« Dieu nous a ouvert le chemin » : le retour compliqué d’un couple ayant adopté un garçon ukrainien

Par Louise Bevan
6 mars 2022 21:09 Mis à jour: 6 mars 2022 22:14

Un couple de San‑Antonio, au Texas, décide d’adopter un garçon de 4 ans atteint de paralysie cérébrale originaire d’Ukraine orientale. Ils prennent l’avion pour le rencontrer et se retrouvent au milieu d’une zone de guerre. Le garçon étant malade, les vols étant annulés et les citoyens américains étant priés d’évacuer, ils ont failli ne pas y arriver.

Cependant, quelques semaines plus tard, Kelci et Theron Jagge accompagnés de leur fils adoptif, Ruslan, sont de retour aux États‑Unis avec une histoire captivante à raconter.

Les Jagge ont entendu parler de Ruslan, né avec une infirmité motrice cérébrale et ayant passé sa vie dans un orphelinat, par l’intermédiaire du Reece’s Rainbow, un organisme à but non lucratif de défense des enfants à besoins spécifiques, à l’automne 2020. Ils l’ont aimé tout de suite.

Kelci et Theron Jagge avec Ruslan. (Avec l’aimable autorisation de Kelci Jagge)

« Mon mari et moi n’avions jamais parlé d’adoption auparavant », explique Kelci à Epoch Times, « alors une fois que j’ai vu la photo de Ruslan et que j’ai commencé à faire des recherches sur la situation des orphelins à besoins spécifiques en Ukraine, nous avons commencé à faire des dons… Mais ce n’était pas suffisant. »

« Il est très rare que des enfants ayant des besoins spécifiques soient adoptés en Ukraine, à moins qu’une famille américaine ne les adopte. Pour beaucoup de ces enfants, s’ils sont envoyés dans une institution, ils meurent bien vite. »

Kelci et Theron, qui ont une fille et un fils biologiques âgés de 11 et 3 ans, voulaient d’abord attendre que leurs finances s’améliorent avant d’adopter un enfant. Finalement, ils ont compris « qu’il n’y avait pas de meilleur moment que maintenant » et ont entamé le processus d’adoption de Ruslan en février 2021.

« Avant notre premier voyage en novembre, nous savions bien que les choses empiraient là‑bas », raconte Kelci, « mais nous considérions déjà Ruslan comme notre fils. Si notre fils est dans une zone de guerre, nous ferons tout ce qu’il faut pour l’en sortir. »

La première fois que les parents ont rencontré Ruslan. (Avec l’aimable autorisation de Kelci Jagge)

À la mi‑décembre, le couple s’est envolé pour Kramatorsk, en Ukraine, afin de rencontrer Ruslan dans son orphelinat pour la toute première fois, après avoir seulement vu une photo de lui plus d’un an auparavant.

Kelci se souvient qu’à l’orphelinat, alors que le directeur les informait des besoins particuliers de Ruslan, ils ont entendu une poussette rouler dans l’entrée.

« J’ai commencé à pleurer à la seconde où j’ai entendu la poussette… C’était une expérience surréaliste de le voir enfin de nos propres yeux. »

Ruslan était « complètement sous sédatif » et il est rapidement tombé malade avec une pneumonie. Avec les tensions politiques, il était urgent de quitter l’Ukraine.

La famille s’est présentée au tribunal le 3 février, et le juge a approuvé une dérogation à l’attente standard de 30 jours en raison de l’état de santé de Ruslan.

Le 8 février, les formalités administratives sont terminées, Kelci et Theron font sortir Ruslan de l’orphelinat. Au milieu d’une rumeur de frappe aérienne, la famille se rend à Kiev pour travailler avec une autre organisation à but non lucratif, Exodus, afin d’obtenir le visa de Ruslan.

Le couple, devant le palais de justice après être passé devant le tribunal. (Avec l’aimable autorisation de Kelci Jagge)
(Avec l’aimable autorisation de Kelci Jagge)

« Notre chauffeur roulait à toute allure sur les routes pour essayer de nous amener à l’ambassade à temps… Il était 17 heures, les gens rentraient chez eux, mais une dame et deux gardes sont restés. »

« Vers 17 h 20, ils nous ont appelés à la fenêtre et nous ont dit : ‘Voici son visa…’, c’est un miracle que vous l’ayez obtenu aujourd’hui. Nous ne le savions pas à ce moment‑là, mais le lendemain, l’ambassade était évacuée. »

La famille a également estimé que c’était miraculeux, car Ruslan a obtenu le dernier visa émis par l’ambassade à Kiev. Ils étaient alors tous prêts à s’envoler pour les États‑Unis dès le lendemain matin. Kelci, Theron et Ruslan arrivent tôt à l’aéroport, s’enregistrent pour le vol et passent les contrôles de sécurité.

