« Nous devrions avoir le même type d’armement que les narcotrafiquants », déclare Axel Ronde, porte-parole du syndicat CFTC Police

Par Julian Herrero
29 mai 2024 17:44 Mis à jour: 1 juin 2024 17:09

Entretien – Axel Ronde, porte-parole du syndicat apolitique CFTC Police, répond aux questions d’Epoch Times sur l’extrême-violence des narcotrafiquants, les affrontements entre les supporters ultras du PSG et de l’OL le week-end dernier et la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques.

Epoch Times – La semaine dernière sur Cnews, vous avez fait état de la « violence extrême » des narcotrafiquants. Une grenade a été lancée en pleine rue à Aubervilliers jeudi dernier. Comment parviennent-ils à se procurer ce type d’armes ?

Axel Ronde – C’est tout le problème. On sait qu’il y a des filières de trafic d’armes en provenance d’Europe de l’Est. Quand des pays sont déstabilisés ou en guerre, comme la Yougoslavie entre 1991 et 2001 ou l’Ukraine depuis 2022, une partie de l’armement est redistribué à des mafias qui les acheminent sur des filières.

Malheureusement, ce sont des filières mafieuses qui revendent les armes à des caïds dans certaines zones en France.

Les policiers sont-ils formés pour faire face à ces armes ?

Ce n’est pas une question de formation, mais plutôt de réponse, notamment en termes d’armement. Nous devrions avoir le même type d’armement que les narcotrafiquants. Depuis les attentats du Bataclan, il existe une refonte du schéma d’intervention, mais aussi des habilitations sur des armes de type G36 ou des HK UMP en 9 mm. Mais maintenant, ce sont uniquement certaines unités qui peuvent en bénéficier ; les brigades anticriminalité, les compagnies d’intervention et les CRS.

On sait pertinemment que si les jeunes trafiquants possèdent de plus en plus d’armes de guerre, ils vont les retourner contre nous. Ils les utilisent déjà entre eux lors des règlements de compte. Regardez ce qu’il s’est passé il y a quelques semaines à Marseille, des policiers de la Bac ont été pris pour cible par des individus avec des armes de type Kalachnikov. Dans l’Eure, des collègues de l’administration pénitentiaire ont été massacrés par un commando qui n’a pas hésité à utiliser des armes de guerre.

Il y a une violence inouïe dans notre société, et nous allons nous retrouver face à des individus qui n’ont pas froid aux yeux. Ce n’est plus le grand banditisme comme à l’époque, qui avait « certaines valeurs » ou qui agissait en respectant certaines règles. Aujourd’hui, c’est l’anarchie totale et la loi du plus fort.

Pendant 30 ans, on a laissé le trafic s’installer en ne voulant pas regarder les difficultés et on a abandonné certaines zones aux mains de ces trafiquants. Ils sont finalement en train de se substituer à l’État puisqu’on voit qu’ils redistribuent l’argent à des jeunes pour la surveillance des points de vente de drogue.

Ces individus sont extrêmement intelligents et compétents. Quand on ferme des points de deal, ils sont capables d’en rouvrir d’autres rapidement et parviennent à se réapprovisionner en produits stupéfiants et en logistique.

Nous avons mis en place énormément de dispositifs pour casser ce trafic de drogues. Notre ministre de l’Intérieur est courageux parce qu’il est le seul à avoir pris la mesure des difficultés qu’engendre le trafic de drogue ou devrais-je dire de cette mafia, notamment avec les opérations place nette XXL. Il a mis un coup de pied dans la fourmilière, et a réellement identifié le problème.

Cela va prendre un certain temps parce qu’on a laissé faire. Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on arrivera à démanteler l’ensemble du trafic de drogue en France, mais il y a au moins cette volonté politique. On espère qu’elle va durer parce qu’on sait très bien que les hommes politiques sont souvent changeants. Et le ministère de l’Intérieur a connu pendant plusieurs années une période d’instabilité. Les ministres ne sont pas restés longtemps en fonction. Mais Gérald Darmanin, lui, est toujours en poste. Il ne fait pas semblant et effectue un bon travail pour nous et plus particulièrement sur le sujet des produits stupéfiants.

Cependant, je sais que c’est un homme politique. Il ne se contentera pas toujours du ministère de l’Intérieur.

