Midterms: comment Google a stoppé la vague rouge

Google et d'autres Big Tech focalisent les internautes sur les théories du complot pour camoufler leurs manipulations des midterms
Par Robert Epstein
16 novembre 2022 19:11 Mis à jour: 16 novembre 2022 19:11

Qu’est‑il arrivé à la gigantesque vague rouge qui devait écraser les démocrates lors des élections de mi‑mandat ? Tous les républicains du pays s’accusent les uns les autres d’être responsables du désastre. En définitive personne, ne regarde au bon endroit, et c’est précisément ce que les Big Tech recherchent.

D’après les enquêtes de mon équipe, Google et, dans une moindre mesure, Facebook et d’autres Big Tech, ont non seulement pris des mesures pour faire basculer des millions de votes au profit des démocrates lors des élections de mi‑mandat, mais ils utilisent leur influence pour répandre des rumeurs et des théories du complot afin de s’assurer que le public cherche partout des explications sauf par chez eux.

Deux jours avant les élections de mi‑mandat de 2022, j’ai publié un article expliquant comment Google et d’autres Big Tech manipulaient les intentions de vote de millions d’électeurs à leur insu.

Google n’est pas le seul coupable, mais il s’agit du plus important, du plus offensif et du plus arrogant.

Durant plusieurs mois, Google a manipulé les électeurs indécis pour qu’ils votent bleu en affichant des contenus politiquement biaisés dans son moteur de recherche, en supprimant des contenus qui ne devaient être vus, en recommandant des vidéos de gauche sur YouTube (pdf) (dont Google est propriétaire), en envoyant des dizaines de millions d’e‑mails dans les boîtes de spam des gens, et en envoyant des rappels de vote sur sa page d’accueil principalement aux électeurs libéraux et modérés.

Ces manipulations (et d’autres) n’affectent pas les électeurs ayant des points de vue tranchés, mais elles ont un impact énorme sur les électeurs indécis (pdf). Or, ce sont précisément ces électeurs qui décident de l’issue des élections serrées.

Je sais que Google a fait ces choses (et bien d’autres encore !) parce qu’en 2022, mon équipe et moi‑même avons décidé de faire exactement ce qu’ils nous font à nous et à nos enfants 24/7. Nous avons surveillé le contenu à caractère politique que Google et d’autres Big Tech montraient réellement à différents types d’électeurs. Nous avons mis en place une équipe politiquement diversifiée avec 2742 personnes pour surveiller l’activité politique de Google. Ces personnes vivaient principalement dans des États où les élections sont serrées.

Nous avons prêté une attention particulière à ce que les employés de Google nomment les « expériences éphémères ». Il s’agit d’un contenu qui apparaît brièvement, affecte les gens, puis disparaît. En 2018, dans des courriels de l’entreprise qui ont fuité, les employés de Google discutaient de la façon dont ils pourraient utiliser ces expériences éphémères pour changer l’opinion publique sur l’interdiction de voyager de Trump. Ils savent à quel point les expériences éphémères peuvent être puissantes. C’est un des secrets les mieux gardés de la direction de Google.

Le contenu éphémère est idéal à des fins de manipulation. Si on reçoit un rappel de vote sur la page d’accueil de Google (voir l’image ci‑dessous pour un rappel de vote envoyé à un électeur libéral le jour des élections), comment savoir si d’autres personnes le reçoivent ? On ne le sait pas, et si on ne reçoit pas ce rappel, on sait d’autant moins que d’autres l’ont reçu.

Un rappel de vote envoyé à un électeur libéral à 11h25 le 8 novembre 2022 (capture d’écran via Google).

Mais nous avons capturé, regroupé et analysé le contenu que Google et d’autres entreprises envoyaient sur les ordinateurs des quelque 2000 électeurs surveillant l’activité politique de Google, afin de pouvoir estimer avec précision le nombre de rappels de vote envoyés par Google aux libéraux, aux modérés et aux conservateurs. Au total, dans les semaines qui ont précédé les élections de mi‑mandat 2022, nous avons gardé la trace de plus de 2,5 millions de ces expériences éphémères.

Lorsque nous avons utilisé des méthodes similaires pour surveiller le contenu envoyé par les Big Tech aux électeurs avant l’élection présidentielle de 2020, nous avons constaté que Google envoyait moins de rappels de vote aux conservateurs qu’aux modérés et aux libéraux. Les messages ciblés de ce type constituent une manipulation flagrante qui peut, le jour du scrutin dans une élection nationale aux États‑Unis, générer 450.000 votes supplémentaires pour le candidat favori.

En 2020, nous avons fait part de nos conclusions aux membres du Congrès, et le 5 novembre 2020, trois sénateurs américains ont envoyé une lettre (pdf) au PDG de Google qui résumait nos données. En conséquence, Google a désactivé ses manipulations. Lors du second tour du Sénat de Géorgie qui a suivi l’élection présidentielle, personne n’a reçu de rappel de vote de la part de Google.

Mais nous n’avons pas été aussi chanceux cette fois‑ci. L’article que j’ai publié juste avant l’élection n’a eu aucun effet sur Google, et cette année, nous n’avons pas réussi à trouver un membre du Congrès pour lui envoyer une lettre d’avertissement (en réalité, cela s’est joué à peu de choses).

Par conséquent, les résultats de recherche de Google sont restés politiquement biaisés le jour de l’élection, tout comme les recommandations « up‑next » sur YouTube. Google a également envoyé des rappels de vote ciblés dans la plupart des États pivots.

