Prendre la clé des champs au Québec

Vous aimez vivre au rythme de la nature, vous êtes adepte de randonnées pédestres, vous vous sentez l’âme d’un coureur de bois ou d’une ornithologue chevronnée ? Alors vous serez envoûté par la Gaspésie, cette immense péninsule québécoise qui s’avance dans le golfe du St-Laurent comme une pince de homard. Dernier sursaut de la chaîne des Appalaches, elle offre un contraste permanent entre mer et montagnes. Sur la côte, les villages n’ont souvent que le débouché de petites vallées et quelques arpents de grèves pour aligner leurs maisons de bois tandis que partout, la montagne, tapissée de forêts, semble tomber à pic dans les eaux du fleuve.

Quand les monts verdoyants de la Gaspésie se penchent pour mieux se mirer dans les eaux bleues de l’océan… (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Il est cinq heures. Sur le plan d’eau, des bancs de brume s’ouvrent et se referment sur une eau noire. Le jour se lève lentement, dans un silence ouaté, à peine troublé par le clapotis des rames qui s’enfoncent dans l’onde. Soudain, surgit dans l’ombre la silhouette trapue d’un orignal, le roi de la forêt québécoise. Rassuré par la quiétude qui règne sur le lac, il s’avance dans la prairie humide, trop heureux d’y brouter des algues et de s’y enfouir pour échapper à la morsure des maringouins. La surprise vient alors du ciel, avec le bourdonnement sonore d’un envol de bernaches qui saluent les premiers rayons de soleil balayant les voiles de brume bleue. Surpris, l’orignal s’enfuit au galop, éclaboussant le ciel d’une pluie de boue et d’herbes.

Si l’orignal supporte très bien le froid, il souffre de la chaleur et en été il peut passer des heures dans l’eau, surtout en pleine saison des moustiques. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Un territoire incomparable
Vivre à la canadienne, c’est passer les week-end dans un parc ou dans une réserve faunique. Reprendre son souffle et refaire le plein d’énergie. Se baigner dans l’eau douce d’un lac, se saucer comme on dit là-bas, ou encore en faire le tour, lentement, en pagayant sur son canoë. Aller dans un parc, c’est goûter à la liberté de marcher, d’écouter les mille bruits ténus des sous-bois : le craquement d’une branche, le ballet rapide des écureuils, le martèlement opiniâtre d’un pic vert.

Il n’est pas un Québécois qui n’ait pas qui une barque, qui un kayak pour se glisser silencieusement dans les eaux paisibles des lacs et des rivières, à l’affût d’une faune sauvage. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Le parc national de la Gaspésie, où l’on ne peut guère s’aventurer qu’à pied, s’étire en plein cœur de la péninsule, sur près de 800 km2. La chaîne des Chics-Chocs, l’épine dorsale du parc, aligne ses monts dont les cimes culminent à près de 1300 mètres. Si les sapinières à épinettes noires sont le refuge des orignaux, les sommets, où règne la toundra, abritent des hardes de caribous. Tout un univers subarctique à moins de cinquante kilomètres de la route côtière !

Au sommet des cimes des Chics-Chocs, les plaques de neige subsistent jusque dans les premiers jours de juin, la végétation se raréfie et les lichens se substituent aux arbustes. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Une légende raconte que lorsque l’ange responsable de la distribution des montagnes arriva au bout de sa tournée, il était si fatigué qu’il décida de déverser pêle-mêle toutes les montagnes que contenait encore son sac dans les eaux côtières du nord de la Gaspésie, dessinant ainsi une géographie étrange et fantasque sur cette frange du littoral sud de l’estuaire. Ici, l’horizon ne connaît pas de répit, déchiqueté par des pics qui s’inclinent vers la mer. Les parois rocheuses abritent des colonies de goélands argentés et de cormorans à aigrettes. Aux alentours, un enchevêtrement d’îlots montagneux sert de reposoir à des phoques communs de petite taille, l’emblème du parc national du Bic.

Dès le début juin, l’eider à duvet envahit les anses et les baies du parc national du Bic, l’occasion d’observer les mâles courtiser les femelles avec leur chant roucoulant. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Au bout des terres
Tel un index tendu vers le large, le parc national de Fornillon s’étire dans le golfe sur 13 kilomètres. A la pointe du cap Gaspé, un phare abandonné en marque les limites. Ici, la terre s’abaisse jusqu’à se fondre dans les eaux froides d’une mer envoûtante, véritable royaume sans frontières d’oiseaux, de poissons et de mammifères marins. Un sentier pédestre court à flanc de rochers, ralliant des anses ourlées de galets où se vautrent des tribus de phoques. Au 19ème siècle, le site était habité et bourdonnait d’activités liées au commerce de la morue. Des centaines de familles participaient aux différentes étapes de la production : pêche, transformation et expédition vers l’Europe. Aujourd’hui, le magasin général Hyman recrée cette ambiance d’autrefois et la maison de l’anse Blanchette, non loin de là, évoque ce que fut la vie d’une famille au tournant du siècle dernier.