Les opérations place nette ont donc fourni des résultats satisfaisants ?

Bien sûr. Il faut toujours être dans l’action et dans la déstabilisation, même si nous savons qu’ils vont se réorganiser. Mais cela nous permet d’avoir du renseignement. Quand vous vous attaquez à des filières et que vous interpellez des individus, vous récupérez du renseignement, que ce soit sur les téléphones portables, les ordinateurs ou des carnets.

Il y en a qui notent une multitude d’éléments qui nous aide à comprendre le mécanisme et de savoir comment ils se sont approprié les marchés. Tout ce travail nous permet d’aller à la source pour pouvoir démanteler les gros réseaux de trafiquants.

Au-delà des opérations place nette XXL, il y a également beaucoup d’autres opérations qui nous permettent de faire des saisies record de produits stupéfiants et de démanteler des réseaux. Plusieurs tonnes de cocaïne ou de cannabis sont saisies régulièrement, que ce soit dans les ports ou des zones bien particulières qu’on parvient à identifier.

Des affrontements ont éclaté ce week-end entre des supporters ultras de l’OL et du PSG au niveau de la gare de péage de Fresne en marge d’un match entre les deux clubs. Que préconise la CFTC pour que ces rixes ne se reproduisent plus ?

Il faut déjà une grande fermeté, en particulier de la part de la Justice.

Malheureusement, les sanctions ne sont pas assez dissuasives et n’empêchent pas l’envie de récidive. Nous sommes favorables à des peines prononcées rapidement par la Justice. Par exemple, enfermer pendant plusieurs jours des primo-délinquants pour leur montrer la force de l’État et de la loi.

Pour empêcher la récidive dans l’hooliganisme, nous préconisons l’interdiction de déplacement des supporters sur les matchs qui sont classés à haut risque. Il faudrait que des matchs se déroulent sans spectateurs jusqu’à ce que les clubs aient compris la problématique, parce que ce sont souvent des associations des deux clubs qui posent un problème. Au moins, que les clubs s’en séparent, qu’ils leur interdisent de venir dans les stades, d’avoir ces associations et d’utiliser des bus etc. Il faut donc que les clubs comprennent que c’est leur responsabilité. La police est trop souvent pointée du doigt et les clubs ne prennent pas leur part de responsabilité, alors que ce sont eux qui organisent les matchs.

Le sport est porteur de valeurs. Il ne consiste pas à aller affronter les supporters de l’équipe adverse et de chercher la moindre faille dans le dispositif de sécurité pour aller à l’affrontement.

Dans moins de deux mois, les Jeux olympiques vont débuter. La cérémonie d’ouverture va se dérouler sur la Seine. Quelle est la position de votre syndicat ?

Il est évident que moins l’étendue de la cérémonie d’ouverture sera vaste, mieux ce sera pour nous en matière de sécurité. Plus il y a une grande distance et un grand nombre de spectateurs, plus les problèmes vont se poser et nous devrons mobiliser plus d’effectifs.

Cela serait plus simple, si nous pouvions avoir un autre schéma, même si les jauges d’accueil du public ont déjà été réduites. Les Jeux olympiques vont durer plus de deux semaines. 100% des effectifs de police et de gendarmerie sont mobilisés sur l’ensemble des événements sans possibilité de prendre des jours de congés.

Je rappelle que nous sommes déjà présents sur plusieurs fronts, notamment en Nouvelle-Calédonie où nous avons dû faire face à des émeutes extrêmement violentes et au cours desquelles ont été blessés des fonctionnaires de police et des gendarmes.

Tout ce travail va nous épuiser, d’autant plus que depuis les manifestations des gilets jaunes de 2018, nous sommes pleinement mobilisés. On aurait donc apprécié que la pression soit diminuée et que la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques soit réduite. Mais je sais qu’il y a des impératifs de prestige. Ce n’est pas tous les jours que la France accueille cet événement. Les Jeux seront regardés dans le monde entier.

En-tout-cas, nous ferons notre maximum pour que la cérémonie se déroule bien en termes de sécurité. Et on mettra  évidemment tout notre cœur à cela. Autrement, l’image de la France en pâtirait. La République a besoin de nous. Nous serons présents.

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