La frénésie de la Chine pour les centrales électriques au charbon risque de compromettre la réalisation des objectifs climatiques

Par Indrajit Basu
11 juin 2024 22:22 Mis à jour: 17 juin 2024 12:47

Alors que le débat sur l’énergie ‘sale’ – un terme désignant la production d’énergie qui va à l’encontre des efforts climatiques au détriment des communautés – fait rage, la Chine continue de dévoiler de nouveaux projets liés au charbon, défiant ainsi les plans de son gouvernement et les préoccupations relatives à l’effort climatique mondial, affirment des experts.

Un nouveau rapport du groupe de réflexion américain Global Energy Monitor (GEM) et du Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA : Centre for Research on Energy and Clean Air), basé à Helsinki, révèle qu’avec l’accélération de l’électrification tous azimuts en Chine, au cours de l’année 2023, le pays a approuvé une capacité de production d’électricité au charbon stupéfiante de 106 gigawatts (GW) et a commencé la construction de sites de production de 70 GW, avec la mise en service de 47 GW de capacité au charbon, et l’annonce de nouveaux projets en 2023 totalisant 108 GW .

En plus du « rythme effréné des autorisations observé en 2022 », les nouvelles approbations correspondent à deux nouvelles centrales électriques au charbon par semaine et au démarrage de la construction d’une nouvelle centrale par semaine.

« La Chine est très loin d’atteindre plusieurs objectifs climatiques qu’elle s’est fixés pour 2025 du fait de l’augmentation de l’utilisation du charbon et de l’investissement dans l’énergie au charbon », indique le rapport.

Le rapport ajoute que la production d’électricité par le charbon a augmenté de 12 % entre 2020 et 2023, ce qui représente 44 % de l’augmentation globale de la production d’électricité, malgré la rhétorique selon laquelle l’électricité produite par le charbon joue un rôle de « soutien ».

Près de la moitié (46 %) de la croissance énergétique provient du charbon et 70 % de combustibles fossiles, ce qui n’est pas à la hauteur de l’objectif visant à ce que les énergies renouvelables représentent plus de 50 % de l’augmentation.

La Chine s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre à zéro d’ici à 2030, a promis de « contrôler strictement » l’ajout de nouvelles capacités de production au charbon, et de relier un nombre sans précédent d’installations éoliennes et solaires à son réseau électrique.

Selon les études du GEM et du CREA, la transformation énergétique de la Chine pourrait être ralentie par le récent boom des permis d’exploitation de l’énergie au charbon, qui s’est produit au lendemain d’une vague de pénuries d’électricité en 2021.

En l’espace de deux ans seulement, la Chine a approuvé une nouvelle production de 218 GW d’électricité tirée du charbon, ce qui est suffisant pour alimenter le Brésil.

Des « mesures drastiques » sont maintenant nécessaires pour atteindre les objectifs d’intensité de carbone et d’énergie d’ici à 2025, selon le rapport. Il prévient que la Chine pourrait également avoir des difficultés pour atteindre son objectif de porter la part des combustibles non fossiles à 20 % de l’ensemble des sources d’énergie avant cette même date.

Les analystes ont indiqué que l’électricité produite à partir du charbon contribuait déjà à près de 70 % des émissions produites en Chine.

Capacité suffisante

Les pénuries d’électricité sont également souvent citées comme une raison majeure pour construire de nouvelles centrales au charbon, mais Vibhuti Garg, analyste auprès de l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis, affirme que la Chine dispose d’une capacité de production suffisante pour répondre à la demande d’électricité, notamment pendant les périodes de pointe estivales.

« Bien que la Chine soit une économie en pleine croissance, l’énorme capacité de production de charbon est remarquable – et préoccupante – car les centrales électriques au charbon fonctionnent au ralenti », a déclaré Mme Garg à Epoch Times.

« Le rythme actuel d’ajout d’infrastructures chinoises ne justifie pas l’augmentation de la capacité de production de charbon, et nous ne comprenons pas pourquoi la Chine ne se concentre pas sur l’utilisation des centrales électriques existantes à plein régime. »

Elle a ajouté que la Chine n’avait pas clairement indiqué si certaines des nouvelles installations remplaceraient les anciennes centrales peu performantes.

Selon la CREA, la méthode rigide et obsolète de fonctionnement du réseau est à l’origine des pénuries. Il existe actuellement une offre excédentaire de capacité de production d’électricité par le charbon dans certaines régions desservies par le réseau, bien que 60 % des nouveaux projets de production d’électricité au charbon soient implantés dans ces régions. Par exemple, dans les provinces de Shandong et de Guizhou, où il y a actuellement une grande partie de capacités inutilisées, davantage de centrales au charbon sont en cours de construction.

« L’essor continu des autorisations et constructions de centrales au charbon en Chine contredit la promesse du président Xi de contrôler strictement les nouveaux projets de centrales au charbon, et n’est pas en phase avec le reste du monde. La surconstruction de centrales au charbon ‘au cas où’ et l’approche consistant à dire ‘nous nous en occuperons plus tard’ est un pari coûteux et risqué, en particulier lorsque des solutions alternatives sont envisageables pour atteindre les objectifs et assurer la sécurité énergétique », a fait remarquer Flora Champenois, analyste chargée de la recherche au Global Energy Monitor.

Toutes les promesses climatiques sont erronées

L’engagement climatique de « contrôler rigoureusement les nouvelles centrales au charbon » n’est qu’un des nombreux engagements que la Chine a du mal à tenir.

D’ici 2025, la Chine vise à réduire considérablement son intensité énergétique et carbone, et à limiter fortement l’expansion de son utilisation du charbon, conformément à son engagement déterminé au niveau national révisé en 2021 dans le cadre de l’Accord de Paris. Un autre objectif des plans quinquennaux du pays est de tirer plus de la moitié de la croissance de la consommation d’énergie de sources renouvelables d’ici 2025 et de porter à 20 % la proportion de combustibles non fossiles dans le bouquet énergétique.

Mais après 2023, aucun de ces objectifs ne sera atteint, affirme le CREA.

La croissance du PIB de la Chine a diminué pendant et après les années zéro Covid (2020-2023), alors que les émissions de CO2 ont grimpé en flèche. Au cours de cette période, le secteur des services, qui consomme moins d’énergie, était en chute libre, tandis que les industries à forte intensité de carbone étaient le moteur de l’expansion économique. Selon l’étude du CREA sur les statistiques gouvernementales préliminaires relatives à la consommation d’énergie en 2023, les émissions de CO2 de l’industrie de l’énergie ont augmenté de 5,2 %.

Le processus de décarbonation est complexe et long, explique Xuyang Dong, analyste de la politique énergétique chinoise chez Climate Energy Finance. Il nécessite une main-d’œuvre déterminée et ambitieuse, un effort politique du gouvernement et des entreprises soutenu par une recherche solide et, surtout, un engagement considérable de ressources.

Orienter efficacement l’ensemble de l’économie vers un avenir sans carbone inévitable nécessite également une planification stratégique à long terme, en anticipant les tendances du marché au cours des dix ou vingt prochaines années.

« Pour parvenir à la décarbonation, il ne suffit pas de s’intéresser aux gains financiers à court terme ; une réforme structurelle fondamentale de l’économie du pays est la condition préalable pour en tirer profit, tant sur le plan environnemental qu’économique », a-t-elle écrit dans une note.

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