Cependant, la panique touche à son comble lorsque le contrôle des passeports déclare que la dispense du tribunal de Kelci et Theron n’est pas valable et qu’ils ne peuvent pas quitter le pays avant 30 jours. Ils retournent alors à leur appartement sur les conseils de l’ambassade des États‑Unis, et engagent un avocat.

On leur explique qu’il y a 50 % de chances que les choses tournent en leur faveur.

« Nous avons simplement prié pour que le Seigneur fasse en sorte que nous puissions sortir de là. »

« J’étais vraiment reconnaissante que mon mari soit là, ainsi que notre infirmière. Tous deux, étaient beaucoup plus forts émotionnellement que moi, et le Seigneur était là et nous a aidés à passer au travers. »

Ruslan et ses parents avec leur infirmière à l’aéroport d’Atlanta. (Avec l’aimable autorisation de Kelci Jagge)

« Il y avait une très forte probabilité que notre infirmière ne parte pas avec nous », précise Theron. « Elle n’a obtenu son passeport de renouvellement qu’une semaine avant le voyage. C’était le neuvième enfant qu’elle amenait d’Ukraine, elle connaissait donc tous les tenants et les aboutissants… Pendant que nous faisions frénétiquement nos bagages, je priais en même temps : ‘Dieu, montre‑nous le chemin, donne‑nous un chemin, aide‑nous à sortir d’ici.’ »

Au dernier moment, alors que l’état de Ruslan s’aggravait et qu’ils étaient à court de médicaments, le refus des Jagge a été annulé et des passagers bienveillants ont permis au couple et à leur enfant malade de récupérer leur vol de retour au 16 février.

L’atterrissage aux États‑Unis a été une grande victoire pour Kelci.

Le couple a emmené Ruslan aux urgences où il a été admis en soins intensifs.

« Ils ont traité les parasites qui provoquaient sa pneumonie. »

« Ils lui ont fait passer tous les tests possibles. Il a déjà eu des crises dans le passé, alors ils ont voulu vérifier l’activité des crises, et évidemment, il était mal nourri, alors ils se sont assurés qu’il n’avait pas syndrome de renutrition inapproprié. »

(Avec l’aimable autorisation de Kelci Jagge)

« C’était un défi. » avoue‑t‑elle. Elle estime que Ruslan pourrait être traumatisé suite à son séjour à l’hôpital ukrainien. « Nous essayons simplement de le prendre dans nos bras et de le réconforter. Nous essayons simplement de comprendre ce qui le met à l’aise. Il s’habitue à nous, et nous apprenons ensemble. Mais chaque fois que je le vois sourire, c’est le meilleur moment. »

Kelci et Theron ne prétendent pas comprendre ce que ressent Ruslan, mais ils ont appris à reconnaître quand il souffre vraiment. Le voir sourire, dit Theron, est comme un « aperçu de l’avenir. » Les médecins ont dit au couple que Ruslan devrait faire des progrès quel que soit son état et, pour cela, les parents ont bon espoir.

Ruslan a depuis quitté l’unité de soins intensifs. Kelci, architecte d’intérieur, et Theron, responsable de service pour une entreprise de camions, ont prévu de le ramener chez eux dans les jours qui viennent, à condition que son état reste stable.

(Avec l’aimable autorisation de Kelci Jagge)

Le 27 février, les Jagge se sont réveillés avec une nouvelle dévastatrice. Le chef de leur équipe de contact avec l’Ukraine, Serge Zevlever, un Américain possédant la double nationalité, a perdu la vie en se battant pour son pays.

« Nous n’aurions pas pu sortir d’Ukraine sans lui. Il a engagé l’avocat pour nous, est allé avec elle se battre avec les gardes‑frontières, puis il est allé avec nous à l’aéroport pour s’assurer que nous prenions notre vol à temps », se souvient Kelci.

« Il faisait partie intégrante des services d’adoption et a aidé des centaines d’orphelins en Ukraine à trouver une famille. »

Malgré cette perte tragique, Kelci, qui partage le même anniversaire que son fils adoptif, espère que Ruslan grandira en sécurité aux États‑Unis en sachant à quel point il est aimé. Les photos « avant et après » d’autres enfants adoptés lui donnent l’espoir que le petit garçon de 4 ans pourra un jour bouger de tout son corps et communiquer d’une manière dont il n’aurait jamais pu rêver.

(Avec l’aimable autorisation de Kelci Jagge)
(Avec l’aimable autorisation de Kelci Jagge)
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