L’affaire Khashoggi est exploitée dans les médias par les Frères musulmans et la Turquie

La couverture médiatique de l’assassinat du militant des Frères musulmans Jamal Khashoggi a depuis longtemps largement dépassé sa valeur en tant que sujet d’actualité et elle est aujourd’hui totalement gérée par les politiciens.

Le gouvernement des Frères musulmans en Turquie, dirigé d’une main de fer par le président Recep Tayyip Erdogan, a remarquablement profité de la situation pour creuser un fossé entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, le rival régional de la Turquie.

Les Turcs disposent depuis longtemps d’une très solide base de renseignement et, de toute évidence, le consulat saoudien à Istanbul était au moins entièrement couvert par des dispositifs d’écoute turcs. La lenteur de l’approvisionnement en informations des principaux médias est très bien jouée par les Turcs – ces médias sont leurs complices volontaires et insouciants des conséquences, car l’affaire de Khashoggi leur permet d’attaquer Donald Trump.

Le lent goutte-à-goutte d’information sur cette affaire se poursuivra au fur et à mesure que les Turcs, qui sont très professionnels et expérimentés, choisiront les moments opportuns dans le cycle des actualités pour continuer à faire jouer les médias occidentaux comme un violon bien accordé.

Le lien avec la CIA est peu probable

Gina Haspel, la directrice de la CIA, a récemment été chargée d’informer les autorités de surveillance du Congrès américain de ce que la CIA sait sur le meurtre de Khashoggi. Je n’ai pas besoin d’informations internes pour savoir exactement ce qu’elle leur a dit.

Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles la CIA n’avait pas de source d’information directe à l’intérieur d’un petit « commando » qui a tué Khashoggi. Il a toujours été difficile d’avoir un espion qui informe directement les États-Unis au sein d’une unité aussi petite, ce serait même impossible de nos jours.

En tant qu’ancien directeur de la CIA, John Brennan a publiquement et fièrement déclaré lors d’une interview donnée à la radio NPR que la CIA d’aujourd’hui dédaigne même l’idée d’avoir une source de renseignement qui est impliquée dans des activités illégales. Avec la modernisation de la CIA mise en œuvre sous la direction de M. Brennan, cette philosophie bien étrange pour une agence de renseignement a été cimentée et laissée inchangée par les directeurs ultérieurs de la CIA. Par conséquent, la directrice actuelle de la CIA n’a pu partager que des probabilités avec les autorités de surveillance du Congrès.

Il est probable que l’assassinat de Khashoggi a été ordonné, ou du moins toléré, par le prince héritier Mohammed bin Salman, ou prince MBS, comme on l’appelle aujourd’hui. Le prince MBS semble avoir consolidé son pouvoir et, par conséquent, il était probablement au courant du plan d’assassinat de Khashoggi ; il aurait même pu en donner l’ordre. Cela dit, nous n’en sommes pas certains et nous ne le saurons probablement jamais avec certitude.

Il y a une chance, bien que petite, qu’il ne le savait pas. L’affaire se déroulera comme c’est presque toujours le cas des affaires de ce genre. Une ou plusieurs personnes impliquées seront arrêtées et punies d’une manière ou d’une autre. Quelques hommes qui y seraient impliqués ont déjà été arrêtés.

L’absence de comparaison

Cependant, il y a un sujet qui ne fait pas l’objet de discussions dans les médias principaux. Cette absence met en évidence l’hypocrisie stupéfiante de leurs reportages et dévoile la nature purement politique de l’utilisation des informations dans le but de critiquer Trump.

On n’a qu’à comparer le grand nombre d’assassinats commis au Royaume-Uni par les Russes au cours des dernières années. BuzzFeed News a documenté dans ses reportages l’assassinat de 14 Russes, tués très probablement par les services de renseignements russes. Personnellement, je dirais que ce chiffre est bien supérieur à 20 rien qu’au Royaume-Uni.

Contrairement au prince héritier MBS, le président russe Vladimir Poutine a eu des décennies pour consolider son pouvoir et l’a fait de manière très efficace. Il sort du KGB, et il n’y a absolument aucune raison de penser que des choses peuvent se passer au sein des services de renseignements russes sans être contrôlées directement par Poutine. Les cas des Russes sont identiques à celui de Khashoggi, pourtant la presse ne se soucie pas du tout des Russes qui ont été assassinés.

Ainsi, on a un Saoudien tué en Turquie, probablement par un commando des services de renseignement saoudiens, comparé à une longue liste de citoyens russes tués au Royaume-Uni, probablement par des commandos des services de renseignement russes. Poutine exerce beaucoup plus de contrôle sur la Russie que le prince héritier sur l’Arabie saoudite, ce qui rend l’implication personnelle de Poutine encore plus certaine.

Pourtant les principaux médias ne cessent de nous bombarder avec des informations sur le meurtre saoudien, mais ils ignorent, pour la plupart, toute une série d’assassinats perpétrés par les Russes.

Brad Johnson

Brad Johnson est un agent supérieur des opérations de la CIA à la retraite et l’ancien chef d’une antenne de la CIA. Il est actuellement président de Americans for Intelligence Reform.

Le point de vue exprimé dans cet article est celui de son auteur et ne reflète pas nécessairement celui d’Epoch Times.

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