Témoin du prélèvement forcé des organes d’une personne vivante, un ancien médecin de l’état-major militaire chinois nous raconte cette horrible expérience

« Même les yeux fermés je revoyais l’opération à vif, …quel cauchemar ! »

Note de la rédaction : Lorsque la journaliste d’Epoch Times Yi Ling a rencontré George Zheng à Toronto pour mener cette entrevue, elle a été surprise par l’expression troublée de son visage. Marqué à vie, il a dû s’arrêter à plusieurs reprises pour se ressaisir alors qu’il luttait avec sa propre douleur et sa peur du souvenir de cette horrible expérience.

Pour des raisons de sécurité, cet article omet certains moments précis, ainsi que les coordonnées de la personne interrogée.

Affectation militaire secrète

Les événements que je m’apprête à décrire se sont produits dans les années 1990. À l’époque, j’étais un étudiant sur le point d’obtenir mon diplôme d’une certaine école de médecine militaire en Chine. J’étais interne au Département d’urologie de l’hôpital général de l’armée de Shenyang. Un jour, l’hôpital a reçu un appel téléphonique de la région militaire de Shenyang, dans le nord de la Chine, disant qu’un ordre avait été lancé au personnel médical de monter immédiatement à bord d’un véhicule pour aller accomplir une tâche militaire.

Le groupe de six personnes choisies comprenait deux infirmières, trois médecins militaires et moi-même, un interne. Le chef de service a donné un ordre : à partir de ce moment, nous devions couper tout contact avec le monde extérieur, incluant la famille et les amis.

Nous sommes immédiatement montés à bord d’une camionnette, dont l’intérieur était entièrement recouvert d’une bande de tissu bleu clair. L’hôpital a également envoyé un véhicule militaire. La porte n’était pas encore fermée et à l’intérieur,  je pouvais voir un soldat tenant un fusil.

Le véhicule militaire a ouvert la voie. En descendant l’autoroute, le véhicule militaire a mis sa sirène et toutes les voitures ont cédé. Nous roulions à très grande vitesse.

Un soldat chinois monte la garde lors d’un événement à Pékin le 1er mars 2018. (Greg Baker/AFP/Getty Images)

Finalement, nous sommes arrivés à destination et après être sortis de la camionnette, nous nous sommes retrouvés dans un endroit entouré de montagnes. Des soldats montaient la garde autour d’un bâtiment. En nous accueillant, un officier militaire nous a dit que le bâtiment était une prison militaire près de Dalian City dans le nord-est de la Chine.

Un cauchemar commence

Cette nuit-là, nous sommes restés à l’auberge militaire locale ; des soldats montaient la garde à l’extérieur de notre chambre. Le matin, une infirmière et deux soldats se sont rendus à la prison pour prélever du sang et déterminer le groupe sanguin. Après qu’ils sont revenus avec le sang, nous sommes tous montés à bord du fourgon et nous sommes partis à toute allure.

Lorsque nous nous sommes arrêtés, grâce à une fissure dans la porte, j’ai pu voir des soldats entourant la camionnette, tous tenant des mitraillettes. Ils nous tournaient le dos, en train de surveiller.

Immobiles, après les ordres, nous avons attendu dans la camionnette. Soudain, on a frappé à la porte du véhicule. J’ai ouvert la porte et j’ai vu quatre soldats tenant un homme menotté les mains derrière le dos, la corde au cou et les pieds attachés. L’homme ne réagissait nullement.

L’homme a été soulevé dans la camionnette et déposé sur un sac en plastique noir qui avait été placé sur le plancher plus tôt. Le sac recouvrait complètement le sol, et d’un coup d’œil, je pouvais me rendre compte qu’il avait été disposé pour l’occasion.

La corde avec laquelle l’homme était attaché était très fibreuse et très mince – le genre de corde qui coupera la chair si on y met une légère pression. Il était attaché de telle sorte que si vous marchiez sur la corde qui allait de son cou vers ses poignets menottés à l’arrière, il serait incapable de bouger ou de lutter. S’il le faisait, la corde se serrerait et il serait étranglé douloureusement.

