Pékin veut restreindre la liberté d’expression au nom d’un Internet « civilisé »

La liberté Internet en danger
Par Anders Corr
7 novembre 2021 22:17 Mis à jour: 7 novembre 2021 22:17

Le Parti communiste chinois (PCC) « civilise » Internet à l’intérieur de ses frontières et propose des mesures pour partager ses techniques de répression favorites sur l’ensemble du globe, une évolution inquiétante pour ceux qui souhaitent éventuellement préserver leur liberté en ligne.

L’Administration du cyberespace de Chine (CAC), le régulateur chinois du cyberespace souhaite établir un Internet « civilisé », remodeler le paysage Internet pour desservir la propagande du PCC. Ainsi, le directeur de la CAC, Zhuang Rongwen  a-t-il écrit dans un article publié sur le site Web de l’administration le 27 octobre que cela permettra de faire de la Chine une « civilisation socialiste moderne ».

Le régime de Pékin n’ambitionne pas seulement de réglementer intégralement le contenu chinois, il souhaite également influencer l’utilisation de l’Internet dans le monde entier et promeut à cet effet de nouvelles normes aux Nations unies. Au début du mois d’octobre, la BBC a alerté le Parlement britannique sur ces propositions du PCC, estimant qu’elles servaient à « inhiber le flux des médias internationaux ». Ainsi, la chaine a-t-elle expliqué que la « nouvelle propriété intellectuelle » proposée par Pékin exigerait que les utilisateurs ne puissent utiliser Internet qu’en étant inscrits et identifiés, les gouvernements pouvant de ce fait les radier à leur guise.

Selon l’agence de cyberespionnage britannique, le Government Communications Headquarters (GCHQ), le contrôle croissant d’Internet par Pékin, ainsi que ses nombreux abus (vol de la propriété intellectuelle, désinformation, censure) menacent de « faire voler en éclats » l’outil de communication mondiale.

Le PCC veut évidemment que nous fassions ce qu’il dit, non ce qu’il fait.

Les innovations chinoises en matière de cybercontrôle ont des implications mondiales et évoluent particulièrement rapidement. Selon M. Zhuang, les entreprises Internet doivent progresser en termes d’autodiscipline, apprendre à promouvoir les « bons » modèles, stopper les comportements néfastes tels que la cyberintimidation (les comptes diplomatiques chinois coordonnés sur Twitter n’étant pas concernés).

L’article du directeur du CAC fait écho aux directives publiées en septembre par le Conseil d’État chinois, qui préconisent également la création d’un Internet « civilisé » dans lequel le cyberespace doit servir la propagande du PCC, permettre une surveillance accrue du régime sur les informations, les diffusions en direct et tous types de plateformes. Un Internet dans lequel chaque utilisateur doit participer à cette surveillance, probablement en dénonçant aux autorités toute infraction perçue chez son cybervoisin. Un membre de votre famille regarde par-dessus votre épaule ? On risque de frapper à la porte…

Le « nihilisme historique » qui oserait critiquer le rôle prépondérant du PCC, contester son indispensable suprématie, n’aura en aucun cas sa place dans la future dystopie Internet du PCC, ou seuls l’éloge des valeurs morales socialistes et à la glorification des travailleurs communistes exemplaires seront les bienvenus.

Le 26 octobre, la CAC a publié un projet de nouvelles règles qui empêcheraient les utilisateurs de médias sociaux bannis d’une plateforme de pouvoir ouvrir des comptes ailleurs. L’adoption du projet mettrait fin à une des rares échappatoires au contrôle en ligne croissant du PCC. Les nouvelles règles contraindraient également les plateformes à afficher la localisation des utilisateurs, ceux-ci devenant ainsi facilement repérables par la police locale. Vous venez de poster une photo de votre groupe de musique préféré ? Au risque de vous faire passer les menottes…

Les utilisateurs nationaux devront indiquer leur ville ou leur province, tandis que les utilisateurs internationaux devront indiquer leur pays.

En 2017, la Chine a commencé à exiger que les internautes, y compris les microblogueurs et les utilisateurs de messageries instantanées, se connectent au moyen d’une pièce d’identité, d’un téléphone portable ou d’autres documents. Ces exigences sont fondées sur la loi de 2017 sur la cybersécurité du régime, qui impose un Internet « propre et sain », exempt non seulement de voix politiques dissidentes, mais aussi d’anecdotes futiles sur les célébrités ou d’analyses boursières. Les groupes de rock ne sont pas les bienvenus non plus, à moins qu’ils ne portent la tenue (maoïste ?) appropriée et qu’ils interprètent les vieilles idées communistes sur de nouveaux airs. Que la fête commence, camarades !

Cet automne, la CAC a publié des directives pour contraindre les plateformes et les gestionnaires de contenu à renforcer la censure, et surtout l’autocensure, pour tous les utilisateurs. Les ordonnances imposent également une réduction de l’utilisation des algorithmes par les applications, particulièrement ceux qui desservent la propagande du PCC. Enfin, un ajout en 10 points n’aura pas manqué d’expliquer aux administrateurs en ligne comment réduire la présence des célébrités, de leurs fan-clubs, la violence et la vulgarité.

En août, la CAC s’est attaquée aux journalistes citoyens et aux analystes boursiers qui « interprétaient incorrectement les politiques économiques en prévoyant un ralentissement des marchés financiers ». Ainsi, a-t-on ciblé les comptes « auto-médias » indépendants diffusant de fausses nouvelles et des rumeurs visant à intimider les entreprises. À l’avenir, en écoutant nos grands groupes de rock maoïstes préférés, nous jouiront de prévisions économiques au beau fixe.

Parallèlement aux récentes mesures de répression prises par Pékin à l’encontre des secteurs de la technologie, de l’éducation et du divertissement en Chine, la lutte mondiale de la CAC contre la liberté Internet vise à établir le meilleur des mondes communistes dans votre ordinateur. À moins que l’Internet « non civilisé » ne riposte.


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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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