Si des manipulations de ce type ont été utilisées à l’échelle nationale au cours des mois précédant les élections de mi‑mandat, Google pourrait à lui seul avoir déplacé 80 millions de votes au fil du temps (ces votes étant répartis sur des centaines d’élections). Nous aurons une estimation plus précise sur l’impact des Big Tech lors des midterms en examinant les données dans les prochaines semaines.

C’est la raison pour laquelle la vague rouge s’est essoufflée, car Google a pesé sur la balance numérique pendant des mois.

Compte tenu de l’inflation, de l’économie chancelante et de la faible cote de popularité de Joe Biden, sans parler du redécoupage électoral massif que les républicains ont opéré récemment dans de nombreux États (également appelé « gerrymandering »), les républicains auraient dû facilement dominer les courses au Sénat et obtenir 60 sièges ou plus à la Chambre des représentants (comme ils l’ont fait lors des élections de mi‑mandat de 2010, lorsque Barack Obama était au pouvoir). Cette fois, ils parviendront tout juste à se retrouver avec une faible majorité à la Chambre et un partage égal au Sénat (ce qui signifie qu’il reste sous contrôle démocrate).

Bien que nous n’ayons pas été en mesure d’arrêter les manipulations en 2022, la bonne nouvelle est que nous avons pu préserver un trésor de preuves incriminantes, ces 2,5 millions d’expériences éphémères. En 2023, cet important ensemble de données pourra être utilisé par les autorités pour dénoncer les Big Tech. Cela se produira certainement si les républicains contrôlent la Chambre.

Et nous continuons à perfectionner notre bouclier numérique. D’ici fin 2023, nous surveillerons 24/24 le contenu que les Big Tech envoient à un échantillon représentatif de plus de 20.000 électeurs et enfants dans les 50 États américains, et nous signalerons les contenus suspects aux autorités et aux journalistes dès que nous les trouverons.

Ce bouclier numérique, le premier du genre dans le monde, protégera notre démocratie et nos enfants des manipulations potentielles des technologies actuelles et émergentes pour de nombreuses années.

Enfin, un conseil : dans les semaines et les mois à venir, vous serez probablement bombardés d’histoires effrayantes sur la façon dont les élections de mi‑mandat ont été entachées de faux bulletins de vote et d’autres sales tours, tout comme vous l’avez été après l’élection présidentielle de 2020. Faites de votre mieux pour ignorer ces histoires.

Dans le cas des sales tours de ce type, si un parti peut les utiliser, l’autre aussi. Certes, si certaines de ces histoires s’avèrent vraies (la plupart ne le seront pas), les coups bas du type de ceux dont les gens parlent en ligne font peu de différence dans des résultats électoraux. Parfois, ils ne déplacent que des centaines de voix. Il est rare qu’ils en déplacent des milliers.

De plus, si ces histoires se répandent comme une traînée de poudre sur les plateformes de médias sociaux, c’est uniquement parce que les Big Tech veulent qu’elles se répandent. Les plateformes telles que Facebook et Instagram (qui font toutes deux partie de Meta), Twitter et YouTube (propriété de Google) ont un contrôle total et absolu sur la diffusion virale de ces histoires.

On se souvient encore que Twitter et Facebook ont supprimé tout ce qui avait trait à l’ordinateur portable de Hunter Biden en 2020. Aujourd’hui encore, ces entreprises peuvent diffuser ou supprimer le contenu à leur guise.

Lorsqu’une théorie du complot se répand, il s’agit généralement d’une manipulation à grande échelle visant à détourner l’attention. Les Big Tech permettent à de telles histoires de se répandre, voire elles forcent la tendance, pour créer un effet de digression qui les protège elles‑mêmes. Si on est focalisé par de faux bulletins de vote, on ne prête pas attention au fait qu’une Big Tech manipule les intentions de vote par millions.

Bien sûr, les faux votes semble beaucoup plus diabolique que « l’envoi de rappels de vote ciblés », mais ce n’est pas le cas. Les votes truqués ont peut d’effet dans le concret. Mais des rappels ciblés pour qu’on s’inscrive et qu’on vote sur la page d’accueil de Google, qui est consultée plus de 500 millions de fois par jour aux États‑Unis, peuvent transformer les intentions de vote par millions.

Ce type de manipulation ne peut être contré, car il est contrôlé exclusivement par la plateforme. Les gens ne s’en aperçoivent pas, et, à l’exception de la surveillance effectuée par mon équipe, cette manœuvre ne laisse aucune trace.

Si on voit une théorie du complot déferler sur une plateforme Facebook ou dans un média (même sur Fox News qui amplifie souvent les histoires effrayantes qui se répandent en ligne), il faut se poser la question suivante : cette histoire est‑elle réelle, ou suis‑je une fois de plus manipulé par les seigneurs de la tech (pdf) ?

Il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’une manipulation, une fois de plus.

Robert Epstein, Ph.D., ancien rédacteur en chef de Psychology Today, est psychologue et chercheur principal à l’American Institute for Behavioral Research and Technology. Docteur de l’université de Harvard, il a publié 15 livres et plus de 300 articles sur l’IA et d’autres sujets. Son témoignage au Congrès en 2019 sur la menace que représente les Big Tech pour la démocratie peut être consulté sur EpsteinTestimony.com. Pour en savoir plus sur ses recherches sur l’influence en ligne, rendez-vous sur MyGoogleResearch.com.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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