Fin d’une campagne sans hauts débats

Par La Rédaction
3 avril 2022 18:40 Mis à jour: 30 mai 2022 06:52

2022, morne plaine… les Français ont été abandonnés en rase campagne, avec une enveloppe à la main et douze bulletins. Quels éléments ont‑ils pour se décider maintenant ?  Sur les comptes Twitter des équipes de campagne, les invectives fusent en direction des autres candidats qui, tous « privilégient les insultes aux idées », représentent « la haine » ou « la corruption », « l’incompétence » ou « les lobbys ». Vus par leurs équipes respectives, les différents candidats sont eux, par contre, des hommes ou femmes d’État, présidentiels, avec une vraie vision et qui « disent la vérité aux Français ».

« Dire la vérité aux Français » est pourtant devenu une presque impossibilité quand campagne signifie vacarme, que chacun ne fait que pousser à travers les médias et les réseaux sociaux un « narratif » construit par des communicants. Emmanuel Macron a constamment rejeté l’idée d’un débat face aux onze autres candidats – dont il aurait évidemment été la cible principale en tant que président sortant. Le plus qu’il ait accepté a été, avec sept d’entre eux, de participer à une émission durant laquelle tous se sont succédé sans se rencontrer. Ce n’est plus le même Emmanuel Macron que celui de 2017, qui osait faire face aux ouvriers en colère de Whirlpool à Amiens dans une ambiance survoltée, et à qui même François Ruffin concédait alors un certain panache.

Il faut reconnaître que le président sortant a une place à part dans l’élection puisqu’il doit justifier face aux Français le renouvellement de son mandat et a donc la double charge de rendre compte du passé et de proposer le futur, quand les autres ne doivent que critiquer le passé et se proposer comme futur. Dans la démocratie athénienne antique, Emmanuel Macron aurait été contraint de défendre son bilan devant ses opposants dans l’agora. Il n’aurait pu faire le choix de refuser toute contradiction et de concentrer sa campagne‑éclair sur un événement unique : un show à l’américaine à La Défense, dans une agora qui lui était entièrement acquise. Emmanuel Macron y a fait le plus surprenant des grands écarts en passant près de deux heures sur le sujet des injustices sociales, présentant presque son possible second mandat sous la bannière de la lutte finale. « Nos vies valent plus que leurs profits » est‑il allé jusqu’à oser… de quoi faire s’étrangler toute l’extrême gauche.

Tout du long de cette campagne, malgré les drapés du verbe, on n’aura pu s’empêcher de trouver des traces nombreuses de cynisme dans les différentes interventions des candidats. Les formules, les piques vénéneuses, l’abondance des promesses ont émaillé tous les discours. À la fin de cette période, on ne peut qu’être affligé de ce qui a été infligé : des petites phrases, des petits mots, la marque visible du travail des spin doctors dont le seul objectif est de soulever des émotions, déclencher des vagues dans l’opinion, créer des « dynamiques ». Cette utilisation massive des techniques comportementales est un profond manque de respect envers le peuple français, manipulé et traité comme un bétail que douze candidats tenteraient de diriger à force de cris. Au milieu des promesses d’augmentation du SMIC, les électeurs n’ont eu que le choix entre différents paniers garnis remplis de promesses, sans beaucoup d’occasions de s’interroger sur ce qui est vraiment attendu d’un président ou d’une présidente de la République : est‑il préposé au confort et au pouvoir d’achat de la génération actuelle, ou doit‑il porter la vision de ce qu’est la marche saine d’une société, de la construction du pays dans lequel vivront les générations futures ?

L’importante abstention attendue le 10 avril en est un signe fort : beaucoup de Français ne savent plus quoi attendre ou espérer des élections. Le succès en demi‑teinte du rassemblement du candidat Macron l’illustre douloureusement. Alors qu’il est ultra‑favori dans les sondages et s’appuie sur un parti bien implanté, il n’a pu faire occuper les 30 000 places de La Défense Arena, les journalistes présents constatant des milliers de sièges vides. Sur les plateformes aussi, à peine plus de 10 000 personnes pour suivre son intervention. Dans un contraste frappant et à une semaine d’intervalle, l’outsider Éric Zemmour, crédité de deux fois moins de suffrages, a rassemblé dans une véritable ferveur entre 50 et 100 000 sympathisants au Trocadéro, plus 40 000 sur les réseaux sociaux. Tout est comme si la démocratie était maintenant clivée entre une majorité d’électeurs fatigués et prêts à un vote de résignation, contre quelques minorités encore tournées vers un suffrage de passion. Ceci risque de ne donner qu’une faible légitimité au vainqueur de ce printemps, s’il ou elle est élu par le premier de ces contingents.

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