qui se pose l’est à une échelle jusqu’ici jamais rencontrée, impliquant une multiplicité d’acteurs de statuts très divers (États, entreprises de différents secteurs, scientifiques, ONG) qui doivent partager de la connaissance et élaborer collectivement des solutions. Tout est bien évidemment affaire de financement. Il ne s’agit ni d’arrêter l’activité humaine sur et sous les océans, ni de lui imposer des coûts excessifs, tout en la rendant nettement moins bruyante.

On pourra à ce titre renvoyer aux travaux publiés à l’occasion de la Conférence internationale sur le bruit sous-marin qui a réuni à Paris en septembre 2016 chercheurs, industriels et régulateurs (Commission européenne, autorité du port de Vancouver). Ces travaux synthétisent les questions liées au problème du bruit dans les océans et constituent une base pour les actions et régulations à adopter.

Héloïse Berkowitz, Chercheure associée, École Polytechnique – Université Paris-Saclay et Hervé Dumez, Professeur à l’École polytechnique, directeur du Centre de recherche en gestion (École polytechnique) et de l’Institut interdisciplinaire de l’innovation, membre du séminaire innovation managériale, Collège des Bernardins

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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