Selon un rapport, les scientifiques militaires chinois utilisent les universités à l’étranger en y séjournant sous couvert pour y usurper les ressources

Au cours des dix dernières années, Pékin a utilisé un programme secret pour renforcer ses forces armées en envoyant des scientifiques étudier dans des collèges et universités du monde entier, ce qui représente un risque pour les avantages stratégiques de l’Occident, selon le récent rapport d’un groupe de réflexion.

Le 30 octobre, l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI), un groupe de réflexion indépendant financé en partie par le ministère australien de la Défense, a publié un rapport détaillant le projet de Beijing d’envoyer des scientifiques ayant des liens avec l’Armée populaire de libération (APL) à l’étranger, principalement dans les pays de l’alliance Five Eyes – Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, États-Unis – ainsi que Singapour, Allemagne et Norvège.

De 2006 à 2017, les 5 principaux pays de destination des scientifiques militaires chinois ont été les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et l’Allemagne, selon le nombre de publications dont les scientifiques sont les coauteurs.

Le rapport estime que depuis 2007, plus de 2 500 scientifiques et ingénieurs militaires chinois ont voyagé à l’étranger, souvent en masquant leurs liens militaires.

Par exemple, lorsqu’ils divulguent leurs affiliations universitaires, les scientifiques utilisent un nom commun d’un institut militaire chinois au lieu du nom officiel. Par exemple, la National University of Defense Technology (NUDT), une académie militaire, serait plutôt appelée Changsha Institute of Technology.

Les scientifiques ont également eu recours à des noms d’institutions de recherche inexistantes comme couverture. Parfois, ils créaient des profils LinkedIn listés avec leurs fausses affiliations académiques afin d’établir une couverture crédible. D’autres ont revendiqué leur affiliation à de véritables institutions civiles dans les mêmes régions que leurs unités militaires.

Selon le rapport, l’APL décrit de tels projets comme « cueillir des fleurs dans des pays étrangers pour faire du miel en Chine », c’est-à-dire acquérir une technologie étrangère pour faire progresser les capacités militaires chinoises. Le rapport met en garde contre le risque d’espionnage par les scientifiques militaires chinois, en particulier ceux qui n’ont pas dit la vérité au sujet de leurs liens militaires.

La façon dont la Chine envoie ses scientifiques participer à des programmes à l’étranger est différente des échanges militaires classiques, où la compréhension, le dialogue et une relation mutuelle sont établis entre la Chine et les armées des pays hôtes.

Les scientifiques de l’APL n’ont que très peu ou pas d’interaction avec les responsables militaires de leur pays d’accueil.

Selon le rapport, environ la moitié des 2 500 scientifiques de l’APL sont des boursiers en études doctorales qui vont à l’étranger pour obtenir leur doctorat ou qui passent jusqu’à deux ans à l’étranger comme boursiers invités. Les autres restent moins longtemps, environ un an, en tant que chercheurs invités.

Sur les campus étrangers, ces scientifiques militaires chinois étudient généralement dans des domaines ayant des applications militaires, comme les missiles hypersoniques, la technologie de navigation, la physique quantique, le traitement du signal et la cryptographie.

La plupart de ces scientifiques sont issus de l’académie militaire de l’université nationale de Technologie de Défense (NUDT), selon le rapport. Les autres écoles chinoises qui ont envoyé de nombreux scientifiques sont l’université du génie de l’Armée à Nanjing, le Northwestern Institute of Nuclear Technology et la Rocket Force Engineering University dans la province du Shaanxi au centre de la Chine, l’Académie navale sous-marine à Qingdao, une ville portuaire située sur la côte est, et l’Académie du génie et du Chemical Defence Institute de l’Académie des sciences militaires à Beijing.

Le rapport identifie également les 10 principales destinations universitaires pour les scientifiques militaires chinois. La destination la plus populaire était l’Université technologique de Nanyang à Singapour, suivie de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) en Australie et de l’Université de Southampton au Royaume-Uni.

Plusieurs scientifiques militaires chinois bien connus de la Rocket Force Engineering University (RFEU) de l’APL, un important bras de recherche des forces de missiles de l’armée, ont été nommés dans le rapport pour avoir étudié à l’étranger. Le général de division Hu Changhua, qui dirige le centre d’essais et de simulation de missiles du REFU, a étudié pendant 4 mois en 2008 à l’université allemande de Duisburg-Essen.

Zhou Zhijie et Wang Zhaoqiang, scientifiques de RFEU, prétendaient appartenir à l’Institut de recherche de Xi’an, qui semble n’exister que sur papier, lorsqu’ils étaient chercheurs invités dans des universités en Angleterre.

Zhu Yijun, professeur agrégé à la PLA Information Engineering University (PLAIEU) de la Chine, a prétendu provenir du Zhengzhou Information Science and Technology Institute, un autre institut couvert, lorsqu’il étudiait à l’Université McMaster du Canada. Selon le rapport, M. Zhu a étudié la technologie des communications sans fil dans le cadre d’une vaste gamme d’applications militaires à McMaster.

Pour les universités qui ont décidé de collaborer avec des scientifiques militaires chinois en matière de recherche scientifique, le rapport met en garde contre de nombreux risques et coûts, notamment le fait que les scientifiques militaires chinois ne partageront probablement pas avec leurs collègues étrangers des percées majeures de valeur militaire. De plus, les universités pourraient risquer de nuire à leur réputation en travaillant avec la Chine – une armée non alliée.

Le rapport contenait plusieurs suggestions : l’une d’elles consiste à améliorer l’examen des demandes de visa afin que les scientifiques militaires soient identifiés et contrôlés comme il se doit. En outre, des règlements devraient être mis en place pour limiter la formation scientifique que le personnel militaire étranger peut recevoir pendant ses études à l’étranger.

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