Un des médecins m’a dit de marcher sur la corde et de tenir l’homme pour qu’il ne puisse pas bouger. Alors que je tenais sa jambe, j’ai senti que sa température corporelle était chaude. J’ai aussi vu qu’il avait la gorge ensanglantée. L’endroit où il a été blessé n’était pas évident, mais il avait très certainement une blessure.

L’horreur se déploie

À ce moment-là, tout le personnel médical s’est rapidement vêtu d’une tenue chirurgicale. L’infirmière en chef a ouvert les vêtements de l’homme avec des ciseaux et l’a ensuite nettoyé avec un désinfectant de toute sa région abdominale jusqu’à sa poitrine, trois fois au total.

Des médecins chinois transportent des organes frais pour une transplantation dans un hôpital de la province du Henan, le 16 août 2012. (Capture d’écran/Sohu.com)

Puis, l’un des médecins a pris un scalpel et a fait une longue incision sous le sternum et jusqu’à l’ombilic. Les jambes de l’homme ont commencé à trembler. Puis le médecin a ouvert toute sa cavité abdominale. Le sang et les intestins ont jailli à l’extérieur. Le médecin a poussé ses intestins sur le côté et a rapidement enlevé un rein ; le médecin d’en face a enlevé le rein de l’autre côté. Ils étaient très compétents et rapides.

Le docteur m’a dit de couper les veines et les artères du pauvre homme. Alors que je coupais, son sang a jailli immédiatement en giclant de partout sur ses mains et son corps. Ce sang s’écoulait avec pression, confirmant que l’homme était bel et bien en vie !

À ce moment-là, les deux reins retirés ont été placés dans un contenant de transport d’organes, que l’infirmière tenait.

Enlèvement brutal des globes oculaires

Ensuite, le médecin en face de moi m’a demandé d’enlever les globes oculaires de l’homme. Je me suis assis et je me suis penché plus près. À ce moment-là, ses paupières bougeaient et il me regardait. J’ai tenu son regard brièvement. Il y avait de la terreur dans ses yeux, une terreur qu’on ne peut pas exprimer avec des mots.

Mon esprit s’est vidé et tout mon corps s’est mis à trembler. Je me sentais terrifié. J’étais paralysé.

J’ai dit au médecin que je ne pouvais pas le faire.

Tout à coup, le médecin a saisi la tête de l’homme de la main gauche et, tout en utilisant deux doigts pour tenir ses paupières ouvertes, a utilisé la pince hémostatique qu’il avait déjà dans sa main droite pour arracher les globes oculaires. Cela s’est fait d’un seul coup.

À l’instant, je me suis mis à trembler et je transpirais abondamment de la tête aux pieds. J’avais l’impression que j’allais m’effondrer.

Je me suis souvenu qu’à la pension la veille au soir, un officier militaire du bureau était venu parler à notre directeur. Il y a une chose que j’ai retenue à l’esprit : « Moins de 18 ans, le corps est très sain et vibrant. » Parlait-il de cet homme ?

Après que le médecin eut informé un officier – qui se trouvait sur le siège passager du véhicule – que nous avions terminé, la porte arrière s’est ouverte et quatre soldats sont montés dans le fourgon, ont enveloppé l’homme dans un grand sac en plastique et l’ont traîné dans un camion militaire garé à proximité.

Tout de suite, notre camionnette a décollé et nous sommes retournés très vite à l’hôpital, toujours avec le véhicule militaire en tête. Toutes les blouses chirurgicales, les bonnets chirurgicaux et les gants de caoutchouc que nous avions portés ont été assemblés pour être détruits à notre retour.

Dès leur arrivée, les organes de l’homme ont été immédiatement envoyés à la salle d’opération où un groupe de chirurgiens les attendait, prêts à commencer à les transplanter dans un patient sur la table d’opération.

