Valérie Bacot : cinq ans de prison, dont quatre avec sursis pour le meurtre de son mari violent et proxénète

Par Epoch Times avec AFP
25 juin 2021 14:26 Mis à jour: 25 juin 2021 17:28

Valérie Bacot a été « une victime, très clairement » du mari proxénète qu’elle a tué d’une balle dans la tête : le ministère public a demandé ce vendredi la clémence pour celle qu’on surnomme souvent « la nouvelle Jacqueline Sauvage », requérant une condamnation de principe, sans réincarcération.

« Valérie Bacot ne pouvait pas prendre la vie de celui qui la terrorisait » mais il faut « fixer l’interdit sans réincarcérer », a estimé l’avocat général Eric Jallet devant les assises de Saône-et-Loire, soulignant que ses quatre enfants avaient « besoin » de leur mère.

L’avocat a ainsi requis cinq ans de prison, dont quatre avec sursis, ce qui ferait sortir libre Valérie Bacot du palais de justice, considérant l’année qu’elle a déjà effectuée en détention provisoire pour l’assassinat de son mari.

Valérie Bacot a tué à l’âge de 35 ans Daniel Polette, 61 ans, le 13 mars 2016, après près de 25 ans de viols, violences et de prostitution contrainte. Elle encourt la perpétuité. « Une société qui se fait justice soi-même, c’est la guerre des uns contre les autres », a estimé l’avocat général. Mais « Valérie Bacot est victime, très clairement », a-t-il reconnu.

Valérie Bacot arrive au palais de justice de Chalon-sur-Saône, le 21 juin 2021, dans le centre-est de la France, avant l’audience d’ouverture de son procès pour le meurtre de son beau-père devenu mari. (Photo : JEFF PACHOUD/AFP via Getty Images)

« C’était elle ou lui »

Une condamnation, si clémente soit-elle, serait cependant encore trop pour Valérie Bacot, a de son côté plaidé Nathalie Tomasini qui, avec Janine Bonaggiunta, défend Mme Bacot. Les deux avocates ont été les conseils de Jacqueline Sauvage, devenue le symbole des violences conjugales après avoir été condamnée pour avoir tué son mari, puis graciée en 2016.

« Comment la société pourrait demander réparation à Valérie Bacot alors qu’elle n’a pas su la protéger ? », a demandé Me Tomasini, listant une « chaîne de dysfonctionnements multiples », en particulier les deux signalements que des proches de l’accusée ont fait à la gendarmerie, en vain.

L’avocate a au contraire demandé l’acquittement, plaidant l’abolition du discernement, donc l’irresponsabilité pénale, en se basant sur un arrêt canadien de 2006 qui a permis la relaxe d’une femme victime d’un « syndrome de la femme battue » pendant 30 ans et qui a tué son mari bourreau dans son sommeil. Cet arrêt a estimé que l’accumulation de violences avait entraîné un « geste d’automaticité » : le meurtre n’a « pas été une décision mais était automatique », a expliqué Me Tomasini.

« C’était elle ou lui », a pour sa part estimé sa collègue, Me Bonaggiunta, rappelant que le mari de Valérie Bacot lui avait pointé une arme sur la tête en lui promettant qu’il la tuerait, elle et ses enfants, si elle le quittait. « Marionnette » aux mains d’un « tyran », Valérie Bacot était « prise dans une toile d’araignée, sans aucun recours possible à la loi », a-t-elle ajouté, demandant elle aussi l’acquittement ou une « peine symbolique ».

Sous « emprise permanente »

Le procès, ouvert lundi, a dépeint les violences extrêmes subies par Valérie Bacot et sa peur de les voir se perpétuer à l’encontre de sa propre fille, Karline, qui avait 14 ans au moment des faits. Des experts psychiatre et psychologue ont souligné que l’accusée n’avait aucune autre « échappatoire » que de « faire disparaître » son mari tant elle souffrait de son « emprise permanente » et de sa « surveillance » très serrée, ce qui l’empêchait d’aller porter plainte.

Le mari de Mme Bacot, alcoolique et violent, l’a prostituée pendant 14 ans. Il a commencé à la violer alors qu’elle n’avait que 12 ans et qu’il était encore l’amant de sa mère. Condamné et incarcéré en 1996, l’homme est pourtant autorisé, dès sa sortie de prison en 1997, à réintégrer le domicile familial où « tout a recommencé comme avant », selon Mme Bacot.

Elle tombe enceinte à 17 ans et part s’installer avec « Dany », expliquant cette décision surprenante par le besoin d’offrir un « père » à son enfant qu’elle voulait garder.

« Je voudrais dire pardon à mes enfants de ce que je leur ai fait endurer », a-t-elle déclaré avant que les jurés ne se retirent délibérer, dans une référence à l’enfouissement du corps de Daniel Polette, auquel ont participé deux enfants de Mme Bacot. « Je ne pense qu’à une chose : être avec mes enfants », a-t-elle ajouté dans un filet de voix, peu après un malaise survenu juste après les réquisitions.

 

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