La Géorgie : une réussite économique malgré de nombreux obstacles

Par PAATA SHESHELIDZE
31 janvier 2023 13:34 Mis à jour: 6 février 2023 19:15

Alors que de remarquables réformes politiques et économiques ont été accomplies à point nommé dans les États baltes au début des années 1990, la Géorgie est restée sous l’influence directe de la Russie jusqu’à récemment. Elle en dépendait pour le commerce, le pétrole, le gaz, l’électricité, le blé et diverses céréales, les transferts de fonds, entre bien d’autres choses.

Une longue liste de mesures spécifiques venait aggraver cette dépendance :

* Le 19 décembre 2005, la Russie a interdit toute importation de produits agricoles en provenance de Géorgie, sous le prétexte officiel que ces produits étaient de mauvaise qualité. Il en est résulté de graves tensions politiques en raison du rôle important du secteur agricole dans l’économie géorgienne.

* En janvier 2006, les Russes ont augmenté le prix du gaz naturel exporté vers la Géorgie, le faisant passer de 65 à 110 dollars par 1 000 mètres cubes. Il s’agissait d’une lourde pénalité pour un pays qui dépend presque à 100 % du gaz russe.

* Au printemps 2006, ce sont les eaux minérales, le vin, les produits viticoles, le brandy et le champagne géorgiens qui ont été frappés d’interdiction. Un autre coup dur, puisque la Géorgie est un pays traditionnellement viticole et que la Russie représentait près de 80 % de ses exportations de vin et de boissons alcoolisées.

* En octobre 2006, la Russie a suspendu les vols des compagnies aériennes géorgiennes vers son territoire et introduit de nouvelles entraves aux voyages et aux services de communication, bancaires et postaux.

* En janvier 2007, elle a encore fortement augmenté le prix du gaz naturel, qui est passé cette fois-ci de 110 à 230 dollars pour 1 000 mètres cubes. Quelques semaines plus tard, l’explosion d’un gazoduc a interrompu l’approvisionnement en gaz naturel pendant plusieurs jours, qui furent les plus froids de l’hiver. Le gaz naturel et aussi l’électricité (en raison de la forte dépendance de sa production au gaz) ont été coupés dans toute la Géorgie.

 

Comment la Géorgie a-t-elle pu faire face à un adversaire militaire et économique beaucoup plus fort ?

Guidée par des réformateurs intimement convaincus des mérites du libre marché, la Géorgie a pris, fin 2004, le chemin de la liberté économique. Les réformes ont permis de réduire la réglementation, l’arbitraire des fonctionnaires et la corruption. Une libéralisation unilatérale du commerce a été mise en œuvre, il est devenu plus simple d’investir et de voyager, les visa ont été supprimés pour les citoyens en provenance de la plupart des autres pays. Beaucoup de biens et d’entreprises appartenant à l’État ont été privatisés. Les démarches ont été facilitées pour ceux qui voulaient faire des affaires en Géorgie et il est devenu possible de créer une entreprise en une seule journée, pour des coûts minimaux, sans exigence d’apport de capital et sans différence de traitement entre les locaux et les étrangers. Plus d’obstacle non plus pour l’ouverture d’un compte bancaire, que l’on soit un particulier ou une entreprise. Autres facteurs clés de la réussite : le rétablissement de la confiance dans la police, l’organisation de services publics transparents selon le principe du guichet unique et l’introduction de nombreuses bonnes pratiques économiques qui avaient fait leurs preuves dans des pays plus libres, tels que la Nouvelle-Zélande, Hong Kong, Singapour, la Pologne ou l’Estonie. La Géorgie est rapidement devenue un pays où l’on avait envie de  vivre et de faire des affaires. Elle a repris confiance en elle et commencé à envisager qu’une vie meilleure était réellement possible.

Elle est évidemment passée du gaz russe au gaz azerbaïdjanais, a réorganisé son secteur énergétique, se dégageant de sa dépendance envers la Russie, bien que n’ayant pas tout à fait coupé les ponts. Elle n’a pas, par exemple, établi un contre-embargo sur les marchandises, les investisseurs et les voyageurs d’affaires russes ; ni imposé de visa aux touristes russes.

La réorientation de l’agriculture géorgienne vers d’autres pays, notamment les importateurs européens, a permis aux entrepreneurs ruraux, en particulier aux producteurs de vin et de spiritueux, de pénétrer d’autres marchés et d’améliorer la qualité.

L’embargo économique est ainsi devenu un motif supplémentaire de réforme et, en 2010, la Géorgie a été reconnue par la Banque mondiale comme le pays le plus réformateur d’Europe. Elle est devenue un pays économiquement libre, comme l’établissent des études telles que l’Economic Freedom in the World du Fraser Institute ou l’Economic Freedom Index de l’Heritage Foundation[1]. Sans doute un cas d’école.

[1] Dans le classement mondial de l’Index de liberté économique de l’Heritage Foundation, la Géorgie est classée 26e, juste derrière les Etats-Unis.

Article écrit par Paata Sheshelidze, économiste, président de la New Economic School-Géorgie, avec l’aimable autorisation de l’IREF.

L’IREF est un « think tank » libéral et européen fondé en 2002 par des membres de la société civile issus de milieux académiques et professionnels dans le but de développer la recherche indépendante sur des sujets économiques et fiscaux. L’institut est indépendant de tout parti ou organisation politique. Il refuse le financement public.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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