À ce moment-là, je ne pouvais plus rien faire ; neutralisé, tout mon corps se sentait complètement dans l’impuissance totale. Le directeur a vu mon état et m’a permis de me coucher un peu. Je me suis allongé, mais les yeux fermés je pouvais voir de nouveau l’opération.

Un terrible fardeau

J’ai rapidement quitté mon emploi à l’hôpital et je suis rentré chez moi. J’étais encore extrêmement faible et j’avais aussi une forte fièvre. Ma mère m’a demandé ce qui se passait, mais j’ai gardé mon explication vague car je n’osais en parler à personne.

Mais la douleur était loin d’être finie. D’un côté, toute cette expérience était trop horrible pour qu’on puisse y penser, et encore moins en parler. J’avais vu de mes propres yeux le meurtre brutal d’un être humain, et mon cœur était extrêmement mal à l’aise. J’avais également peur d’être poursuivi et tué par les autorités. Le fardeau de tout cela me rendait absolument misérable.

Pendant longtemps, la scène dans la camionnette, ce jour-là, se jouait encore et encore dans mon esprit – comment un être vivant comme nous pouvait-il se voir les organes arrachés alors qu’il était toujours en vie et respirait, et que dire de la douleur et de la peur effrayantes dont j’avais été témoin dans ses yeux quand il me regardait. Mon cœur ne pouvait pas le supporter. J’avais l’impression de devenir fou et je me sentais constamment au bord de l’effondrement.

De nombreuses années se sont écoulées depuis lors, mais ce souvenir horrible ne peut toujours pas être effacé. Toutes ces années, je n’ai pas voulu y toucher et je l’ai évité volontiers, car chaque fois que j’en parlais, je n’arrivais pas à me ressaisir à la suite de toute l’émotion.

Lorsque les médias ont commencé à dénoncer les prélèvements forcés d’organes sur les prisonniers d’opinion du Falun Dafa en Chine, j’ai tout de suite tout compris : tout cela est vrai, et le prélèvement forcé d’organes existait déjà depuis longtemps dans le système militaire du Parti communiste chinois. C’est seulement que la campagne de persécution contre Falun Dafa a fourni une source beaucoup plus importante d’organes.

La Chine tue pour des organes

Note de la rédaction : David Kilgour, enquêteur canadien indépendant et ancien ministre, et David Matas, avocat canadien des droits de l’homme, ont alerté le monde sur le crime des prélèvements forcés d’organes en Chine dans un rapport publié en 2006. [Prélèvements meurtriers : Deuxième rapport, en français]

Ils ont publié un rapport mis à jour en 2016, avec le journaliste d’investigation et auteur américain Ethan Gutmann, montrant qu’un grand nombre de prisonniers de conscience et politiques non consentants – principalement des pratiquants de Falun Dafa détenus pour leurs croyances – sont soumis au prélèvement forcé d’organes vivants. En d’autres termes, ils sont tués pour leurs organes.

Ethan Gutmann et son livre, The Slaughter: Mass Killings, Organ Harvesting, and China’s Secret Solution to its Dissident Problem (Le Massacre : meurtres de masse, prélèvements d’organes et la solution secrète de la Chine au problème de dissidents ), qui fournit des preuves critiques sur le commerce illicite du prélèvement d’organes.

Selon les chercheurs, l’industrie chinoise de la transplantation d’organes a connu une croissance exponentielle après 1999, lorsque le Parti communiste chinois a lancé sa campagne de persécution contre les pratiquants de Falun Dafa, pratique spirituelle traditionnelle également appelée Falun Gong.

Les chercheurs ont constaté que, même s’il existe des abus de transplantation dans de nombreux pays, la différence en Chine, c’est qu’elle est autorisée par le régime communiste chinois et que l’État en tire profit.

« La Chine n’est pas le seul pays où l’on pratique la transplantation d’organes », a précisé M. Matas. « Ce qui est différent en Chine, c’est qu’elle est institutionnalisée, gérée par l’État et dirigée par un parti. Il ne s’agit pas de quelques criminels dans les ruelles qui essaient de se faire de l’argent rapidement. »

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