L’Ukraine refuse les couloirs humanitaires proposés par Moscou vers le Belarus et la Russie

Par Tom Ozimek
7 mars 2022 20:09 Mis à jour: 8 mars 2022 07:35

Selon certains responsables, Kiev a rejeté l’offre de Moscou de mettre en place des corridors humanitaires depuis les principales villes ukrainiennes vers la Russie et le Belarus.

Le ministère russe de la Défense a annoncé lundi un cessez‑le‑feu temporaire et l’ouverture de corridors humanitaires à partir de Kiev, Marioupol, Soumy et Kharkiv, selon l’agence de presse d’État russe Tass.

Certains des itinéraires d’évacuation conduiraient les civils vers la Russie et son allié, le Belarus, ce qui a incité les autorités ukrainiennes à rejeter ces plans, les jugeant « inacceptables ».

« C’est une option inacceptable de créer des corridors humanitaires [uniquement en Russie et au Belarus]. Nos concitoyens d’Ivankiv, de Dymer, de Vyshhorod et de Kiev n’iront pas en Biélorussie pour prendre ensuite l’avion pour aller en Russie », a déclaré la vice‑première ministre ukrainienne, Iryna Vereshchuk, dans une déclaration vidéo.

Un porte‑parole du président ukrainien a qualifié cette action de « totalement immorale », déclarant que la Russie tentait d’exploiter la situation à des fins de propagande en utilisant « la souffrance des gens pour créer un spectacle télévisé ».

« Ce sont des citoyens ukrainiens, ils devraient avoir le droit d’être évacués sur le territoire ukrainien », a déclaré le porte‑parole à Reuters.

Le ministère russe de la Défense a fait savoir que le cessez‑le‑feu de lundi et l’ouverture des corridors ont été décidés à la demande personnelle du président français Emmanuel Macron, qui s’est entretenu par téléphone dimanche avec le président russe Vladimir Poutine, et à la lumière de la « situation humanitaire catastrophique et de sa détérioration dramatique » dans les quatre villes en question.

Le palais de l’Élysée a démenti que M. Macron ait fait une telle demande, selon The Guardian. C’est ce qu’a déclaré Emmanuel Macron lui‑même dans une interview accordée à la chaîne de télévision française LCI.

« Tout cela n’est pas sérieux, c’est du cynisme moral et politique, que je trouve intolérable », a déclaré Emmanuel Macron lors d’une interview accordée à la chaîne de télévision LCI, ajoutant que les promesses de protéger les civils pour qu’ils puissent simplement fuir vers la Russie étaient une « hypocrisie ».

« Je ne connais pas beaucoup d’Ukrainiens qui veulent aller en Russie », a ajouté Emmanuel Macron, estimant que des cessez‑le‑feu complets étaient nécessaires pour protéger les civils et non des corridors.

Le personnel des services d’urgence travaille après une frappe de missile sur le bâtiment de l’aéroport international de Vinnytsia, en Ukraine, le 6 mars 2022, sur une photo tirée d’une vidéo. (Avec l’aimable autorisation de Serhiy Borzov via Reuters/Screenshot via Epoch Times)

La décision d’ouvrir ces corridors intervient après deux tentatives infructueuses d’évacuation des civils de Marioupol, la Russie et l’Ukraine s’accusant mutuellement de violations du cessez‑le‑feu qui ont rendu l’évacuation impossible.

Elle intervient également alors qu’un troisième cycle de pourparlers de paix entre la Russie et l’Ukraine doit se tenir plus tard ce lundi à la frontière entre le Belarus et la Pologne.

Le porte‑parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a décrit ces pourparlers comme une « bonne occasion de transmettre clairement à la partie ukrainienne notre vision pour résoudre ce problème ».

Dmitri Peskov a déclaré ce lundi à Reuters que la Russie exigeait de l’Ukraine qu’elle mette fin à ses projets militaires, modifie sa constitution pour y inscrire le principe de neutralité, reconnaisse la Crimée comme territoire russe et les républiques séparatistes de Donetsk et de Lougansk comme territoires indépendants. Il a ajouté que la Russie avait fait savoir à l’Ukraine qu’elle était prête à mettre fin à son action militaire « en un instant » si Kiev remplissait ces conditions.

Lors d’appels téléphoniques séparés, passés dimanche avec Emmanuel Macron et le président turc Recep Tayyip Erdogan, Vladimir Poutine a déclaré que la Russie ne mettrait fin à son opération militaire que si les forces ukrainiennes cessaient les combats et si les exigences « bien connues » de Moscou étaient satisfaites, selon le compte‑rendu des appels établi par le Kremlin.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a provoqué une crise humanitaire massive. Les Nations unies estiment que 1,5 million de personnes ont fui l’Ukraine pour échapper à la guerre.

Le ministre ukrainien de la Défense, Oleksi Reznikov, a déclaré lundi que l’armée russe tentait désormais de concentrer ses forces et ses ressources pour lancer une nouvelle vague d’attaques contre des villes ukrainiennes.

Les forces russes ont poursuivi leur offensive lundi, ouvrant le feu sur la ville de Mykolaïv, tandis que les bombardements se poursuivaient dans la banlieue de Kiev, selon l’état‑major ukrainien.

« La Russie continue de mener des frappes à la roquette, à la bombe et à l’artillerie sur les villes et les agglomérations ukrainiennes, en se concentrant sur l’encerclement de Kiev, Kharkiv, Tchernihiv, Soumy et Mykolaïv « , a déclaré l’état‑major général.

Lundi marque le 12e jour de la guerre, que Moscou qualifie d’« opération militaire spéciale » visant à « démilitariser et dénazifier » l’Ukraine.

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