Le parc national Forillon propose une foule d’expériences entre mer, falaises et forêt sans oublier de plonger dans l’histoire en poussant les portes de la maison jaune ou du magasin général. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Sur la Baie des Chaleurs, le parc national de Miguasha étire sur 800 mètres à peine, une dentelle d’escarpements rougeâtres qui bordent la rivière Ristigouche. Ce parc, le plus petit de tout le réseau, préserve un site fossilifère dont la réputation a fait le tour de la planète. Grâce aux poissons et aux plantes fossiles qui témoignent d’un milieu de vie ayant existé voici 370 millions d’années, on a découvert le chaînon manquant entre la vie marine et la vie terrestre. Ce n’est pas pour rien que le site a rejoint les pyramides égyptiennes et la muraille de Chine sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.

Les poissons, les invertébrés et les plantes fossiles de Miguasha témoignent de la vie telle qu’elle existait sur terre il y a … 370 millions d’années ! (Christiane Goor et Charles Mahaux)

La Baie des Chaleurs se prolonge jusqu’à Percé, petit port bien connu pour son majestueux rocher troué, gigantesque monolithe de calcaire immergé dans la mer et qui offre, au coucher du soleil, un spectacle toujours renouvelé de sons et lumières. Féerie flamboyante du ciel qui tombe à l’horizon dans le bleu d’encre de la mer, saluée par les cris de milliers d’oiseaux qui plongent en piqué pour happer un poisson argenté glissant dans le roulis de la vague.

Le majestueux rocher Percé et son arche emblématique sculptée par le temps et la mer a tout d’un vaisseau de pierre qui semble se diriger vers l’île Bonaventure. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Des fous par milliers
Cette joyeuse chorégraphie aérienne s’achève avec la nuit. Les oiseaux rejoignent leurs nids, sur l’île Bonaventure, dont la silhouette escarpée surgit au-delà du Rocher Percé. Les corniches creusées abritent des mouettes tridactyles, des macareux, des cormorans, des goélands et des petits pingouins ailés. Mais la colonie la plus importante est celle des fous de Bassan qui résident sur l’île de mai à octobre. Protégés sur le site devenu parc national, ils se laissent observer à quelques mètres à peine. Cette proximité exceptionnelle permet de découvrir le spectacle fascinant de milliers d’oiseaux, tellement occupés à se reproduire qu’ils en oublient la présence des nombreux touristes émerveillés par cette expérience. On se demande comment mâles et femelles, unis pour la vie, parviennent à se reconnaître au sein de cette foule caquetante et bruissant de battements d’ailes.

Cette colonie de fous de Bassan est la plus accessible au monde et offre aux visiteurs un spectacle haut en voltige aérien. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Il n’est plus possible de séjourner sur l’île Bonaventure et les quelques maisons abandonnées rappellent qu’autrefois une entreprise de pêche jersiaise, le Boutillier Brothers, y était installée et y prospéra durant près d’un siècle. Pour mieux comprendre ce que fut la vie des premiers colons, Basques, Bretons, Irlandais, etc…, il faut revenir sur la presqu’île, à l’ombre de la petite ville de Percé, dans le petit port de l’Anse-à-Beaufils. L’ancien magasin général de la compagnie Charles Robin a survécu grâce à la famille Cloutier, passionnée par l’histoire de sa région. C’est ici que les pêcheurs s’approvisionnaient et s’endettaient sur le produit de leur pêche. Tout est resté dans un joyeux bric-à-brac, réhabilité par les propriétaires qui accueillent les visiteurs en costumes d’époque. En écoutant leurs incroyables anecdotes sur la grande et la petite histoire de la vie gaspésienne, pour un peu, on se croirait revenu au siècle dernier.

Le magasin général historique construit en 1928 est un joyau patrimonial à découvrir d’autant que des animateurs en costume d’époque mettent en valeur la multitude d’objets qu’il abrite. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Infos pratiques
Renseignements : Pour tout renseignement utile pour organiser votre voyage, visitez les sites http://bonjourquebec.com/fr et de www.quebecmaritime.ca.
Quand y aller : L’été, bien sûr, en sachant qu’il commence tard au Québec. Pour être sûr de trouver tous les sites ouverts au public, il faut attendre le 20 juin, une saison idéale pour pouvoir encore observer les oiseaux et leurs petits.

Regards sur une cane eider et ses petits à peine éclos. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Comment y aller : Air Transat propose des vols depuis Paris en direction de Montréal pour un prix moyen de 650 euros. Il reste à prendre une correspondance jusque Québec ou Gaspé où il est possible de louer une voiture pour circuler dans la région.
Quelques adresses plus pointues autour des parcs : http://www.sepaq.com/pq/gas/; http://www.sepaq.com/pq/bic/; http://www.sepaq.com/pq/mig/; http://www.sepaq.com/pq/bon/

 

Écrit par Christiane Goor et Charles Mahaux

 
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